Photo : Hamza Butt/Flickr

Le gouvernement profite des vacances pour casser nos « jobs, jobs, jobs »

Plus de flexi-jobs, de travail de nuit, réinstauration des périodes d’essai… voilà ce qui se cache en réalité derrière l’annonce du ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) qui « vise le plein emploi d’ici 2025 ». Pourtant, une étude universitaire vient jeter une – grosse – mouche dans son potage : « La récente politique en matière de marché du travail n’a pas bénéficié à la lutte contre la pauvreté. Sur certains points, elle est même devenue une lutte contre les pauvres », constate un des chercheurs.

La situation sur notre marché du travail est très préoccupante. C’est ce qui ressort d’une enquête réalisée par l’HIVA (l’Institut de recherche sur le travail de l’université de Louvain)1. Au cours de ces dix dernières années, 40 000 personnes qui ont un emploi mais qui pourtant parviennent à peine à s’en sortir sont venues s’ajouter à la liste des travailleurs pauvres. La moitié de ces nouveaux emplois sont payés au salaire le plus bas et il s’agit souvent d’emplois temporaires. « La politique s’est aveuglément centrée sur la réduction des chiffres du chômage, mais a perdu de vue son but fondamental (la lutte contre la pauvreté). » Telle est la conclusion du chercheur de l’HIVA Ides Nicaise2. Le modèle américain des jobs-hamburgers ou des mini-jobs allemands sous-payés arrive aussi dans notre pays. Cela vaut donc la peine d’examiner plus en profondeur les nouvelles mesures3 concoctées par le ministre de l’Emploi.

Le plan de Peeters sans son bel emballage 

Tout d’abord, des diminutions de cotisations patronales ont une nouvelle fois été promises. Ces réductions de ce que l’on appelle les « charges » patronales sont une obsession pour ce gouvernement. À lui seul, le tax-shift a fait en sorte que les entreprises ont reçu l’an dernier un cadeau d’1 milliard d’euros, et d’ici 2020 cela montera même jusqu’à 3,2 milliards4. Le Bureau du Plan table sur une création nette de 40 000 emplois entre 2016 et 2020 en résultat du tax-shift. Mais ces emplois coûtent très cher, soit quelque 75 000 euros par job. Entre-temps, le budget plonge fortement dans le rouge et les « effets-retour positifs » promis se font attendre. Ces jours-ci, le gouvernement se réunit pour trouver 4,3 milliards afin, une fois de plus, de maintenir à flot le budget de l’an prochain.

Par ailleurs, à la demande des employeurs, Peeters veut réinstaurer la période d’essai. Celle-ci avait été supprimée en 2014 en échange d’une révision (lisez diminution) de la durée des préavis5. Pouvoir, dans les premiers mois de leur contrat, licencier des travailleurs plus rapidement et, surtout, en payant moins, est-ce cela qui va créer de nouveaux emplois ou améliorer la qualité du travail ?

Une autre mesure du ministre CD&V est destinée à rendre possible le travail de nuit dans l’E-commerce. Selon le secteur de la distribution, cela amènerait des milliers d’emplois pour répondre aux demandes des consommateurs. Or ce ne sont pas les consommateurs qui demandent le travail de nuit. Une enquête du SPF Économie montre que les freins les plus importants des Belges pour effectuer des achats en ligne ne sont en aucune manière liés au manque de flexibilité6. Les résultats de cette enquête ont d’ailleurs été repris par Comeos elle-même, la Fédération des patrons du commerce et de la distribution belge. L’affirmation selon laquelle le travail de nuit créerait des milliers d’emplois est donc fausse. Pour la qualité du travail, dans tous les cas, c’est tout sauf une amélioration. Le travail de nuit est à l’origine de nombreux problèmes de santé, tant physiques (fatigue chronique, problèmes du système digestif, hypertension, surpoids) que mentaux (stress, dépression, anxiété, irritabilité accrue...).

Une autre mesure du ministre de l’Emploi, ce sont les « mystery calls », ces « appels-mystère » aux entreprises qui embauchent pour tester s’il n’y a pas de discrimination. Il est en soi positif que Peeters mette ce point à l’agenda politique, il faut en effet être bien plus sévère envers la discrimination sur le marché du travail – qui est toujours en augmentation. L’autorégulation voulue par les patrons a surtout pour but de ne rien faire. Mais ce ne sont toutefois pas les « mystery calls » qui vont créer des emplois supplémentaires.

Il y a aussi l’assouplissement de la règlementation sur les heures supplémentaires nettes dans l’horeca, secteur qui peut déjà faire usage du maximum de 360 heures supplémentaires par an. Cet assouplissement vient encore s’ajouter aux flexi-jobs, un statut spécial concocté pour l’horeca avec des jobs sous-payés, super-flexibles et sans horaires. Est-cela, les « emplois de qualité » vantés par le ministre de l’Emploi ?

Et, pour les travailleurs sur le point de craquer sous le poids de toutes ces heures supplémentaires et super-flexibles ou parce qu’il faut travailler plus longtemps, le ministre a une solution : tel un magicien qui sort des lapins d’un chapeau, Peeters propose des « coaches de burn-out » pour lutter contre le stress au travail. Il qualifie cela aussi de mesure pour booster la création d’emplois.

Il faut un plan alternatif pour l’emploi

Le ministre Peeters n’est pas avare de belles paroles. Mais, au plan du contenu, c’est tout autre chose. Ses propositions ne créent pas de nouveaux emplois et constituent un recul en matière de « travail faisable ». Dans les jobs créés par ce gouvernement, 65% sont des emplois précaires, et le risque de pauvreté pour les personnes qui ont un emploi n’a jamais été aussi. Les grandes entreprises font massivement appel au travail intérimaire, comme l’ont montré l’émission Pano du 10 mai et la dernière étude7 du PTB. Dans certaines entreprises, plus de 70% des heures travaillées sont effectuées par des intérimaires. La seule réponse qu’a apportée le ministre à cet abus est que « son administration va examiner la question ».

Travailler plus longtemps et l’accroissement de la flexibilité font en sorte que le travail existant est justement partagé par moins de gens, et cela fonctionne donc de manière négative pour l’emploi. Dans une récente enquête, aucune des 1671 personnes interrogées n’estimait pouvoir travailler jusqu’à 67 ans8. Le nombre de malades de longue durée et des burn-out atteint des sommets, et on ne résout pas cela par des coaches ou des sanctions.

Nous avons besoin d’une politique d’investissements. L’augmentation du pouvoir d’achat est nécessaire pour une politique d’emploi. Même les économistes de l’OCDE et le FMI commencent à s’inquiéter du pouvoir d’achat en baisse de la population active et de ses conséquences négatives pour l’économie et l’emploi. « C’est surtout la consommation particulière qui, à moyen terme, apportera une contribution de plus en plus importante à la croissance », écrit la Banque nationale le mois dernier dans son rapport trimestriel9.

La réduction des cotisations patronales pour la création d’emplois est tout à fait inefficace. Les nouveaux emplois de ce gouvernement coûtent 75 000 euros par job. En comparaison, à Göteborg, en Suède, où un projet-pilote de semaine de 30 heures a été mené, le coût était de 20 840 euros par emploi. Le gouvernement ferait mieux de miser sur la réduction du temps de travail comme en Suède et d’investir dans les soins, les transports publics et l’enseignement comme réponse à l’emploi durable. Ce sont les seules recettes durables et sociales pour une vraie politique de l’emploi.

Koen Dereymaeker est collaborateur du service d’études du PTB.

1 http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/binnenland/1.3018706
2 http://www.tijd.be/opinie/algemeen/Goed-nieuws-op-de-arbeidsmarkt-behalve-voor-de-armen/9911645?utm_medium=twitter&utm_source=dlvr.it
3 http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/economie/1.3018536
4 Ceux-ci viennent s’ajouter aux 5,2 milliards de subsides salariaux (chiffre 2014, sans réductions groupe-cible ONSS et sans le 1% de subside salarial concerti en réduction patronale ONSS).
5 Surtout dans les premiers mois d’occupation d’un emploi, les périodes de préavis ont fortement diminué.
6 1e : préférence pour les achats physiques, 2e : manque de confiance dans le paiement en ligne, 3e : pas de moyen de paiement en ligne. http://www.retis.be/introduction/statistiques-belgique/
7 http://ptb.be/articles/exclusif-dans-10-grosses-entreprises-plus-de-la-moitie-des-heures-sont-prestees-par-des
8 http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/economie/1.3018536
9 https://www.nbb.be/nl/artikels/perscommunique-economische-projecties-voor-belgie-voorjaar-2017

 

 

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Commentaires

Appauvrissement des travailleurs pour mieux les exploité ,c'est le retour au moyen ages