Le bulletin socioéconomique du gouvernement Michel

Le gouvernement fédéral est en place depuis octobre 2014. Il s'est distingué par des attaques particulièrement dures contre le monde du travail, tandis qu'il offrait des milliards d'euros au patronat avec des mesures comme le saut d'index ou les baisses de cotisations sociales du tax-shift. Quel est le bilan après un peu plus de deux ans ?

1. Les salaires : 0/2

« Nouveau record : une augmentation de 22 % ! », constate le journal financier De Tijd début mars à propos de la hausse record des dividendes versés en 2016 par le Bel20, les vingt plus importantes sociétés de la bourse de Bruxelles. Par contre, pour ce qui est des salaires, c'est par un record très différent que la Belgique se distingue...

L’année passée, les salariés belges sont les seuls à avoir vu leur pouvoir d’achat baisser en Europe

L’Institut syndical européen (ETUI) vient en effet de sortir une étude dont la conclusion est cinglante pour notre pays : « L’année passée, les salariés belges sont les seuls à avoir vu leur pouvoir d’achat baisser en Europe. »1 Dans tous les autres pays, le salaire réel (le salaire diminué de la hausse des prix) a augmenté en 2016. Dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, cette hausse a été de plus de 5 %. Même dans les pays limitrophes, le pouvoir d’achat des salariés a augmenté : + 1,61 % en Allemagne et + 2,28 % aux Pays-Bas. En Belgique, il a diminué de près de 1 %, soit 200 euros en moins par an pour un salaire net de 1 700 euros (voir graphique 1).

Graphique 1 – Evolution des salaires réels en 2016
(source : ETUI)

La même étude montre que l'augmentation des salaires belges a été très faible durant la période 2001-2008 et pratiquement nulle durant la période 2009-2016.

La répartition du gâteau entre travail et capital a connu une évolution défavorable aux travailleurs

Peut-on s'attendre à une hausse pour l'avenir ? En tout cas, pas grâce aux mesures du gouvernement Michel. Depuis vingt ans, les salaires belges sont cadenassés sur base de la loi de compétitivité de 1996. Et, maintenant que le prétendu « handicap salarial » est enfin résorbé (dixit le Premier ministre), le gouvernement change les règles du jeu : ce 10 mars, il a fait voter par la Chambre une loi qui réforme celle de 1996 et rend les augmentations salariales encore plus difficiles.

La répartition du gâteau entre travail et capital a logiquement connu une évolution défavorable aux travailleurs. La part des salaires dans le revenu intérieur brut est ainsi passé de 53,4 % au 4e trimestre 2014 à 51,4 % au 4e trimestre 20162 (voir graphique 2). Cela correspond à une perte de 2 % du revenu intérieur, soit plus de 8 milliards d'euros.

Non seulement l'ensemble du monde du travail est pénalisé par la politique du gouvernement, mais, en plus, le tax-shift pénalise davantage les bas revenus que les hauts revenus, car les plus pauvres payent proportionnellement plus de taxes sur la consommation. Les hausses d'accises et de TVA (en particulier la TVA sur l'électricité, passée de 6 à 21 %) les touchent donc encore plus durement que le reste de la population.

Graphique 2 – Evolution de la part des salaires et des bénéfices dans le revenu intérieur
(source : Belgostat)

2. La sécurité sociale : 0/2

La sécurité sociale est un instrument fédéral de solidarité redistributive. Cela constitue une double raison qui en a fait une cible privilégiée d'un gouvernement Michel, dont les composantes sont à la fois de droite (anti-redistributif) et nationaliste flamande (anti-fédéral).

Ce gouvernement mène trois attaques de front contre la sécu.

1) Les coupes budgétaires successives dans les différents volets de la sécurité sociale.

À chaque exercice budgétaire, lorsqu'il faut trouver des dépenses à réduire, la sécu est prioritairement visée.

En matière de chômage, on se souvient que le cœur du président du Parti socialiste en saignait. Mais, si c'est le gouvernement Di Rupo qui avait conçu la mesure d'exclusion des bénéficiaires des allocations d'insertion, c'est le gouvernement Michel qui a effectivement activé la mesure et qui l'a encore aggravée.

Au lieu de chercher des moyens de financer les retraites, le gouvernement fait travailler les gens plus longtemps, plus dur et en réduisant le montant des pensions.

Lorsque le budget chômage diminue, la majorité fédérale prétend que cela démontre que des emplois sont créés. La réalité est moins rose : cette diminution est surtout le résultat d'une politique qui prive de plus en plus de sans-emplois d'allocation de chômage. D'où une hausse de la charge pour les CPAS, où retombe une partie de ces exclus. Mais une partie seulement. À Bruxelles, par exemple, 40 % seulement des exclus du chômage se sont tournés vers l’action sociale. Les 60 % restant n'ont droit ni à leur allocation de chômage, ni au revenu d'intégration sociale du CPAS.

En matière de pension, la mesure la plus emblématique est la décision de lever l'âge de la retraite de 65 à 67 ans. Mais c'est loin d'être la seule attaque contre les pensions et prépensions. Citons, entre autres, la pensions anticipée à 63 ans, la réforme des pensions complémentaires, la mise en disponibilité des prépensionnés, la suppression du bonus pension, la suppression de la bonification pour diplôme ou encore la non-indexation de la réduction d'impôt sur les revenus de remplacement...

Au lieu de chercher des moyens de financer les retraites, le gouvernement détricote le système de pension en faisant travailler les gens plus longtemps, plus dur (cf. la loi de travail [in-]faisable du ministre Peeters) et en réduisant – directement ou indirectement – le montant des pensions.

En matière de santé, rien que dans le budget 2017, le gouvernement a appliqué 902 millions d'euros d'économies. Il s'est ainsi attaqué aux antibiotiques, aux sprays nasaux, aux anti-acide, aux hôpitaux… Avec une mention spéciale pour le torpillage des maisons médicales, un système de médecine sociale qui a fait ses preuves et que la ministre Maggie De Block a dans le collimateur.

2) Le tax-shift

La principale opération du tax-shift a consisté à réduire de 4 milliards d'euros les cotisations sociales, principale source de financement de la sécu. Théoriquement, ces cadeaux aux employeurs devaient être compensés, mais le financement du tax-shift est une nébuleuse opaque et une partie substantielle de ce financement a été reporté sur les années ultérieures.

3) La loi de réforme de la sécurité sociale

Cette loi de réforme de la sécu a déjà été appliqué pour confectionner le budget 2017, alors que la Chambre ne l'a pas encore votée. Jusqu'ici, le déficit de la sécu était comblé par une dotation d'équilibre, alimentée par divers impôts et taxes. Avec cette la loi, c'est un pourcentage fixe de TVA et de précompte mobilier qui va à la sécu. Conséquence : alors que les employeurs touchent leurs cadeaux quoi qu'il arrive, la compensation de ces cadeaux pour la sécurité sociale dépend de l'évolution des recettes fiscales. Si celles-ci sont insuffisantes, c'est la sécu qui trinque.

3. Le déficit budgétaire : 0/2

En deux années (2015-2016), le gouvernement a imposé 9 milliards d'efforts budgétaires. Essentiellement à travers des coupes dans la sécu et les services publics ainsi que via des taxes injustes touchant la population (celles visant le capital étant purement symboliques, l'une d'elle, la « taxe spéculation », au rendement microscopique, ayant même été abandonnée).

En deux années, le gouvernement a imposé 9 milliards d'efforts budgétaires. Le déficit s'est-il réduit d'un même 9 milliards sur ces deux années ? Euh… non.

Avec une austérité aussi dure, on s'attend à ce que l'équipe Michel ait sérieusement résorbé le déficit de l’État. Le déficit s'est-il réduit d'un même 9 milliards sur ces deux années ? Euh… non. En 2014, le solde de financement du pouvoir fédéral est de -2,6 %3 du produit intérieur brut (PIB). Et en 2016, ce solde est de… -2,6 %4. Cela ressemble fort à une évolution nulle. Le ministre Jambon en convient, se contentant de rendre quelques décimales à ce zéro : « Nous avons amélioré le solde de 0,03% et c'est insuffisant5. » Ce 0,03 % représente environ 100 millions d'euros. En clair, le gouvernement a pris 9 milliards à la population pour réduire le déficit d'à peine 100 millions. L'argent de l'austérité s'est évaporé6.

Le solde structurel, c'est-à-dire le déficit que contrôle la Commission européenne, a suivi la même désastreuse évolution. Fin 2014, le nouveau gouvernement Michel fixe une trajectoire budgétaire ambitieuse : le solde structurel, qui est alors de -2,0 %, passera successivement à -1,3 % (2015), -0,6 % (2016), -0,1 % (2017) et 0,0 % (2018)7. Deux ans plus tard, l'examen de la réalité est cruel puisque ce solde n'est jamais passé au-dessus de la barre des -2 % (voir graphique 3).

Aujourd'hui, le gouvernement continue d'affirmer que le déficit structurel sera totalement résorbé en 2018. Mais le Bureau fédéral du plan prévoit un déficit de -1,5 % tandis que la Commission européenne, encore plus pessimiste, prognostique -2,2 %8.

Graphique 3 – Trajectoire gouvernementale et évolution réelle du déficit structurel
(source : Budget de l’État et Commission européenne)

4. La dette publique : 0/2

L'infâme Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), qui donne à la Commission européenne un pouvoir de gendarme budgétaire sur les États, impose à ceux-ci des politiques d'austérité aux conséquences sociales et économiques dramatiques.

Graphique 4 – Évolution de la dette publique
(sources : Agence de la dette – Commission européenne)

En vertu de ce traité, la dette publique de la Belgique doit être inférieure à 60 % du PIB. Et, à défaut d'être sous ce seuil, notre pays doit réduire son endettement d'un peu plus de 2 % par an. Or, avec le gouvernement Michel, l'austérité est bien au rendez-vous, mais pas la baisse de la dette.

Comme le montrent les données de l'Agence de la dette9, le taux d'endettement public de la Belgique était de 104,1 % en 2012 et a grimpé jusqu'à 106,5 % en 2014. Baissant légèrement en 2015, il est remonté à 106,6 % en 2016. Et selon la Commission européenne, la dette devrait se maintenir à 106,5 % en 2017 (voir graphique 4).

5. L'emploi : 0/2

Le gouvernement Michel tente de faire oublier l'austérité et les mauvaises performances des finances publiques en pointant une politique de l'emploi qui serait un succès. Pourtant, dans ce domaine également, le bilan est loin d'être positif.

Alors que la conjoncture économique européenne est favorable, l'action des autorités belges est contre-productive en matière d'emploi

« Nous avons créé plus de 100 000 emplois depuis que ce gouvernement est en place », affirme le Premier ministre. Avant d'analyser ce chiffre, demandons-nous s'il est le fait de la politique gouvernementale. Celle-ci a, on l'a vu, consisté à réduire les revenus de la population, ce qui revient à diminuer la consommation, diminution qui n'incite pas à produire, ni à engager. Si des emplois ont été créés, c'est donc plutôt le résultat d'une conjoncture internationale un peu plus favorable, et certainement pas de la politique de la majorité fédérale de droite.

Même le Syndicat des indépendants et des PME constate que « le tax shift n'a pas créé de nouveaux emplois10. » Quant à l'Institut pour un développement durable, il remarque perfidement que le nombre d'emplois créés a été supérieur durant les 541 jours sans gouvernement en 2010-201111. Mais ce sont surtout les comparaisons européennes qui sont les plus dures pour le gouvernement Michel : alors qu'en deux ans, le taux d'emploi moyen européen a augmenté de près de deux points (passant de 65,3 % à 67,1 %), il a stagné en Belgique (voir graphique 5). Cela signifie que, dans une conjoncture économique européenne favorable, l'action des autorités belges est contre-productive.

Graphique 5 – Évolution du taux d'emploi des 15-64 ans
(source : BNB12)

Reste l'élément le plus grave de l'évolution de l'emploi en Belgique : sa précarisation. Le contrat à durée indéterminée et à temps plein devient exceptionnel, tandis qu'explosent les contrats partiels, temporaires, intérimaires, faux indépendants, etc.

Selon les chiffres de l’ONSS13, on est passé de 3 422 094 emplois salariés au troisième trimestre 2014 à 3 493 000 au troisième trimestre 2016, soit une augmentation de quelque 71 000 emplois en deux ans. Mais, parmi ceux-ci, il y a à peine 12 200 temps-plein. Cela signifie que pour un temps-plein créé, il y a cinq emplois précaires (voir graphique 6).

Graphique 6 – Création d'emploi : pour un temps-plein, cinq emplois précaires
(source : ONSS)

La politique du gouvernement est donc une machine à créer de l'emploi précaire. Et les femmes sont particulièrement visées : aujourd'hui, près de 45 % des femmes salariées travaillent à temps partiel.14 Quand Charles Michel crie « Jobs, jobs, jobs », cela veut-il dire qu'il faut cumuler trois emplois à temps partiels et sous payés pour arriver à survivre ?

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1European Trade Union Institute (ETUI), Benchmarking Working Europe 2017, téléchargeable sur https://www.etui.org/Publications2/Books/Benchmarking-Working-Europe-2017

2Source : Belgostat (statistiques en ligne de la Banque nationale de Belgique).

3. Budget 2016, Exposé général, p. 9.

4. Budget 2017, Exposé général, p. 8.

5. www.levif.be, 14 décembre 2016.

6. Lire http://ptb.be/articles/ou-sont-passes-les-milliards-de-l-austerite

7. Budget 2015, Exposé général, p. 54.

8. De Standaard, 22 mars 2017.

9. http://www.debtagency.be/fr/chiffre/ensemble-des-pouvoirs-publics/datagovernmentdebtdebtratio

10. http://trends.levif.be, 5 janvier 2017.

11. www.rtbf.be, 12 décembre 2016.

12. Banque nationale de Belgique, Indicateurs économiques pour la Belgique, 17/3/2017.

13. ONSS, Estimations rapides de l'emploi salariés pour le troisième trimestre 2016, www.onssrszlss.fgov.be/fr/statistiques/publications/estimations-rapidesde-l-emploi-salarie.

14. Communiqué de presse du SPF Economie, 23 mars 2017.

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Commentaires

Bandes de sans cœur ces gouverneur et de plus de moque de nous