Marianne, le mouvement de femmes du PTB, a régulièrement organisé en Belgique des événements dans la cadre de la campagne mondiale contre les violences sexistes One Billion Rising. Sur la photo : Maartje De Vries, présidente de Marianne, lors d’une action à ManiFiesta en 2016. (Photo Solidaire, Karina Brys)

Le 25 novembre, venez faire du bruit pour arrêter les violences faites aux femmes

#metoo. Ce simple hashtag a fait sauter une digue de silence. Des milliers de femmes ont récemment témoigné sur les réseaux sociaux de tout ce qu’elles avaient déjà subi comme violences et harcèlement. Après avoir brisé le silence sur les réseaux sociaux et dans les médias, il reste à se faire entendre dans la rue. Le PTB participera à la manifestation contre les violences faites aux femmes du 25 novembre prochain organisée par la plateforme Mirabal. Rencontre avec Irène Zeilinger, une des initiatrices.

Le 25 novembre est la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. C’est donc la date choisie par la plateforme Mirabal pour organiser une manifestation à Bruxelles. Le PTB, son mouvement de femmes Marianne et son mouvement étudiant Comac, y participeront. Cliquez ici pour avoir toutes les infos.

Que pensez-vous du phénomène #metoo ?

Irène Zeilinger. Cela a l’avantage de montrer de manière très palpable pour les gens combien de femmes sont touchées par les violences sexuelles, que ça ne concerne pas qu’un groupe qu’on s’imagine plus vulnérable, mais que cela traverse toute la société. Et ce, que ce soit au niveau des victimes ou des auteurs.

Les femmes peuvent grâce à cela dénoncer ce qu’elles vivent, mais aussi voir que ce qu’elles vivent, d’autres le vivent aussi.

On est tous éduqués dans l’idée que l’égalité est là, acquise, comme s’il n’y avait pas de discriminations ou de violences. C’est en sortant du cocon familiale, ou à l’école, que beaucoup de jeunes filles sont confrontées au fait que le sexisme et la violence existent toujours. Pour les garçons ou les jeunes hommes c’est encore plus difficile à voir. On leur a dit que l’égalité est déjà atteinte, alors pourquoi encore se poser des questions ? Des phénomènes comme #metoo devraient viser une prise de conscience des hommes de leur position de force. Pas pour pointer du doigt, car tous les hommes ne sont pas des harceleurs, mais pour faire prendre conscience que ce n’est pas parce qu’eux ne le font pas que ça n’existe pas et que ça n’a pas de conséquences.

Irène Zeilinger est fondatrice de l'asbl Garance et une des initiatrices de la manifestation organisée par la plateforme Mirabal.

#metoo a aussi permis de prendre conscience du fait que le harcèlement envers les femmes a des formes très diverses. Il y a notamment ce qu’on appelle le sexisme ordinaire : les petites remarques, les blagues, etc. Pourquoi est-ce aussi important de lutter contre cela ?

Irène Zeilinger. Il n’y a pas de faits anodins. Tout participe à maintenir en place ce système d’inégalités. Que ce soit par un regard, une petite remarque, le système du sexisme est toujours là, se porte très bien et continue à opprimer les femmes. Ce « sexisme ordinaire » est entretenu par la peur du « ça aurait pu être pire ». Et le pire, c’est le viol. Souvent, les femmes ont peur de répondre aux « petites choses » par crainte de provoquer plus de violence. Cela limite notre capacité d’action.

Par ailleurs, il est important de pointer le lien entre les violences faites en rue et les violences conjugales, et ne pas banaliser le harcèlement de rue.

Cela mène à un schéma où, parce que je sais que c’est dangereux dehors, je me sens plus en sécurité sous la protection d’un homme dans un couple. Cela fait que beaucoup de femmes n’osent pas sortir de chez elles. Elles limitent leur mobilité, ce qui les rend plus vulnérables.

D’autre part, les violences commises par les proches sont rendues invisibles parce qu’on pointe toujours la rue et l’espace public comme dangereux. Et cela rend aussi le fait de rompre plus difficile. On se pose la question « est-ce que je vais arriver à survivre, sans la famille, le partenaire etc ? »

Ce que nous aimerions voir de la part de tous les gouvernements, c’est une politique de prévention plus efficace

Le gouvernement fédéral a dit dans sa déclaration de politique générale qu’il allait « ratifier la Convention d’Istanbul du 11 mai 2011 sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique », et il a dit qu’« il s’attaquera en priorité au viol et à la violence entre partenaires ». Qu’en est-il ?

Irène Zeilinger. La convention d’Istanbul a été ratifiée, ça s’est fait. Trois centres spécialisés d’accueils pour victimes de violences sexuelles vont voir le jour, un par région. Il y aura un ensemble de services juridiques, psychologiques, médico-sociaux, etc., mais sans hébergement. C’est peu, et cela pose problème. Le centre wallon sera à Liège, mais comment fera une femme qui habite Mouscron, par exemple ? Donc il y a des choses qui sont faites, mais il faudra encore voir l’application…

Cela dit, on constate que les mesures prises au niveau politique sont focalisées sur la prise en charge quand la violence a déjà eu lieu. Il s’agit donc de mieux gérer la violence, pas de la diminuer. Ce que nous aimerions voir de la part de tous les gouvernements, c’est une politique de prévention plus efficace.

Et au niveau des maisons d’accueil ?

Irène Zeilinger. Il manque beaucoup de places. Il y en a une nouvelle qui a ouvert à Bruxelles, cela va aider, mais, selon le Conseil de l’Europe, il faudrait un lit par 10 000 habitants. On est loin du compte… Il faut dire que beaucoup de maisons d’accueil sont des centres d’urgence. On peut y passer la nuit, mais pas laisser ses affaires. Il faut chaque soir essayer de retrouver une place, ce qui est évidemment inadmissible pour des femmes avec des enfants qui ont fui un partenaire violent.

Que manque-t-il encore ?

Irène Zeilinger. Avec la plateforme Mirabal, nous avons un cahier de revendications. Il y en a une douzaine, qui touchent à la nécessité de la prévention, au manque de statistiques, au fait que toutes les violences sont importantes, que la Belgique doit utiliser son rôle international pour faire avancer les choses… et aussi prendre en compte la situation particulière des femmes migrantes.

Autour de nous, que pouvons-nous faire ?

Il y en a marre de cette colère qui est provoquée quand on vit constamment ce genre de situation, de ne pas pouvoir sortir en se sentant en sécurité

Irène Zeilinger. Si #metoo a permis une prise de conscience je trouverais intéressant que les hommes puissent changer leur comportement et arrêter d’être sexistes pour ceux qui le sont. Ils pourraient se reconnaître dans des comportements dénoncés « ah j’ai déjà fait cela et je ne me rendais pas compte que ça pouvait être vu comme ça par la femme. » Mais qu’ils interviennent aussi quand cela arrive, qu’ils ne restent pas juste spectateurs. Parce que les remarques, les comportements sexistes se font aussi devant les autres. Attendre chaque fois que la victime monte sur les barricades c’est mettre encore plus de poids sur quelqu’un qui vient de vivre des discriminations.

On peut aussi travailler du côté des victimes potentielles pour renforcer nos ressources individuelles et collectives de résistance. Dans les ateliers que nous organisons, nous apprenons aux femmes à prendre conscience de leurs propres limites et si elles ne sont pas respectées apprendre à quoi faire.

Pourquoi est-ce important d’aller manifester le 25 novembre ?

Irène Zeilinger. Parce qu’il y en a marre. Il y en a marre de cette colère qui est provoquée quand on vit constamment ce genre de situation, de ne pas pouvoir sortir en se sentant en sécurité, qu’à la moindre remarque on se demande « mais qu’est-ce qu’il veut maintenant ? » C’est épuisant de vivre tout le temps ça. Il n’y aura donc pas de minute de silence pour les victimes, comme ça a déjà eu lieu dans d’autres événements contre les violences, mais il y aura une minute de bruit pour les victimes. Le silence il y en a déjà vraiment assez. Donc il faut aussi venir équipé avec des choses qui font du bruit.

Nous voulions aussi avoir des demandes très claires sur ce qui doit changer. Nous avons organisé cette manifestation non seulement pour dénoncer les violences, mais aussi rendre visible la résistance des femmes. Chacun pourra aussi mettre ses revendications le long d’un fil rouge.

Ce qu’on trouve aussi très important c’est que les violences c’est une responsabilité de tout le monde, qu’on soit victime ou pas. Chacun qui se sent concerné par ce qui se passe dans notre pays, concerné par la situation des droits humains, a sa place dans cette manif. Parce qu’évidemment les violences faites aux femmes sont des violations des droits humains fondamentaux.

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