La jeunesse sous la loupe :: À propos des jeunes qui n'ont plus le droit à l'erreur, de la culture étouffée et d'un avenir plus inégalitaire et moins vert

Le premier ministre Charles Michel a déclaré en présentant l’accord de majorité que « notre programme de gouvernement est tout entier tourné vers l’avenir, pour les générations actuelles et futures ». Les mesures de son gouvernement auront effectivement beaucoup d’impact sur l’avenir des générations actuelles et futures, c’est indéniable. Mais l’impact ne sera pas positif. Pour au moins 9 raisons.

1. Rendre l’enseignement plus cher et plus élitiste

L’enseignement belge, tant du côté francophone que néerlandophone, est un des plus inégalitaires d’Europe. À l’âge de 15 ans, trois quarts des enfants issus des 10 % des familles les plus riches en Belgique sont encore dans l’enseignement général. Ce chiffre s’élève à un enfant sur sept pour ceux qui grandissent dans les 10 % des familles les plus pauvres. À 16 ans, pas moins d’un jeune sur deux qui a déjà doublé.

Manque de places, d’encadrement, de matériel… les besoins dans l’enseignement sont énormes. En même temps, en 30 ans, le financement consacré à l’enseignement est passé de 7 % à 5,4 % du PIB. Le financement global diminue, mais encore plus le financement relatif par élève et étudiant (diminué par exemple de 1400 euros entre 2008 et 2012 en Flandre, passant de 8 680 euros à 7 291 euros). 

Dans le même temps, les coûts directs (frais, voyages scolaires, minerval, syllabus) et indirects (transport, nourriture, logement) augmentent sans cesse. L’enseignement gratuit est plus que jamais un mythe en Belgique. Avec toutes les inégalités que cela entraîne pour ceux qui n’ont pas les moyens… Et ce, tant dans l’enseignement obligatoire que dans le supérieur, où une année d’études coûte environ 12 000 euros à un étudiant koteur et sa famille.

La voie qui mène à l’inégalité

Contrairement aux promesses faites par la plupart des partis avant les élections du 25 mai, l’enseignement est touché par l’austérité. Tant dans le supérieur qu’au niveau de l’obligatoire. Alors que notre enseignement est déjà dans une situation catastrophique, plusieurs mesures vont l’amener sur une voie plus élitiste, la voie de plus d’inégalités et de privilèges. Non seulement le coût des études augmente, non seulement les moyens diminuent, mais en plus les politiques de lutte contre les inégalités sont directement dans le viseur.

37 millions d’euros en moins pour le fonctionnement. C’est le montant que le gouvernement de la Communauté française veut économiser dans l’enseignement obligatoire sur les frais de fonctionnement : le chauffage, le matériel, le nettoyage. « Un budget qui protège l’enseignement », prétend la ministre de l’Enseignement obligatoire de la Communauté française, Joëlle Milquet (cdH). Pourtant quand on connaît la situation catastrophique et les besoins énormes, on comprend que c’est une nouvelle décision qui fera mal. Que vont devoir faire les écoles ? Moins chauffer ? Moins nettoyer ? Ou compenser en prenant de l’argent ailleurs ? Et la ministre d’annoncer fièrement « préserver totalement les conditions de travail des enseignants », comme si toutes ces choses ne faisaient pas partie de leurs conditions de travail.

14 millions en moins pour la lutte contre les inégalités. Le gouvernement avait également annoncé une suppression des frais de fonctionnement supplémentaires pour les écoles en encadrement différencié (anciennement dites en « discrimination positive »). Cela, afin de réallouer ces budgets pour garantir une partie des engagements de nouveaux profs qu’ils avaient promis. Un tour de passe-passe qui lésera les écoles (dites à discrimination positive) déjà les plus en difficultés.

En effet, ces montants sont actuellement versés à des écoles accueillant des jeunes issus des milieux les plus défavorisés. Ils servent à financer, par exemple, des activités culturelles et sportives, à développer des bibliothèques, à acquérir du matériel pédagogique supplémentaire, etc. Pour ces écoles, cela représenterait une diminution des subventions ordinaires jusqu’à 20 %. Pour une commune comme Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles), dont toutes les écoles font partie du dispositif, cela veut dire environ 200 000 euros de moins au total pour l’enseignement. Devant la mobilisation des acteurs de l’enseignement, la ministre Milquet a marqué un coup d’arrêt, annonçant qu’elle procéderait à une évaluation avant de trancher.

Nouvelle augmentation du minerval. Pour le supérieur, le gouvernement de la Communauté française a effectivement fait le choix de ne pas maintenir le gel du minerval dans la déclaration de politique communautaire. Ce gel était une victoire du mouvement étudiant après plusieurs mobilisations sous la précédente législature. Si le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS) a annoncé que l’augmentation serait « limitée » et ciblerait seulement certaines catégories d’étudiants, sans doute ne se rend-il pas bien compte de ce que cela représente déjà actuellement pour une famille de devoir débourser 835 euros à la rentrée en septembre…

1,7 million de diminution des budgets d’aide à la réussite dans le supérieur. Le gouvernement a également prévu une non-indexation d’une partie des budgets sociaux, d’aide à la réussite et à la démocratisation dans le supérieur (estimée par la Fédération des Étudiants francophones à 1,7 million d’euros). Cela touchera deux fois les élèves les plus défavorisés : à travers les budgets sociaux et ceux de l’aide à la réussite. Et ce, alors que de lourdes mesures de restrictions ont déjà été décidées ces derniers temps dans de nombreux établissements d’enseignement supérieur en Communauté française. L’UCL vient par exemple, en décembre 2014, d’annoncer des coupes de plus de 200 000 euros.

Retour de la sélection à l’entrée du supérieur, notamment en médecine. Des mécanismes de sélection (examens et test d’entrée) sont mis en place et renforcés dans l’enseignement supérieur. Ces politiques vont opérer un tri à l’entrée des études supérieures. Avec les fortes inégalités dans notre enseignement, ces mécanismes vont aggraver encore la situation en excluant ou en décourageant fortement (dans le cas des tests non contraignants) les jeunes qui ne sont pas issus des « bonnes familles » et « des bonnes écoles ». Il y aura moins d’échecs, car beaucoup de ceux qui ont des difficultés n’auront simplement plus accès au supérieur. Les gouvernements optent ainsi pour une pédagogie de l’échec et de l’exclusion plutôt que pour une pédagogie de la réussite qui viserait, par exemple, à améliorer l’encadrement des étudiants. Sans compter que cette mesure est couplée aux coupes dans les budgets sociaux, les budgets d’aide à la réussite et l’augmentation du minerval.

Limitation aux études de médecine malgré la pénurie de médecins. Alors que les derniers chiffres du cadastre intermédiaires confirment largement la pénurie, les autorités se mettent d’accord pour maintenir le contingentement des numéros Inami et renforcer la limitation du nombre de médecins via un mécanisme de sélection à l’entrée. En médecine générale, par exemple, nous sommes actuellement à environ 7 généralistes pour 10 000 habitants, alors que le « seuil de pauvreté médicale » est généralement défini à 9 pour 10 000. Les prédictions prévoient que nous diminuerons encore jusqu’à 6 pour 10 000 dans les 25 prochaines années.

2. Emploi et chômage : ni perspectives ni droit à l’erreur.

En Belgique, selon les chiffres officiels, il y a 17 demandeurs d’emploi pour un seul emploi disponible, selon les chiffres officiels. Et ce chômage de masse touche particulièrement les jeunes. Plus d’un un sur cinq est au chômage, et, dans certains quartiers, cela monte facilement jusqu’à un sur deux.

Mais, entre les intérims, stages, temps partiels ou contrats de courte durée, la situation est souvent loin d’être vraiment meilleure pour ceux qui travaillent. Le système d’intérim a notamment explosé : il y a quatre fois plus d’intérimaires qu’il y a 20 ans, ils représentent aujourd’hui plus de 500 000 emplois, presque un emploi sur sept en Belgique. Ils gagnent en moyenne 22 % de moins, et 35 % des intérims à peine débouchent sur un emploi. 22 % d’entre eux ont même un contrat à la journée. Et 30 % sont appelés maximum 24h avant le début de la mission.

Emploi ou chômage, toujours plus de pression et de précarité

Plus le droit à l’erreur : fini les allocations d’insertion pour ceux qui ont doublé. Le gouvernement durcit encore les mesures contre les jeunes qui cherchent un emploi. 8 000 d’entre eux seront ainsi exclus du chômage. D’une part, il s’agira des jeunes qui n’ont pas fait la demande d’allocations d’insertion avant leurs 24 ans (en comptant les 12 mois de stage). Le gouvernement exclut ainsi tous les jeunes qui font des études supérieures complètes (avec master) et ont raté une année ou plus durant leurs parcours. Quand on sait qu’un jeune sur deux double déjà à l’école, et si on rajoute le taux d’échec et de réorientation en 1e année dans l’enseignement supérieur (environ 50 à 60 %), on comprend que cette mesure va rendre impossible pour beaucoup de jeunes d’envisager des études supérieures complètes sans se voir privé de l’accès au chômage. Dans les faits, c’est une mesure qui va pénaliser ceux qui ont le plus de difficultés, les pousser à limiter leurs ambitions en matière d’enseignement supérieur et à choisir des études plus courtes, voire pas d’études du tout s’ils ont pris trop de retard. D’autre part, le gouvernement va aussi limiter ces allocations pour les jeunes de moins de 21 ans qui n’ont pas de diplôme du secondaire, enfonçant ainsi encore plus ceux qui sont déjà en décrochage scolaire.

Big Brother contre les chômeurs. Le gouvernement a décidé de faire de la lutte contre la « fraude sociale » une priorité. Ils contrôleront donc dorénavant les consommations de gaz, d’électricité et d’eau des chômeurs. Les chômeurs qui consomment trop ou trop peu seront suspects. Comme l’a récemment déclaré Alexis Deswaef, président de la Ligue des droits de l’Homme, à propos de Bart Tommelein (Open Vld) qui, en plus d’être secrétaire d’État à la Lutte contre la Fraude sociale, est aussi secrétaire d’État à la Protection de la Vie privée : « Le Secrétaire d’État à la Lutte contre la Fraude sociale et à la Protection de la Vie privée promet qu’il violera l’une au profit de l’autre. » Cette politique contraste avec le peu de moyens et d’ambition mis par le gouvernement au niveau de la lutte contre la fraude fiscale, pour laquelle il prévoit encore de moins bons résultats les années à venir.

Mais le gouvernement va plus loin : il a aussi prévu d’ouvrir une ligne d’appel pour que les gens puissent dénoncer les fraudeurs. Des mesures qui s’accompagnent d’un discours idéologique contre les chômeurs « profiteurs » et démontrent une réelle volonté de monter les gens les uns contre les autres. Ces mesures toucheront particulièrement les jeunes, fortement touchés par le chômage

Travail gratuit pour les chômeurs. Le gouvernement a aussi prévu de mettre en place du travail forcé « au service de la collectivité » pour les chômeurs. Après deux années au chômage, pour conserver leurs droits, les chômeurs devront ainsi travailler gratuitement deux demi-journées par semaine au service de la collectivité. Une mesure qui met en réalité en danger des emplois existants. Comme l’histoire de ce chômeur de La Haye qui s’est retrouvé à faire du balayage de rue comme service à la collectivité quelques mois après avoir perdu son emploi… de balayeur à la ville.

Mais le gouvernement Michel-De Wever ne se contente pas de mettre la pression sur les chômeurs, il menace aussi l’emploi des jeunes

Hausse du chômage des jeunes avec la hausse de l’âge de la retraite à 67 ans. Relever l’âge de la pension jusqu’à 67 ans n’aura pas qu’un impact pour les travailleurs déjà actifs, cela touchera aussi les jeunes et tous les (futurs) travailleurs en limitant le nombre d’emplois disponibles. Ainsi, en Suède, lorsqu’une réforme similaire du système des pensions a été introduite, le chômage des jeunes a fortement augmenté, passant de 10 % en 2000 à 24 % en 2014. Une augmentation nettement au-dessus de la moyenne européenne. C’est en effet illogique de pousser autant de gens âgés à rester sur le marché du travail alors qu’ils sont le plus souvent à bout de force et qu’il y a actuellement 650 000 chômeurs en Belgique.

Des « stages jeunes » précaires payés 800 euros par mois. Les gouvernements ont aussi décidé de développer des stages précaires, avec notamment, au niveau régional, la fameuse « garantie jeunes ». Présentés comme une solution miracle sous prétexte d’aider les jeunes à « acquérir de l’expérience sur le marché du travail », ceux-ci doivent accepter des stages précaires. Ils sont rémunérés 800 euros par mois, dont 200 euros seulement payés par l’entreprise. Ce qui revient à moins de 1,6 euro de l’heure pour l’employeur. Un coût imbattable, sans aucune obligation d’embauche prévue à la fin du stage. Dans les faits, les entreprises qui utilisent beaucoup ce type de stages actuellement sont les chaînes de distribution et de commerces ou les entreprises de nettoyage. Des secteurs qui ne requièrent en fait presque aucune expérience...

Fin des horaires fixes et des contrats à horaire complet. Le gouvernement prend aussi des mesures afin de rendre le travail « plus flexible » en prévoyant notamment dans l’accord de gouvernement « une organisation du travail et du temps de travail plus flexible telle que l’annualisation du temps de travail, le travail à temps partiel, les heures supplémentaires et les horaires flottants ». Cela veut dire que les travailleurs doivent accepter de travailler plus ou moins chaque semaine (avec des horaires variables) en fonction des besoins des employeurs. Ceux-ci devront dès lors moins recourir à de nouvelles embauches. Mais, pour les travailleurs, cela implique beaucoup d’incertitudes et de difficultés pour organiser sa vie privée, notamment. Cela vaudra particulièrement pour les nouveaux contrats, et donc davantage encore pour les jeunes

4 emplois publics sur 5 non remplacés. Enfin, à tous les niveaux, les gouvernements ont prévu des suppressions d’emplois et des désinvestissements dans les administrations et services publics (crèches, transports publics, RTBF-VRT…). En Wallonie, par exemple, quatre départs à la retraite sur cinq ne seront pas remplacés dans l’administration. Autant d’emplois qui disparaissent tout simplement. Des emplois qui sont pourtant le plus souvent des emplois de qualité et utiles à la société.

3. Énergie et environnement : des  centrales et des profits pour Electrabel aussi prolongés jusqu’à 67 ans ?

L’urgence climatique est là, et ce sont toutes les générations futures qui payeront la facture des choix faits aujourd’hui. Selon le dernier rapport du GIEC (le groupe d’experts climatiques de l’ONU), il serait encore possible d’éviter que la température moyenne s’élève de plus de 2°C par rapport à la période pré-industrielle, mais certainement pas avec les mesures prises au cours des 20 dernières années. La Belgique n’a même pas réussi à tenir son faible engagement à Kyoto de réduire de 7,5 % les émissions de CO2 sur la période 2008-2012.

Libéralisation aveugle et désinvestissement public

Albert Einstein disait : « Nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec le même type de pensée que celle qui les a crés ». C’est pourtant ce que fait le gouvernement : continuer aveuglément dans la même direction. Le gouvernement continue à adopter la logique de la libéralisation aveugle et de désinvestissement public, promue notamment par la Commission européenne. Les intérêts des grandes multinationales de l’énergie continuent de passer avant les intérêts collectifs et écologiques, et les pouvoirs publics lâchent toute responsabilité. Et ce, jusqu’à menacer l’approvisionnement même d’électricité pour la population (le fameux « black-out »). C’est bien simple, le volet « politique climatique » du gouvernement prend à peine une page dans un accord qui en compte 230.

Prolongation du nucléaire jusqu’en 2025 au moins. Sous pression d’Electrabel, qui réalise de plantureux bénéfices, le gouvernement a décidé de prolonger la durée de vie des vieilles centrales nucléaires belges potentiellement jusqu’en 2025. 50 ans après leur mise en service... Pire : alors que, dans toute l’Europe, on est en train de mettre des centrales à l’arrêt, le gouvernement ouvre la porte à la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Outre un choix anti-écologique, il s’agit également d’un choix qui met en danger la sécurité de la population, comme l’a encore prouvé l’exemple de Fukushima.

Gaz de schiste plutôt qu’énergie verte. Le gouvernement Michel-De Wever ouvre également les portes pour exploiter des énergies telles que le gaz de schiste, dont on sait qu’elles ont un effet catastrophique sur l’environnement. Tout cela au nom de la « compétitivité » et de « l’indépendance énergétique ». Ici encore, c’est la rentabilité économique pour les actionnaires qui est le critère, et ce gouvernement n’a aucune intention de changer cela. Cela explique notamment qu’après 10 ans de libéralisation, la Belgique n’en est toujours qu’à 10 % d’électricité verte.

Tous les prix des transports publics augmentent, la mobilité en prend un coup. À la SNCB, l’augmentation des tarifs est estimée à 10 %. Pour De Lijn, c’est d’une augmentation généralisée des tarifs de 5 % que parle le gouvernement flamand, outre la fin de la gratuité pour les seniors. Aux TEC, c’est le prix du ticket dans le bus qui augmentera de presque 10 %, passant de 1,90 euro à 2,10 euros. Enfin, à la STIB, l’augmentation de 12 % de la très populaire carte de 10 voyages vient s’ajouter à plusieurs années d’augmentation des tarifs. Autant de freins à la mobilité en transports en commun, pourtant meilleurs pour l’environnement

Politique anti-mobilité et anti-environnementale. À tous les niveaux, les gouvernements touchent durement les transports publics (SNCB, TEC, De Lijn, STIB). Il y a 2,1 milliards de coupes sur 5 ans pour la SNCB. De Lijn, de son côté, prévoit 34 millions d’économies. Des coupes qui se traduiront, entre autres, en Flandre, par une limitation des bus le dimanche : en dehors des centres-ville, le service ne commencera qu’à 10h et seulement jusque 19h. Tant pis pour ceux qui travaillent le matin ou veulent sortir en ville. Les TEC, ont déjà annoncé 6 millions de coupes. Enfin, pour la STIB, le gouvernement a reporté plusieurs dizaines de millions d’euros prévus pour les investissements sur le réseau pour faire face à la forte augmentation du nombre d’utilisateurs depuis le début de la crise en 2008. Toutes ces coupes ont évidemment des conséquences sur les tarifs, mais aussi sur la sécurité, les fréquences, les conditions de travail et la ponctualité. Les réseaux resteront surchargés, les zones moins denses risquent de ne plus être desservies, et c’est le mécontentement des usagers qu’on entretient ainsi. Sans compter les effets sur l’emploi, alors qu’on parle de 5 000 emplois supprimés rien qu’à la SNCB. Toutes ces mesures préparent une possible privatisation, déjà évoquée par la ministre Jacqueline Galant (MR).

4. Démocratie sous surveillance : une version belge de la NSA et le déploiement de l’armée dans les rues

Depuis des années déjà, nous assistons à un durcissement et à un glissement vers des politiques de sanctions et de répression. Celles-ci touchent notamment les plus jeunes, comme on le voit par exemple avec l’extension sous le précédent gouvernement du système des SAC (sanctions administratives communales). Dans le même temps, la population a de moins en moins de choses à dire sur les décisions qui sont prises. Ce n’est donc pas par hasard qu’au moment où la contestation sociale monte, le gouvernement durcit également les outils de répression de l’État. Ce qui offre aux générations futures un avenir d’une démocratie sous forte surveillance.

Droits démocratiques en danger

Les gouvernements prennent de nombreuses mesures qu’aucun parti politique n’avait jamais annoncées dans son programme électoral, comme la pension à 67 ans, les coupes dans l’enseignement ou dans la culture. Considérant que le résultat des élections suffit à légitimer son action, il n’entend pas laisser beaucoup de place à la négociation et à la participation des différents acteurs de la société. Et, dans le même temps, un peu à la manière de ce qu’a fait par exemple Thatcher en Grande-Bretagne dans les années 1980, le gouvernement créé un climat de psychose (par exemple autour des incidents de la manifestation nationale du 6 novembre) et prend des mesures qui permettent dans les faits de limiter par toute une série de mécanismes la participation et les possibilités de contestation. Pour cela, il utilise notamment comme prétexte la lutte contre la « radicalisation ». C’est dans ce sens qu’il faut comprendre aussi la volonté de la N-VA d’avoir les ministères de l’Intérieur et de la Défense, stratégiques à ce niveau.

Tout cela est particulièrement inquiétant dans un contexte où ces nouveaux ministres N-VA minimisent, voire assument, des références et des liens avec l’extrême droite et la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale. C’est par exemple le cas de Jan Jambon, le nouveau vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, qui doit s’expliquer de son activité dans les cercles nationalistes (où il avait notamment invité Jean-Marie Le Pen du FN français à s’exprimer) et des déclarations où il parle des collaborateurs pendant la Seconde Guerre mondiale qui « avaient leurs raisons ». Ou encore le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Theo Francken, qui n’a pas hésité, avec son collègue ministre du gouvernement flamand Ben Weyts, à participer récemment à une soirée en l’honneur de Bob Maes, le fondateur du VMO, une milice privée d’extrême droite.

Une version belge de la NSA. Le gouvernement compte développer un « Conseil national de sécurité », une sorte de version belge de la NSA américaine, dénoncée par le donneur d’alerte Edgard Snowden. Cette NSA belge fera l’objet d’une centralisation des renseignements sous contrôle direct du Premier ministre, des ministres de la Justice, de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et des vices-Premiers. Il n’y a pas un mot dans l’accord de gouvernement sur les dangers que comporte cette centralisation sans précédent du pouvoir répressif et des renseignements, ni sur le manque de contrôle et les comptes que devrait démocratiquement rendre cet organe. Alors même que les agissements de la NSA récemment dévoilés par Snowden devraient au contraire inciter à la prudence.

Big Brother, une population sous surveillance. Au nom, notamment, de la lutte contre le terrorisme, le gouvernement se donne les moyens de contrôler le moindre détail des faits et gestes de chaque citoyen. L’accord prévoit de pouvoir encore beaucoup plus croiser toutes les banques de données sur les citoyens, et de les rendre accessibles à beaucoup plus de gens (notamment contre les chômeurs). Cette politique de surveillance passe aussi par un nouvel accroissement du nombre déjà très élevé de caméras de surveillance. Cette intrusion dans la vie privée de la population épargne tout de même une catégorie de la population : les plus riches. Au nom du respect de la vie privée, le gouvernement considère toujours qu’il n’est pas possible d’établir un cadastre des fortunes en Belgique (contrairement à d’autres pays en Europe). Ce qui serait pourtant nécessaire pour lutter contre la fraude fiscale et si l’on veut mettre en place une réelle taxation sur les fortunes.

Du bleu et du kaki dans les rues. En plus de rajouter des policiers, le gouvernement veut également ouvrir la possibilité de confier des tâches à l’armée dans les rues. Une militarisation de la vie quotidienne qui renvoie notamment aux images qu’on a pu voir lors des événements récents de Fergusson, aux États-Unis, où la police utilise des anciens blindés de l’armée pour réprimer sa propre population. Le slogan « plus de bleu dans les rues » est repris textuellement dans l’accord.

Toujours plus d’impunité pour la police. Les possibilités de plaintes contre les violences policières vont être rendues plus difficiles. Dans un contexte où celles-ci sont pourtant en augmentation (voir notamment l’affaire du jeune Jonathan Jacobs à Anvers). Ainsi, alors qu’il ne mentionne même pas la question des violences policières, l’accord parle de chercher « une solution pour les plaintes manifestement injustifiées contre le personnel policier et d’autres membres du personnel de sécurité ». Ce sont donc les policiers les uniques victimes. Et d’ailleurs, dans la même veine, l’accord propose une mesure permettant de cacher plus encore l’identité des policiers.

Déforcer les organisations syndicales et le monde associatif. Avec des mesures comme le service minimum, le gouvernement veut diminuer la force des syndicats qui, avec leurs plus de 3 millions d’affiliés, représentent la plus grande force sociale de contre-pouvoir du pays. Sans compter qu’en même temps, les organisations du monde associatif, qui jouent également un rôle critique de contre-pouvoir, voient aussi fondre leurs subsides.

5. La culture et l’associatif étouffés

De manière générale, depuis des années, il y a des restrictions dans la culture et la vie associative. Ce sous-financement public pousse les institutions, les associations et les artistes à trouver des financements dans le secteur privé. Avec, en parallèle, un discours de plus en plus fort qui veut faire de la culture et de l’art des marchandises. Cela renforce l’idée que la culture doit surtout être « rentable » et pouvoir générer beaucoup de rentrées. Traduisant une évolution vers une culture toujours plus chère et inaccessible, une culture plutôt tournée vers le prestige que vers la population. Pourtant, la culture et la vie associative sont des outils pour que les jeunes, quels que soient les milieux dont ils viennent, puissent s’épanouir, se construire, comprendre le monde et trouver une place dans la société. La culture, le sport et la vie associative produisent du sens et construisent le tissu social.

« Black-out culturel et associatif »

Un black-out culturel et associatif, c’est ce que les gouvernements sont en train de mettre en place tant au fédéral que dans les régions. La logique d’austérité touche ainsi le cœur de la solidarité, de la santé, du soutien aux populations en difficulté, de la formation, etc. Les maisons de quartiers, les écoles de devoirs, les mouvements de jeunes, les centres d’animation, les asbl locales seront touchés. Alors que toute une série d’acteurs vont disparaître et que d’autres vont devoir revoir leur activité ainsi que le prix de celles-ci, le rôle au niveau de la société et les missions sociales et éducatives de ces services sont menacés. C’est en réaction à ces projets qu’un jeune chef scout avait par exemple dénoncé le fait que son uniforme, qu’il voyait jusqu’ici comme un signe d’égalité, était en train de devenir un symbole d’inégalité et de privilège. Le privilège de ceux qui savent encore se payer la participation à un mouvement de jeunes.

Des musées de plus en plus chers. Une diminution de 15 à 30 % du budget des musées et établissements scientifiques est annoncée. La Monnaie, l’Orchestre National de Belgique, Bozar, ainsi que ceux qu’on appelle les établissements scientifiques fédéraux (ESF) : les grands musées (Beaux-Arts, Magritte, de la Musique, Tervuren, etc.), le Museum des sciences naturelles, l’Irpa, la Bibliothèque royale, les Archives du royaume, etc. Toutes ces institutions fédérales vont subir des baisses de subsides de 15 à 30 %. Du jamais vu. Et tout simplement « intenable » pour ces institutions… qui vont devoir compenser par une hausse des prix à l’entrée

Une culture fauchée qui doit devenir « rentable ». Ici encore, des économies à tous niveaux. Joëlle Milquet, ministre francophone de la culture, a annoncé qu’elles tourneront autour de 3 %. Dans un contexte où la culture est déjà largement sous-financée. Pour compenser ce manque d’argent public, la culture doit développer beaucoup plus « une vision managériale » et apprendre à « faire des recettes », selon la ministre Milquet...

L’associatif et le socio-culturel à la diète. Côté wallon, les acteurs de terrains, structures de proximité et animateurs du monde associatif doivent économiser entre 7 et 15 % de leurs moyens. À Bruxelles, on sait déjà que le secteur socio-culturel est menacé par le projet de réforme du système d’aide à l’emploi ACS dont il bénéfice très largement. 10 000 emplois dans le socio-culturel, et plus largement dans le non-marchand, sont dépendants de ce mécanisme. Cela représente un emploi sur deux dans ce secteur.

6. Six milliards pour des avions de guerre et un nouvel Otan économique

Irak, Afghanistan, Palestine, Libye, Mali, Syrie ou encore Ukraine : les conflits et les tensions se multiplient. Le monde dans lequel nous vivons est de moins en moins sûr. Dans ce contexte, nos gouvernements mènent des politiques d’interventions et de dominations économiques et militaires aux quatre coins du globe. Parallèlement, ils investissent de moins en moins dans la coopération au développement. Un choix guerrier dangereux pour l’avenir.

Soumission aux diktats de l’Otan et des grandes multinationales

Le gouvernement a clairement choisi d’approfondir encore davantage le cap d’une diplomatie dans le cadre de l’alliance militariste de l’Otan. Il n’y a aucune vision pour une stratégie de la paix. Comme dans le cas de l’Irak en 2001 ou de la Libye récemment, ce sont les intérêts économiques qui déterminent notre politique internationale. C’est ce qui explique notamment que l’Arabie Saoudite reste un allié proche, auprès duquel la Belgique a encore récemment fait une mission économique avec 353 chefs d’entreprises pilotée par la princesse Astrid.

De l’argent pour les F -35 mais pas pour l’enseignement. Le gouvernement a fait le choix d’investir 6 milliards d’euros pour acheter 40 nouveaux avions de combat pour répondre aux attentes de l’Otan et mener avec cette alliance une politique d’intervention militaire aux quatre coins du monde. C’est dans cette logique d’intervention notamment que le Parlement (en affaires courantes) a récemment pris la décision d’intervenir militairement en Irak. Une intervention qui ne résoudra rien, mais coûtera au contribuable belge la somme de 14,5 millions par mois. Et ce, malgré le bilan d’échec total pour les populations de la dernière intervention en Libye.

Le Traité transatlantique (TTIP), un nouvel Otan économique. L’accord de gouvernement prévoit explicitement de défendre le libre-échange et le Traité transatlantique en cours de négociation, qui prévoit la défense des intérêts du patronat euro-américain. Ce traité est non seulement une déclaration de guerre contre toute forme de commerce équitable au niveau mondial, mais aussi une grande menace pour la sécurité alimentaire, les soins de santé, les services publics, la culture et, avec les mécanismes de règlement de différends entre États et investisseurs, pour la démocratie même chez nous. Les normes américaines s’imposeront chez nous, avec, par exemple, des poulets lavés au chlore autorisés à la vente, une menace au niveau santé et alimentaire.

Moins d’argent pour la coopération et des actions internationales contre de nouveaux Ebola. Alors que le gouvernement s’engage pour des milliards au niveau militaire, il ne va par contre toujours pas tenir la promesse de consacrer 0,7 % du PIB à la coopération. La Belgique plafonnait encore à 2013 en 0,43 %. En effet, entre 2010 et 2013, le gouvernement Di Rupo avait déjà coupé 30 % du budget de la coopération au développement. Le gouvernement actuel continue dans cette voie. Si le budget reste encore très vague, le ministre a toutefois confirmé de nouvelles coupes, allant de 150 millions d’euros en 2015 à 279 millions en 2019. Un choix qui ne permettra pas de remplir les obligations de la Belgique auprès d’institutions internationales, comme l’a encore montré la récente crise avec Ebola en Afrique.

7. Un gouvernement d’hommes totalement défavorable aux femmes

Il reste encore énormément à faire pour atteindre l’égalité homme-femme dans notre société. Aujourd’hui, les femmes continuent par exemple à être payées en moyenne 22 % de moins que les hommes. Le gouvernement Michel-De Wever nous offre un avenir encore plus inégalitaire au niveau du genre.

L’exact inverse d’une politique d’égalité

Il s’agit d’une tendance générale en Europe : les mesures d’austérité touchent en premier lieu les plus précaires, et ceux-ci sont majoritairement des femmes. Cette austérité s’accompagne souvent d’une reprise de vigueur des tendances conservatrices. On l’a encore vu récemment en Espagne avec les débats autour du droit à l’avortement. Alors que les nouveaux gouvernements en Belgique sont souvent principalement composés en grande majorité d’hommes (trois femmes parmi les 14 ministres au fédéral, une femme parmi les huit ministres wallons), ils vont prendre de nombreuses mesures qui vont toucher durement les femmes.

Alors que l’accord de gouvernement fédéral parle théoriquement « d’éliminer les inégalités » et « d’accorder une attention particulière aux différences qui existent entre les femmes et les hommes », il prend en fait dans la pratique une série de mesures qui touchent spécifiquement et de plein fouet les femmes.

Augmentation du ticket modérateur chez le gynécologue afin d’économiser 39 millions. Concrètement, les femmes payeront désormais 12 euros de leur poche pour une visite chez le gynéco. 

Réduction d’un demi-jour en moins à la maternité pour les femmes qui accouchent sans complication.

Chômage et temps partiels, les femmes doublement exclues. Le gouvernement a prévu que le complément chômage (AGR, Allocation de Garantie de Revenu) pour les travailleurs(-ses) à temps partiels diminue de 50 % après 2 ans. Or 79 % des personnes qui touchent ce complément sont des femmes.

3 femmes sur 4 n’arrivent jamais à 42 ans de carrière. C’est donc elles qui seront les plus touchées par l’allongement de l’âge de la pension.

Les jeunes femmes auront plus difficile de se lancer dans la vie active. D’une part à cause des coupes et reports d’investissements dans les services publics comme les crèches, l’accueil des enfants, les soins, des infrastructures sportives ainsi qu’au niveau des maisons de repos. Étant donné que les femmes s’occupent généralement plus des enfants, de la famille et des personnes âgées, elles seront plus directement touchées, et ce sont autant de tâches qui leur retomberont dessus. Le gouvernement wallon a par exemple prévu le report de 340 millions qui devaient être investis pour construire des crèches et des maisons de repos. En Flandre, 133 millions d’euros ont été économisés sur les services d’accueil de l’enfance, et le tarif journalier a été augmenté. D’autre part, tous les emplois qui sont supprimés ou qui ne sont pas créés dans ces secteurs sont majoritairement occupés par des femmes. C’est le cas dans les secteurs évoqués ci-dessus, mais aussi, par exemple, dans celui des titres-services, qui est menacé par des réformes, notamment en Wallonie.

8. Sélectionner l’immigration sur base de sa « valeur ajoutée »

Dans notre société, la discrimination et le racisme restent un grand fléau au quotidien. Que ce soit pour trouver un emploi, un stage ou un logement, il n’y a rien à faire : c’est beaucoup plus difficile si on s’appelle Mamadou ou Fatima. Les chiffres montrent ainsi que beaucoup plus de personnes d’origine étrangère vivent sous le seuil de pauvreté (54 % des personnes d’origine marocaine ou 36 % pour les personnes originaires de l’Europe de l’Est contre 12 % pour celles d’origine belge). Cela touche particulièrement la jeunesse des grandes villes, qui est en grande partie d’origine étrangère.

Le racisme « relatif » et les politiques qui divisent

Personne ne l’ignore : avec les nouveaux ministres N-VA, le message s’est clairement durci. Notamment avec Theo Francken, le nouveau secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, qui questionne par exemple « la valeur ajoutée » de certaines immigrations et prône une politique de « tolérance zéro ». Un discours qui s’inscrit dans la droite ligne des déclarations pas si lointaines de Lisbeth Homans, dirigeante de la N-VA et nouvelle vice-présidente du gouvernement flamand, qui avait déclaré que le « racisme était relatif et surtout utilisé comme une excuse pour justifier un échec personnel ».

Mais ce discours qui entretient le racisme n’est pas l’apanage de la N-VA. C’est aussi celui de beaucoup d’autres partis au pouvoir. Comme quand Didier Reynders déclarait fièrement à la tribune de la Chambre « qu’aller à Molenbeek, c’était déjà aller à l’étranger ». Ou encore quand le gouvernement bruxellois ne fait même pas mention du combat contre la discrimination dans sa déclaration de politique générale, alors que c’est la ville la plus multiculturelle du pays où les discriminations sont vécues chaque jour. Ce racisme structurel, venu d’en haut, se propage à tous les niveaux. Et absolument rien de contraignant n’est mis en place pour le combattre. Au contraire. Le racisme est l’instrument politique du « diviser pour régner ».

Seuls les immigrés qui ont une « valeur ajoutée économique » ont leur place. Pour ce gouvernement « seule la valeur ajoutée économique compte », celui qui est immigré, malade, sans emploi, trop âgé… est une tare qu’il faut stigmatiser. Dans l’accord de cette majorité, l’étranger est présenté comme un fraudeur, comme quelqu’un qui abuserait de notre système social… Il faut mener une « lutte contre les mariages de complaisance », contre les « abus » de procédure ou contre « toute forme d’avantage lié au séjour ». Cela va encore plus accentuer les discriminations et l’exclusion des plus faibles de notre société.

Une politique d’expulsions forcées et d’enfermement. Theo Francken, secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, a annoncé qu’il comptait mener une politique de « tolérance zéro ». Amalgamant demandeurs d’asile, migrants et criminels, il annonce qu’il va « les renvoyer chez eux. Volontairement si possible, par la force s’il le faut ». Il a aussi prévu d’ouvrir la possibilité d’enfermer les familles et les enfants dans des centres fermés.

9. Les jeunes perdent leurs droits sociaux et passent à la caisse

Alors que les richesses augmentent chaque année, la pauvreté grandit en Belgique. Les jeunes grandissent dans un cadre de vie toujours plus dur et plus précaire. Aujourd’hui, en Belgique une personne sur sept est pauvre, et une sur cinq risque la pauvreté ou l’exclusion sociale. À Bruxelles, c’est un enfant sur trois qui grandit dans une famille sous le seuil de pauvreté (fixé à 60 % du revenu moyen). Les jeunes sont fortement touchés par ce phénomène : il y a ainsi eu une augmentation de 7,3 % des étudiants qui sont dépendants du CPAS par rapport à l’année dernière. Il s’agit de la catégorie de bénéficiaires du revenu d’intégration au CPAS qui a le plus augmenté l’année passée.

Destruction de la sécurité sociale et des miettes pour les pauvres « méritants »

Avec les mesures sur l’index, sur la santé, les pensions, l’emploi, le logement ou les services publics, les gouvernements savent qu’ils vont créer encore plus de pauvreté. La question pour eux n’est pas de comment la réduire, mais comment la gérer. Au lieu de la sécurité sociale et des droits sociaux collectifs, les gouvernements préfèrent parler de droits et de responsabilités individuelles. La N-VA en tête. Elle qui a pris les portefeuilles de lutte contre la pauvreté tant au fédéral (Ekle Sleurs) qu’au gouvernement flamand (Lisbeth Homans). Dans leur vision, ce n’est plus du côté du système qu’il faut chercher les causes des problèmes sociaux (chômage, échec scolaire, racisme) mais du côté des individus. Plutôt que de garantir des droits qui protègent tous les citoyens, ils défendent une logique d’assistance arbitraire. Les pauvres doivent s’adresser au CPAS et seuls ceux qui sont « méritants » recevront une aide (sous forme d’allocation, de bourse d’étude, etc.). On « active », « responsabilise » et « contrôle » les pauvres. Ceux qui ne répondent pas aux critères (de plus en plus durs) sont sanctionnés et exclus. C’est un retour en arrière vers une logique de charité.

Appauvrissement généralisé des jeunes et de leurs familles. Que ce soit l’augmentation des tarifs des transports en commun, les exclusions des allocations d’insertion, l’augmentation du minerval dans l’enseignement supérieur, des prix d’inscriptions dans les mouvements de jeunes ou pour l’accueil des enfants, toutes les mesures participeront à rendre les jeunes et leurs familles plus pauvres.

30 000 euros en moins avec le saut d’index. Celui-ci coûtera environ 400 euros par an à chaque travailleur, et au total plus de 30 000 euros pour un jeune après 20 ans de carrière.

Une société de l’inégalité et de l’individualisme

La société qu’on voit se dessiner en filigrane des mesures prises n’a rien d’enviable. Au contraire. C’est une société dans laquelle le marché et les intérêts économiques d’une minorité sont placés au-dessus de tout. Une société sale et polluée, qui promeut des valeurs d’individualisme et de compétition. Une société inégalitaire et élitiste dans laquelle on monte les gens les uns contre les autres, et où tout le monde est un coupable en puissance. Une société sous surveillance et de moins en moins démocratique, dans laquelle le fossé entre les riches et les pauvres devient toujours plus grand. 

Quel jeune aurait envie de grandir dans une telle société ?

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