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La cause de l'incendie de la tour Grenfell à Londres : la soif de profit

auteur: 

han Soete

Avec un investissement supplémentaire de 5 000 livres (5 700 euros), un incendie d'une telle ampleur dans la tour Grenfell à Londres aurait probablement pu être évité. En effet, lors de la rénovation de l'immeuble, l'an dernier, ce sont les panneaux d'isolation les moins chers qui ont été placés. D'autres panneaux, ceux-là résistants au feu, auraient coûté 5 700 euros de plus.
Chez nous, lorsque le PTB député fédéral Marco Van Hees a demandé au ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) si des moyens suffisants étaient octroyés à la prévention incendie afin d'éviter qu'une telle catastrophe puisse se produire, il n'a pas obtenu de réponse.

L'organisation des habitants de la Grenfell Tower avaient dénoncé le manque de sécurité incendie de la tour, et 90% des habitants avaient signé une pétition demandant une enquête sur la mauvaise maintenance de ce grand immeuble, mais ils n'ont jamais été entendus. On a désormais appris que si l'incendie avait été d'une telle violence, c'est parce que, lors de la rénovation du grand bloc de logements, on a voulu faire une économie de 5 700 euros en installant les panneaux d'isolation les meilleur marché au lieu de leur version ignifuge, plus chère.

Par ailleurs, des spécialistes de la sécurité incendie avaient exprimé un avis négatif sur la décision de Boris Johnson, le maire de l'époque (conservateur), de fermer des casernes de pompiers. La réponse de Johnson fut on ne peut plus catégorique : « Get stuffed ! » (allez vous faire f... !). Il apparaît maintenant que les pompiers ne disposaient tout simplement pas des moyens nécessaires pour arriver à contrôler un tel incendie, et encore moins pour l'éteindre.

Il y a à peine deux ans, la proposition du travailliste Jeremy Corbin pour imposer des normes plus strictes en matière de sécurité incendie dans de tels blocs d'appartements a été rejetée par la majorité conservatrice. Pourtant, 10% des Britanniques, soit 6 millions de citoyens, vivent dans des blocs d'appartements similaires à la tour Grenfell de Londres. La Première ministre pensait s'en tirer avec une « commission d'enquête ». L'indignation a été tellement grande que Scotland Yard a entamé une enquête pour « corporate manslaughter » (homicide commis par une entreprise).

Maintenant qu'il devient évident que la responsabilité de la catastrophe est à imputer à la soif de profit et à la gestion désastreuse de ces immeubles, l'indignation ne cesse de grandir. Les manifestants se sont rendus à la mairie où ils ont exigé davantage d'explications de la part des administrateurs des tours de logements. Une action a également été menée devant la résidence de la Première ministre. En effet, Teresa May a été pendant des années ministre de l'Intérieur et, pour les manifestants, elle porte donc aussi la responsabilité de la catastrophe.

« Un incendie tel que celui de Londres est-il possible en Belgique ?  »

C'est la question que le député PTB Marco Van Hees a posée au ministre de l'Intérieur Jan Jambon. « Nous ne sommes pas tous égaux devant de tels drames, a dit Marco Van Hees. Qu'on se souvienne de l'incendie de l'immeuble des Mésanges, à Mons (7 morts), ou de celui survenu en janvier dernier à Schaerbeek (une femme enceinte de 7 mois y a perdu la vie), là aussi il s'agissait de logements sociaux. En Belgique, la majorité des logements sociaux qui ont été construits dans les années 1960 et 1970 ne sont pas aux normes en matière d'incendie. » « Les normes ont été plusieurs fois revues à la hausse », a répondu Jan Jambon. C'est certes vrai, mais ces normes concernent uniquement les nouveaux logements. « Nous constatons que l'on reporte parfois délibérément des rénovations approfondies parce qu'il faudrait alors se conformer aux nouvelles normes. On préfère se limiter à un peu de retapage parce qu'alors ce sont les anciennes normes qui restent en vigueur, explique Claire Geraets, députée PTB au Parlement bruxellois. C'est scandaleux, il existe un budget d'un milliard et demi pour rénover les logements sociaux, mais celui-ci ne peut pas être utilisé parce qu'on n'introduit pas de projets. Mais on introduit plein de projets bling-bling pour les touristes et des centres d'affaires, et entre-temps, les gens continuent à vivre dans des logements sociaux sans chauffage central, mal isolés, où il y a des moisissures et qui, au plan de la sécurité incendie, ne répondent pas aux normes actuelles. »

Claire Geraets précise également qu'en Région bruxelloise, 5 818 alarmes incendie ne satisfont pas aux nouvelles règles. « Cela ne veut pas dire qu'elles sont toutes hors-service, précise-t-elle. Tout ce qu'on sait, c'est qu'elles ne répondent pas aux normes actuelles. Avec le PTB, nous avons demandé à voir les registres de sécurité incendie, à Schaerbeek, à Molenbeek, et ensuite à toutes les sociétés de logements sociaux à Bruxelles. Elles ont toutes refusé de les communiquer. »

Marco Van Hees a également interpellé le ministre de l'Intérieur Jambon sur les pompiers. « Un délégué syndical du corps des pompiers m'a expliqué que, s'ils devaient vérifier les anciens bâtiments, il faudrait doubler leurs effectifs, raconte-t-il. Pourtant, est risque est bien plus élevé dans ces vieux immeubles. Les pompiers se plaignent aussi du manque de matériel et de matériel moderne. J'ai demandé au ministre si, en Belgique, on investit des moyens suffisants pour éviter qu'une telle catastrophe se produise. À cette question, il s'est abstenu de répondre. »

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