Des milliers de citoyens grecs ont manifesté ce jeudi 5 février contre le chantage de la BCE. (Photo Reuters/Yannis Behrakis)

La BCE tire : le bras de fer avec le peuple grec a commencé

auteur: 

Marc Botenga

La Banque centrale européenne (BCE) a sorti un bazooka. Non pas pour sauver la zone euro ou l’économie européenne, mais pour sauver l’austérité et couler la résistance du peuple grec. Ce jeudi 5 février au soir, des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le Parlement grec contre ce chantage.

Assécher la Grèce

Objectif premier de la BCE : mettre sous pression le gouvernement grec en refusant à son économie les liquidités nécessaires. Il s’agit d’une attaque en règle faite de 3 mesures phares. Quelques jours avant les élections grecques, la BCE a promis d’inonder les marchés financiers européens d’environ 1 140 milliards d’euros. Le but : relancer l’économie en offrant des liquidités afin d’encourager la consommation. Petit bémol : sous pression allemande, la Grèce en était exclue. Une deuxième mesure a été le refus de la part de la BCE d’un plan grec pour trouver rapidement 10 milliards d’euros. Yanis Varoufakis, le ministre des Finances grec, avait proposé qu’Athènes récolte ces 10 milliards pour surmonter les 3 prochains mois en émettant des obligations. La BCE a refusé.

Le 4 février au soir, les dirigeants de la BCE y ont ajouté une troisième mesure. Ils interdisent désormais aux Banques grecques d’utiliser les obligations de l’État grec comme garantie quand ils empruntent, pratique courante pourtant pour les établissements de la zone euro. En parallèle, pour que la Grèce ne tombe pas sans liquidités, la BCE a augmenté le débit d’un autre système de financement des banques, dite l’assistance d’urgence de liquidités. Le gouverneur de la Banque centrale grecque souligne toutefois que les intérêts à payer sur cet argent sont bien plus élevés : 1,55 % plutôt que 0,05 % normalement.

Sauver l’austérité

Il s’agit clairement d’une attaque politique. Personne ne croit plus à la pseudo-indépendance de la BCE. Officiellement indépendante, elle est clairement sous influence directe et indirecte. Directement à travers les pressions politiques sur son directoire, indirectement à travers son conseil d’administration incluant les gouverneurs, des banques centrales nationales des dix-neuf pays de la zone euro, comme Luc Coene nommé par le gouvernement belge.

En coupant les fonds à la Grèce, l’objectif est d’obliger le pays à continuer à faire payer la crise aux travailleurs. Dans cette partie, l’Allemagne joue un rôle de premier plan. Le journal autrichien Der Standard a d’ailleurs pu mettre la main sur un « document gouvernemental » allemand transmis à l’Eurogroupe, la réunion mensuelle des ministres des Finances des États membres de la zone euro. Les exigences posées à la Grèce sont claires, exactement à l’inverse des aspirations exprimées par le peuple grec aux élections. Il s’agit entre autres de continuer à se soumettre à la Troïka, abaisser (plutôt qu’augmenter) le salaire minimum, diminuer le nombre de fonctionnaires de 150 000, continuer les privatisations des ports, des entreprises publiques de l’énergie et du logement, et adapter les prix régulés et limités de l’électricité pour les ménages aux « prix du marché ». C’est la « Troïka-démocratie » de l’Union européenne qui veut imposer au gouvernement grec de faire exactement l’opposé du programme pour lequel il a été élu.

Le besoin de solidarité

Si la BCE réagit si fortement, c’est que le navire de l’austérité est en train de prendre l’eau de tous les côtés. En Espagne, en Irlande, au Portugal, les pays les plus touchés par la crise, les peuples pourraient aussi être tentés de tourner le dos aux politiques traditionnelles. Aussi, la BCE s’en prend au peuple grec pour étouffer dans l’œuf cette vague de résistance contre l’austérité qui pourrait gagner le continent européen. En Grèce, le 5 février une première manifestation contre le chantage éhonté de la BCE a été organisée. Les 11 et 16 février, des réunions de l’Eurogroupe auront lieu à Bruxelles. Le bras de fer a commencé. Le peuple grec mérite tout notre soutien. Car ce qui se passe à Athènes concerne toute l’Europe.

 

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Commentaires

On devrait aller manifester devant les institutions à bxl contre ce chantage ? Possible ?
Très bonne suggestion. Avec des panneaux "Nous sommes tous Grecs".
Dehors l'Allemagne : envahisseur de l'Europe depuis un siècle !
honteux
Encore une fois un groupe représentant uniquement l'aspect financier de l'Europe et sans avoir été élus, mets à mal la démocratie. Ne voulant pas d'un pays dirigé par une gauche radical, il font un chantage inadmissible en plongeant encore plus non seulement une nation, mais surtout des citoyens déjà fragilisés dans la misère la plus totale. Nous devons ensemble montrer notre désapprobation à cette attitude que je qualifie de barbarie en col blanc. Cette attitude devrait mobiliser les citoyens de la même manière que dans le cas du massacre à Charlie Hebdo car ici aussi c'est un non respect de la démocratie et un acte insultant pour un peuple qui a élu démocratiquement son gouvernement.
Unissons nous contre cette Europe, contre l'austérité, contre cette mafia. Unissons nous pour être fort, pour être en mesure ce couler ce navire, qui appauvri tous ses peuples et enrichi les multinationales.La BCE ne voit que son profit, détruire les petits et donner aux grands, Ce n'est pas cette Europe que l'on veut, on veut une Europe qui nous soutienne, qui protège nos biens, nos avoirs, nos petits indépendants, il faut une Europe de maintenant, de ce siècle , pas celle qui nous gouvernent et qui nous disent ce qu'il faut faire ou pad faire. Unissons nous peuples d'Espagne, d'Italie, de Grèce du Portugal, détruisons cette Europe de riches qui nous appauvris
Entierement d'accord avec vous, Mr Menegon. Ce devrait être inéluctable si ça continue ainsi. S'unir et renverser le capitalisme.
BCE,OCDE,FMI,... c'est la représentation du néo-libéralisme puant qui dirige l'Europe depuis trop longtemps ,d'ailleurs beaucoup de directives européennes sont influencées par les lobbying des multinationales et des banques. Le monde de la haute finance a tout pouvoir pour appauvrir les populations et les états ,la Grèce en est la preuve.
C'est honteux ce qui se passe ,le capitalisme pur et dur derrière le nouveau Gouvernement de gauche en Grèce,comme de bien entendu tout le monde se rassemble derrière l'Impératrice de l'austérité ,la Merkel pour ne pas la nommer ,qui a fait ses études en RDA,...mais c'est loin tout celas , j'espère que le Peuple Espagnol vas également se révolté contre ces mesures qui écrasent l'Europe et les Européens !
Ceci est bien la preuve que nous ne sommes plus en démocratie , mais en ploutocratie... donc ,peut importe le vote du peuple ,il n'est pas entendu ,il est nié et méprisé d'une manière insupportable. Dans le temps c'étaient les pauvres qui se battaient contre les riches ,( Robin de bois ) :-) maintenant ce sont les riches qui se battent contre les pauvres et prennent aux pauvres...
Je suis en admiration pour le peuple grec qui a choisi le parti de la solidarité plutôt que de se tourner vers un vote nationaliste ou d'extrême droite comme c'est malheureusement parfois le cas dans des situations où la population est brimée. Puisse cet exemple servir de ferment pour d'autres pays de l'UE.