Photo Antti T. Nissinen / Flickr

L’Otan, c’est quoi ?

Après l’implosion de l’Union soviétique, l’Otan aurait en fait dû se dissoudre d’elle-même. Mais de nouveaux ennemis ont rapidement été trouvés et l’Otan est donc restée en place.

L’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) a été fondée en 1949 par douze pays en tant que mécanisme de défense commune pour protéger l’Europe de l’Ouest contre une supposée possible invasion de l’Union soviétique et maintenir les États ouest-européens hors du camp communiste. Les États-Unis avaient beaucoup investi dans le Plan Marshall, le plan de relance pour aider l’économie européenne à se redresser après la Deuxième Guerre mondiale, mais ils voulaient quelque chose en retour. Avec la création de l’Otan, les États-Unis pouvaient compter sur un bras militaire pour protéger ce marché européen. 

Une seule défense, un seul marché

Que stipule la charte de l’Otan ? Cette institution a été créée en tant qu’instrument de défense, et le principe de protection territoriale est donc central. L’article 5 précise qu’une attaque contre un seul État-membre de l’Otan est considérée comme une attaque contre tous. Si un pays est attaqué, les États-membres de l’Otan peuvent être appelés à assister militairement le pays attaqué pour qu’il puisse se défendre, en accord avec la Charte des Nations unies. Depuis la création de l’Otan, on n’a fait appel à cet article qu’une seule fois : pour intervenir en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001. 

La charte de l’Otan comporte également un aspect économique. L’article 2 stipule que les États-membres de l’Otan « s’efforceront d’éliminer toute opposition dans leurs politiques économiques internationales et encourageront la collaboration économique entre chacun d’entre eux ou entre tous ». Les États-Unis avaient tout avantage à un marché européen unifié, centré sur le capitalisme, comme contrepoids au bloc soviétique socialiste. Avec le traité de l’Otan, Washington s’assurait du contrôle politique, économique et militaire sur un grand marché. Le premier secrétaire-général de l’Otan, Lord Ismay, a résumé la mission de l’Otan en cette formule : « To keep the Russians out, the Americans in, and the Germans down » (garder les Russes dehors, les Américains dedans, et les Allemands faibles).

« Pas un centimètre vers l’Est »

En 1955, l’Allemagne de l’Ouest est entrée dans l’Otan. L’Union soviétique a réagi par la mise sur pied de sa propre force de défense collective : le Pacte de Varsovie, dont faisaient partie l’Union soviétique, l’Albanie, la Bulgarie, la Roumanie, l’Allemagne de l’Est, la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Après la chute de l’Union soviétique, le Pacte de Varsovie a été dissout en 1991. À ce moment, il a été promis au président soviétique Gorbatchev que l’Otan ne s’étendrait « pas d’un centimètre » vers l’Est. Une promesse non tenue. Depuis, de nombreux pays de l’ancien Pacte de Varsovie ont rejoint l’Otan, ce que la Russie considère comme une provocation. L’Otan compte désormais 28 États-membres.

Les Américains en Europe

Avant la chute de l’Union soviétique, l’Otan a surtout été utilisée comme force « de contrôle ». Les États-Unis ont pu assurer leur présence militaire sur le continent européen sous la forme de bases militaires et d’accords avec les États. C’est aussi ce qui fait qu’en Belgique, des armes nucléaires américaines sont entreposées à Kleine Brogel. Dans les années 1950, plus de 450 000 troupes US étaient actives dans différents pays du continent européen. Après la Guerre froide, ce chiffre a diminué de moitié. Actuellement, il y aurait encore quelque 800 bases militaires américaines dans le monde en territoire étranger, un chiffre sans précédent dans l’histoire. 

Par ailleurs, ces années-là ont aussi vu l’organisation de la lutte contre « l’ennemi interne ». Dans différents lieux en Europe de l’Ouest, des réseaux secrets ont été mis sur pied, les « stay-behind », en collaboration avec la CIA. Ces réseaux devaient pouvoir être activés après une invasion soviétique, ou ont agi contre des partis communistes. Ceux-ci avaient souvent des contacts avec des groupes politiques de droite et, dans certains pays, ils ont même mené des attentats terroristes. L’Otan a donc laissé les États-Unis s’immiscer dans des affaires internes européennes, avec le soutien de ses alliés.

Une nouvelle raison d’être

Après le démantèlement du Pacte de Varsovie, l’Otan aurait dû être dissoute, mais ce n’était clairement pas à l’agenda de tout le monde. La coalition atlantique a eu de nouveaux concurrents : la Russie et, surtout, la Chine. Le Moyen-Orient et l’Asie centrale restent un grand enjeu géostratégique et économique. Les menaces du terrorisme et non plus du communisme sont partout et ne connaissent pas de frontières. Le danger se trouve au loin, sur le territoire de pays tiers. Cela demande des interventions préventives et poussées, selon l’Otan. L’Otan a donc réussi à se donner une nouvelle raison d’être.

En 2001, les États-Unis ont entraîné l’Otan dans une offensive à grande échelle en Afghanistan, une « intervention nécessaire » pour défaire les « groupes terroristes ». Cette guerre a coûté la vie à des milliers d’Afghans, a mis le pays sous occupation et anéanti toutes les possibilités d’un propre redressement. 

La Libye a également connu une attaque de l’Otan, dirigée par la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, cette fois pour éviter un bain de sang aux opposants de Kadhafi par l’armée libyenne. Ces bombardements ont tué de nombreux Libyens et ont également détruit des villes et des villages. Des multinationales des pays de l’Otan se sont depuis accaparé les richesses de la Libye. 

Article publié dans le mensuel Solidaire de mai 2017Abonnement.

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Commentaires

Y a-t-il des bombes atomiques à Klein Brogel en Belgique. Combien Y en a-t-il ? Qui les commande et qui va payer leur modernisation ... Quels civils voulons-nous-nous tuer .... Si une guerre survenait, l'ennemi ne lancerait)il pas de bombes atomique sur notre nid ?