L’essentiel et l’accessoire

David Pestieau

Ils ne sont plus d’accord sur rien, les partis au pouvoir. Loi bancaire, avions de chasse, réforme fiscale : tout semble les opposer.  Il est vrai que la séquence électorale a commencé tôt. Mais, derrière cette agitation verbale où chacun essaie de se profiler, il y a les actes. 
Ainsi, le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale et celui de la Région wallonne s’apprêtent à voter le traité budgétaire européen (le TSCG) à la veille de Noël. Le débat est expédié. Comme il l’avait été au Parlement fédéral.
C’est la nouvelle règle d’or de la classe politique : pas de débat public sur des questions fondamentales. Alors que ce traité grave l’austérité dans le marbre et donne une mainmise à la Commission européenne sur les politiques sociales des pays membres1. 
A la Région wallonne et à la Région bruxelloise (avec la participation des partis écologistes), les gouvernements Olivier prétendent avoir infléchi la portée du traité. A la lecture des 14 pages de l’exposé des motifs du traité soumis au vote, on pourrait même croire à une remise en cause de la politique austéritaire européenne. Mais ce qui va être voté est bel et bien l’acceptation du traité tel quel, avec toutes ses contraintes. Avec tous ses dégâts comme on le constate partout en Europe, mais aussi chez nous. Et, après les élections, tous ces partis nous diront que l’austérité est inévitable, que la concurrence salariale est obligatoire, que la libéralisation est inéluctable... car « l’Europe l’exige ». En oubliant toutes leurs promesses.

C’est la nouvelle règle d’or de la classe politique : pas de débat public sur des questions fondamentales

Pendant ce temps, la Commission européenne négocie discrètement avec les États-Unis un vaste accord de libre-échange reliant les deux côtés de l’Atlantique. Ce Traité transatlantique devrait être mis en place dès 2015. Il s’agit surtout d’uniformiser les réglementations des deux blocs économiques... vers le bas. Et supprimer des lois qui protègent encore (un peu) les droits des travailleurs et des consommateurs. Comme pour le traité budgétaire, l’Union européenne a déterminé sa position sous l’influence directe des grandes multinationales : des 130 réunions préparatoires pour définir la position européenne, 119 se sont faites avec ces multinationales2. Ce traité pourrait même mener à la construction d’un OTAN économique, chargé de mener la guerre économique aux pays du Tiers-Monde et aux pays émergents.
Mais, là encore, nos élus sont aphones, n’alertent pas la population, ne dénoncent pas le secret de ces négociations. Nous diront-ils, comme pour le TSCG, que « nous ne pouvons rien y faire » ?
Cet unanimisme politique, ce fatalisme doivent être brisés. Cette rupture commence par l’émergence dans les Parlements d’une force à gauche du PS et d’Ecolo pour porter une réelle voix d’opposition de gauche. Une voix qui puisse relayer la résistance dans la rue qui va se développer dans les mois à venir. 
C’est déjà notre premier souhait pour la nouvelle année que je vous souhaite, au nom de toute notre rédaction, bonne et... solidaire.

1. Retrouvez notre dossier ici • 2. corporateeurope.org

Ajouter un commentaire

By submitting this form, you accept the Mollom privacy policy.