Photo : Jon Ovington / Flickr

L'austérité sur le dos des jeunes mamans

Le gouvernement veut que les femmes qui viennent d’accoucher ne restent pas plus de quatre jours à l’hôpital. Si cette durée était dépassée, le coût supplémentaire serait à charge de l’hôpital. Pour Tim Joye, de Médecine pour le Peuple, il s’agit de l'austérité sur le dos des mamans et des bébés.

En Belgique, les femmes qui viennent d’accoucher restent en moyenne 4,5 jours à l’hôpital. C’est plus qu’ailleurs en Europe. L’an dernier, le gouvernement a décidé que 4 jours devraient être la norme, et les hôpitaux qui gardent les jeunes mères plus longtemps perdront une partie de leur budget de fonctionnement.

« Ce n’est probablement qu’un début », souligne Tim Joye, qui suit le secteur hospitalier pour Médecine pour le Peuple. « La ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) a annoncé qu’elle voulait économiser deux milliards d’euros sur cette législature, explique-t-il. Elle compte récupérer une grande partie de cette somme en diminuant le nombre de lits d’hôpitaux. Elle a déjà fait un premier pas dans ce sens à l’automne dernier en limitant le nombre de jours d’hospitalisation dans les maternités. C’était une mesure d’économies pour le budget des soins de santé de 2015. Dans les années à venir, on assistera probablement à d’autres mesures similaires. »

Maggie De Block souligne que la Belgique compte plus de lits d’hôpital et de journées d’hospitalisation que les autres pays européens. Elle parle d’ « hospitalocentrisme », c’est-à-dire que trop de soins sont effectués à l’hôpital et qu’il faut réduire cela. A-t-elle raison sur ce point ?

Tim Joye. Oui, c’est exact et je suis d’accord avec ce constat. Il faut renvoyer chez eux bien plus de personnes hospitalisées, non pas tant parce que cela coûte bien plus cher, mais parce qu’une convalescence et une revalidation sont bien plus agréables dans son propre environnement.

Mais c’est une question d’approche. Est-ce qu’on effectue cela d’une manière antisociale en limitant simplement le nombre de jours d’hospitalisation et en sanctionnant les hôpitaux qui dépassent la norme ? Ou procède-t-on d’une manière sociale en investissant dans l’alternative ?

Quelle est cette alternative ?

Tim Joye. Si nous voulons que les mères rentrent plus rapidement chez elles, nous devons investir dans les soins postnataux et les sages-femmes à domicile. Ces soins postnataux doivent être rendus bien plus accessibles.

Or que se passe-t-il maintenant ? Les mères sont renvoyées plus vite chez elles où elles n’ont plus aucun encadrement. Pourtant, les premiers jours après la naissance sont très importants. Par exemple, pour que l’allaitement démarre bien et que les jeunes mamans maîtrisent bien le processus. Sinon, le risque qu’elles arrêtent est bien plus grand. Nous estimons donc qu’il vaut mieux rester un peu plus longtemps dans ces cas-là.

Cela peut se passer à domicile, non ?

Tim Joye. Bien sûr, mais alors une sage-femme ou une infirmière en soins postnataux doit pouvoir passer une ou deux fois par jour pour aider la maman. Cela demande en tout cas un investissement dans les soins à domicile, mais cela constituerait tout de même une économie, parce que c’est moins cher qu’un lit d’hôpital.

Les gynécologues ont eux aussi réagi ; ils ne sont pas opposés au fait que les jeunes mères rentrent plus tôt à la maison, mais ils soulignent également la nécessité de soins à domicile bien développés. Les pédiatres se sont d’ailleurs également déjà exprimés dans ce sens, justement à cause de l’importance de l’allaitement.

La réforme de l’Etat joue-t-elle ici aussi un rôle ?

Tim Joye. Les lits d’hôpitaux sont une matière fédérale et une grande partie des soins obstétriques est une compétence des Communautés. Le gouvernement fédéral prend donc une mesure d’économies et les Communautés se retrouvent face aux conséquences, car elles ne peuvent plus investir davantage dans les soins postnataux.

Cette lourde économie est un aspect des choses, mais il y a aussi la régionalisation des compétences qui joue. Cela rend tout inutilement compliqué et plus difficile à planifier en fonction des besoins. Si toutes les compétences étaient à un seul niveau, chez un seul ministre, ce serait beaucoup plus simple de décider d’investir dans l’alternative. Actuellement, le coût est renvoyé d’un ministre à un autre, et ce sont les mamans et les bébés qui en font les frais.

A quoi pouvons-nous nous attendre dans l’avenir ?

Tim Joye. A encore davantage de mesures de ce type. Après une opération, après un arrêt cardiaque…, on va rogner partout sur les jours d’hospitalisation, et toujours sans que l’on investisse dans l’alternative. Et le danger est : si les autorités publiques n’investissent plus dans les soins postnataux, des initiatives privées vont surgir pour les organiser. C’est donc une porte d’entrée pour la privatisation.

Lire ici l’analyse du service d’études du PTB sur le volet soins de santé de l’accord de gouvernement

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Commentaires

inamissible ! le gouvernement veut faire crever le peuple.................