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« Justice Migratoire » : pour des voies sûres et l’égalité des droits

Le 13 décembre, la coalition « Justice migratoire », qui regroupe associations citoyennes, syndicats, ONG, appelle à une grande manifestation à Bruxelles. « L’objectif est de rassembler plusieurs milliers de personnes, afin que l’Europe change de cap », selon David Mendez, l’un des organisateurs.

Des enfants coincés en Turquie où ils ne vont pas à l’école, des réfugiés parqués dans des camps surpeuplés sur les îles grecques, des réfugiés réduits en esclavage en Libye : le caractère inhumain de la politique européenne de fermeture des frontières est de plus en plus visible. Le 13 décembre, à la veille d’un sommet européen portant sur la politique migratoire, la coalition « Justice Migratoire » organise une manifestation exigeant d’une part l’ouverture de voies sûres et légales au sol européen et l’arrêt immédiat des violences aux frontières, d’autre part l’égalité de droits pour toutes les personnes vivant sur le territoire européen, afin de mettre fin au dumping social.

L’un des organisateurs de cette manifestation, David Mendez (CNCD-11.11.11), est de bonne humeur lorsqu’il décroche son téléphone : de nombreuses associations actives sur les réfugiés mais également des associations citoyennes comme Hart Boven Hard ou encore les organisations syndicales FGTB et CSC ont en effet rejoint la plateforme lancée par le CNCD-11.11.11.

Qu’entendez-vous par « justice migratoire » ?

David Mendez. La justice migratoire tel que nous l’entendons comprend plusieurs dimensions. Une dimension internationale tout d’abord, qui vise à dénoncer le fait que l’Europe ne prend pas sa juste part dans la résolution de la crise migratoire. A l’heure actuelle, plus de 90 % des réfugiés sont accueillis dans les pays en voie de développement contre seulement 6 % en Europe, malgré que celle-ci soit l’une des régions les plus riches du monde.

Mais la justice migratoire comprend également une dimension sociale. C’est la fermeture des frontières et la non-reconnaissance de droits à toute une série de migrants qui alimentent une économie souterraine, renforçant ainsi leur exploitation et augmentant la concurrence avec les autres travailleurs. Une concurrence qui se fait surtout au détriment des travailleurs les plus précaires. C’est cette concurrence entre travailleurs qui pousse au repli sur soi et au rejet de l’autre, dans un contexte de précarisation généralisée.

La non-reconnaissance de droits à toute une série de migrants renforce leur exploitation et augmente la concurrence avec les autres travailleurs

Que défendez-vous concrètement ?

David Mendez. Nous défendons d’une part l’ouverture de réelles voies d’accès sûres et légales sur le sol européen et l’arrêt immédiat des violences aux frontières, et, d’autre part, l’égalité de droits pour toutes les personnes vivant sur le territoire européen, afin de mettre fin au dumping social.

Pourquoi l’ouverture de voies d’accès sûres et légales est-elle importante ?

David Mendez. Actuellement, l’UE tente de déléguer la surveillance de ses frontières aux pays tiers, comme elle l’a déjà fait l’année passée avec la Turquie et comme elle souhaite le faire avec de nombreux autres pays africains. L’UE finance par exemple les garde-côtes libyens qui renvoient les réfugiés dans les camps de détention. Ce qui a conduit au fait que ces personnes se retrouvent à présent réduites en esclavage comme les images de CNN l’ont montré récemment (lire plus ici).

L’UE sous-traite ainsi la fermeture de nos frontières, sans aucune transparence. Le prix de cette fermeture des frontières est extrêmement lourd. Il y a d’une part les milliers de personnes qui se noient chaque année en Méditerranée (Plus de 3 000 personnes se sont noyées cette année, NdlR) et, d’autre part, les milliers de personnes qui sont maintenues dans des camps de détention où les conditions sont atroces. Sans oublier les nombreux réfugiés coincés sur les îles grecques (près de 15 000 réfugiés sont encore actuellement coincés sur les îles grecques, soit plus du double des capacités d’accueil, selon les chiffres de la Commission européenne, NdlR) qui risquent de souffrir encore plus avec l’arrivée de l’hiver, comme ce fut déjà le cas l’année passée.

Cela prouve à quel point ces politiques de fermeture des frontières sont inefficaces. Personne ne passe aujourd’hui par la Libye et risque la noyade en Méditerranée par plaisir. Les personnes qui sont prêtes à prendre ce risque-là continueront à le faire quoiqu’il arrive. L’Europe doit changer de cap en ouvrant des voies sûres et légales vers l’Europe.

« Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde, mais nous devons en prendre fidèlement notre part. »

Le secrétaire d’État à l’Asile Theo Francken vous répondrait qu’on ne peut pas accueillir tout le monde ici…

David Mendez. La réalité c’est qu’actuellement ce sont les pays les plus pauvres qui accueillent le plus de réfugiés, comme le Liban par exemple. « On » oublie souvent de citer la fin de la célèbre phrase de Michel Rocard : « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde, mais nous devons en prendre fidèlement notre part. » C’est cela que nous demandons : que l’Europe prenne sa part dans la résolution de cette crise migratoire en ouvrant des voies légales et sûres vers l’Europe.

Mais notre horizon, c’est évidemment que les gens ne soient plus contraints de quitter leur lieu de vie et que chacun puisse vivre décemment là où il se trouve. L’Europe devrait consacrer son aide publique au développement à soutenir les pays du Sud dans leur émancipation. Malheureusement, nous constatons aujourd’hui que ces fonds sont parfois instrumentalisés par l’UE pour favoriser ses propres débouchés commerciaux. Pire encore : l’aide publique au développement se retrouve conditionnée au fait que ces pays retiennent les réfugiés chez eux…

 

Infos pratiques
- Mobilisation européenne à Arts-Loi, Bruxelles
- 13 décembre, entre 17 et 19 heure

 

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