A Gand, les travailleurs des services publics ont organisé une balade à vélo à travers la ville pour sensibiliser la population. (Photo Solidaire, Dieter Boone)

« Journée de réaction » : la pointe visible d’un mécontentement plus profond

Aujourd’hui, le Premier ministre Charles Michel tient son discours de rentrée gouvernementale. Un discours d’ores et déjà perturbé par une journée de réaction syndicale : des milliers de travailleurs étaient en action pour dénoncer la politique du gouvernement. Le gouvernement ne peut pas l’ignorer : ce n’est que la pointe visible d’un iceberg de mécontentement beaucoup plus profond.

« Ce gouvernement mène une guerre contre les trois piliers fondamentaux de notre société. Le monde associatif et les organisations syndicales sont systématiquement attaquées, la sécurité sociale démantelée et les services publics sous pression. Même le ministère des Finances économise sur le personnel. Ce qui est fou, car dans ce département, chaque fonctionnaire rembourse 10 fois son salaire. Nous soutenons donc la journée de réaction syndicale contre ce comportement insensé du gouvernement », réagit Peter Mertens, président du PTB.

Peter Mertens, président du PTB, au port d'Anvers. 

La Belgique ne sera pas un « Flexiland »

Le 26 juillet dernier, le gouvernement Michel présentait son « accord d’été ». Un accord qu’il s’empressait d’aller fêter au festival Tomorrowland… même si cet accord nous envoie plutôt en Flexiland : des nouvelles économies (300 millions d’euros) dans les pensions, des conditions de travail encore plus flexibles dans le secteur privé et public, privatisations d’entreprises publiques, etc. (lire le dossier Flexiland)

Dès cette annonce, le mécontentement s’est fait sentir dans la population.  A tel point que le gouvernement a déjà dû reculer : la pension pour les chômeurs de plus de 50 ans ne sera pas baissée. Kim De Witte, le spécialiste pension du PTB l’avait révélé dès le mois juillet : cette seule mesure faisait perdre potentiellement 165 euros par mois à ces personnes.

Une journée de réaction

Loin de se limiter aux services publics, le mécontentement a gagné tout le monde du travail ce mardi matin. Dans la province de Liège la production dans plusieurs entreprises était perturbée : Prayon, Magotteaux, Mecamold, Truflo. A Bruxelles aussi, des entreprises du métal étaient partiellement ou totalement à l’arrêt : SICLI, Imtech, KONE, Audi Brussels ... Un piquet barrait également l’entrée à EDF Luminus en Flandre orientale. Des entreprises qui ne sont pas isolées car la Belgique a connu de nombreux arrêts de travail ces dernières semaines (Volvo à Gand, FN Herstal, Olean Ertvelde). En cause : les cadences de plus en plus infernales, la flexibilité qui s’aggrave et l’allongement des carrières.


Des enseignants à Namur. (Photo Axelle Thirifays)

Les femmes, premières victimes de l’austérité, premières dans la lutte

Au niveau des services publics, le mouvement de grève lancé par la CGSP était bien suivi. Il faut dire qu’à tous les échelons, les mesures d’austérité se font sentir, comme l’explique Alfonso qui travaille à la Région wallonne, au service autoroute. Homme de terrain, aujourd’hui, il n’en peut plus : « Chez nous, c’est une catastrophe. On ne remplace plus personne. Il y a même des services qui sont privatisés, comme celui des zones de contrôle. Faut pas s’étonner de l’état de nos autoroutes... »

En Région bruxelloise, des piquets de grève filtraient l’entrée de plusieurs hôpitaux. Sur le coup de 10h10, les enseignants flamands ont arrêté le travail pour des séances d’information alors que dans plusieurs écoles wallonnes, les cours n’ont pas eu lieu. A Gand, les travailleurs des services publics ont aussi organisé une balade à vélo à travers la ville pour sensibiliser la population. Les femmes sont les premières victimes de l’austérité… mais également les premières dans la lutte. Comme dans les soins de santé et l’enseignement, deux secteurs où beaucoup de femmes travaillent. Pas étonnant lorsqu’on sait que les mesures d’austérité et de coupes budgétaires notamment dans les pensions, touchent plus fortement les femmes encore.

#NosServicesPublics

En Flandre, le mouvement était particulièrement bien suivi dans les prisons. Les transports publics étaient également perturbés dans tout le pays : SNCB, De Lijn, Stib et TEC. Très peu de bus roulaient aujourd’hui dans les grandes villes belges.

La grève des cheminots a, elle, débuté la veille au soir, avec un coup d’envoi en fanfare à la gare de Bruxelles-Midi : le mouvement Tout Autre Chose organisait en effet un concert de soutien aux cheminots pour demander une « Tout autre SNCB ». Le but ? Montrer que usagers et cheminots se battent ensemble pour améliorer conditions de voyage des navetteurs et conditions de travail des cheminots. Car c’est aussi de l’avenir de nos services publics qu’il s’agit. Des services trop importants que pour être mis aux mains d’entreprises privées. Et dans lesquels nous devons absolument investir pour faire face au défi climatique.

La veille de la grève des cheminots, le mouvement Tout Autre Chose organisait un concert de soutien aux cheminots pour demander une « Tout autre SNCB ».

Mécontentement européen

Les travailleurs belges ne sont pas les seuls à être en colère. La semaine dernière, des dizaines de milliers d’enseignants du fondamental étaient en grève aux Pays-Bas. En cause : les coupes budgétaires dans l’enseignement qui détériorent les conditions de travail (c’est le secteur avec le plus haut taux de burn-out des Pays-Bas) et la qualité de l’enseignement. En France, après le secteur privé en lutte contre une nouvelle « Loi Travail XXL » au mois de septembre, les services publics sont également en grève ce 10 octobre, à l’appel d’un front commun syndical. Les raisons de la colère ? Comme en Belgique, des conditions de travail de plus en plus précaires.

Un solide avertissement

Cette journée de réaction constitue un véritable avertissement à l’adresse du gouvernement fédéral. Un avertissement qui tombe à point nommé puisque le 10 octobre est aussi le jour où le Premier ministre Charles Michel doit donner son discours de déclaration du gouvernement. Pas de doute : Charles Michel aura beau affirmer que « tout va bien », lui et son gouvernement ne peuvent pas ignorer qu’une bonne partie de la population ne soutient pas sa politique. 

#NosServicesPublics
Pour montrer le soutien de la population aux services publics, le PTB a lancé une initiative : www.nosservicespublics.be. Voici quelques témoignages recueillis ces derniers jours :
Stéphane : « Pour avoir côtoyé les services d’urgences d’un hôpital bruxellois dernièrement, j’ai pu voir avec quel professionnalisme, quel dévouement et quelle gentillesse, (plus cerise sur le gâteau, quel humour !) le personnel a agi et ce après une nuit de garde, je ne peux donc que leur apporter mon soutien, puissiez-vous continuer à distiller cette humanité dans vos soins grâce à des conditions de travail dignes et respectueuses. »
Marc : « Le gouvernement actuel oublie… que les services publics sont le service à la population via nos impôts et non pour faire des bénéfices. Nous sommes là pour le bien-être de la population. »
Grégory : « j’estime que vous êtes plus que jamais nécessaires. Le sens d’un service public est de ne laisser personne sur le bord de la route. Telle est la raison pour laquelle vous ne devez pas être soumis à la logique marchande. »
Vous aussi déposez votre témoignage de soutien sur le site Internet www.nosservicespublics.be

 

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