Le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw, sort un nouveau livre, qui s’adresse « à tous ceux qui veulent retrouver une gauche qui ose, une gauche qui veut peser sur l’histoire sociale de notre pays et non une gauche du renoncement ». (Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia)

Interview de Raoul Hedebouw :: « Première à gauche ! »

auteur: 

Axel Bernard

Beaucoup ont appris à le connaître à l’occasion d’une des ses interventions dans les médias. Raoul Hedebouw sort son livre. Un livre-entretien réalisé par Gilles Martin, son éditeur. Un livre politique évidemment mais aussi plein d’humour et de franc-parler. « Première à gauche » permet de découvrir les différentes facettes de l’engagement du porte-parole national du PTB. Les combats classiques du PTB y sont évoqués (la médecine gratuite, la fiscalité…) mais aussi de aspects moins connus comme la lutte pour l’environnement ou la lutte contre les discriminations. Attention la lecture n’est pas sans danger. L’enthousiasme de Raoul Hedebouw et ses convictions sont contagieux. Interview.

D’où est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Raoul Hedebouw. Cela fait déjà un petit temps que l’idée me trottait dans la tête. J’ai rencontré beaucoup de gens ces dernières années dans les différents combats que nous avons menés. Que ce soit des syndicalistes, des acteurs du monde associatif ou de simples citoyens, on m’a souvent posé la question : « Raoul, ce que tu nous apportes là comme information, tu ne pourrais pas un jour le mettre dans un bouquin? » Moi-même, je trouvais ces moments de rencontre trop courts. Je n’avais jamais le temps de m’arrêter. De là a germé l’idée décrire ce livre. Pour avoir un temps d’arrêt et développer l’ensemble de conceptions du monde avancé par le PTB. 

Ce livre est un constant aller-retour entre votre vécu personnel et une analyse plus globale. Etait-ce important de partager ces anecdotes personnelles ?

Raoul Hedebouw. Oui, pas mal de gens me demandent : « Qui est Raoul Hedebouw? » On me voit souvent pousser une gueulante dix minutes à la télé ou en vitesse à travers une conférence. Le livre est l’occasion de décrire un chemin militant, un parmi tant d’autres. Car au sein du PTB, il y a des centaines d’histoires comme cela avec des gens qui arrivent par des voies très diverses au militantisme politique de gauche. Toutes ces anecdotes vécues qui sont à la base de mon engagement sont finalement aussi à la base d’un engagement collectif.

D’un engagement collectif ? 

Raoul Hedebouw. Oui. Quand je parle des luttes des années 1990 dans l’enseignement qui ont été fondatrices pour mon engagement personnel, je pense pouvoir dire sans problème qu’elles ont été à la base de l’engagement de centaines de militants de gauche. Qu’on retrouve aujourd’hui au PTB, mais aussi dans les syndicats ou d’autres organisations. Des centaines de jeunes ont ouvert les yeux sur un monde qui ne leur convenait pas lors des grèves entre 1994 et 1997. On découvre aussi dans le livre une photo assez originale où je suis à côté de Roberto D’Orazio (le leader syndical des Forges de Clabecq en 1997, NdlR). Une photo de l’époque où j’avais encore les cheveux longs et où la police m’appelait « queue de cheval » (rires). Or la lutte des Forges de Clabecq a été pour beaucoup de travailleurs mais aussi beaucoup de jeunes un élément fondateur de leur engagement. L’idée était donc aussi de partir de faits concrets vécus individuellement et de les replacer dans un cadre collectif.

Il y a un exemple personnel et marquant, celui de la ligne de bus n°5 que vous preniez pour aller à l’école secondaire. 

Raoul Hedebouw. On sait que la lutte pour un enseignement démocratique est importante pour nous. Moi-même je proviens d’un quartier populaire de Herstal. A l’école primaire, qui était à côté de la maison, nous étions une vingtaine en classe. Par la suite, j’ai vu le long de mes trajets de bus la sélection opérer. Quand je suis passé en secondaire, je devais prendre le bus n°5. Du jour au lendemain, beaucoup de copains de primaire ne prenaient pas le bus car j’allais vers l’enseignement général. Nous n’étions plus que cinq six à faire le chemin. Mais alors, quand je suis passé à l’université et que je devais prendre un second bus, il n’y avait plus personne du quartier dans ce bus-là. A partir de cet exemple concret, je voulais illustrer qu’on vit dans l’un des enseignements les plus inégalitaires de toute l’Europe. La sélection sociale et le déterminisme du niveau d’études auquel un enfant arrive par rapport aux rentrées financières ou au diplôme des parents sont terribles en Belgique. La dernière analyse PISA pour 2013 le confirme. L’histoire du bus n°5 porte sur mon vécu personnel mais permet d’appuyer un propos plus global sur l’enseignement.

Il y a beaucoup de questions très actuelles dans le livre : la réduction de la TVA à 6% sur l’énergie, la lutte pour les services publics, le débat sur les sanctions administratives communales (SAC)…

Raoul Hedebouw. Je l’ai dit : le livre est né de rencontres lors des nombreuses conférences que j’ai pu faire en Belgique. Il y avait souvent une demande de pas mal de militants et sympathisants : concentrer dans un livre l’ensemble de l’analyse du PTB, l’ensemble des arguments pour les utiliser dans des discussions avec leurs copains qui se posent des questions. Le livre se veut un outil pédagogique pour tous ces acteurs de la gauche en Belgique. Pour donner des arguments afin de résister aux courants politiques dominants, mener des débats et défendre des idées de gauche. 

Vous dites qu’il est temps de retrouver une vraie gauche en Belgique. Le PS n’est donc plus de gauche ? 

Raoul Hedebouw. Dans l’ensemble des chapitres, je vise évidemment les partis de la droite car on sait que ces partis ne défendent pas les travailleurs. Mais je fais également le constat que les partis de la gauche gouvernementale ont renoncé à peser de leur poids, ont renoncé à mobiliser les gens, ont renoncé à maintenir une ligne de conduite claire d’une gauche qui veut gagner. Dans le livre, je prends l’exemple de la fiscalité : le PS est au pouvoir depuis 25 ans. Or, en Belgique, l’impôt est devenu de moins en moins redistributeur et épargne de plus en plus les plus nantis. Je montre également aussi qu’on ne peut aborder l’écologie autrement que sous l’angle anticapitaliste.

Justement, tout un chapitre est consacré à l’écologie. Pourquoi y attacher autant d’importance ?

Raoul Hedebouw. C’est important pour le PTB de dire qu’il faut prendre en main et de manière radicale les problèmes écologiques. La détérioration du climat est un fait scientifiquement prouvé. Et ce sont les plus pauvres sur la planète qui en seront les principales victimes. On ne peut plus continuer comme cela. Or, tant qu’elles pourront se faire de l’argent sur les énergies fossiles, les grandes multinationales refuseront de changer leur mode de production extrêmement productrice de C02, le gaz responsable de l’effet de serre. Le climat est trop important pour le laisser à ces multinationales. Il est urgent que les pouvoirs publics reprennent le contrôle sur la production.

Le livre est très honnête sur certaines faiblesses de la gauche, y compris du PTB (sur la lutte contre le racisme ou l’égalité hommes-femmes…). 

Raoul Hedebouw. Oui, je crois qu’un parti comme le PTB doit être honnête sur ses faiblesses pour être en dialogue avec tout le monde de gauche. Les gens n’attendent pas un « super parti » qui a les solutions à tout mais un parti qui est en dialogue pour trouver ensemble des solutions. La question de l’égalité hommes-femmes n’a pas assez de place dans notre parti. Je le dis clairement dans le livre. Beaucoup d’amis du PTB nous ont aussi dit qu’il fallait plus d’attentions sur les questions écologiques. Nous voulons y travailler. Une attitude d’humilité et d’autocritique dans un parti ne peut que donner confiance. Confiance qu’on est une organisation qui veut avancer. Et avancer en dialogue avec l’ensemble du monde de gauche en Belgique.

Dans le livre, on sent une très grande cohérence entre les idées et la manière de vivre (aller au piquet le matin, vivre avec un salaire ouvrier…). Pourquoi cette cohérence est-elle importante ?

Raoul Hedebouw. Si l’on ne vit pas comme on pense, on commence à penser comme on vit. Si on veut changer le monde, il faut pouvoir s’investir, donner de sa personne, être au service des travailleurs, lier l’acte à la parole. C’est trop peu le cas dans les partis traditionnels. Et donc, effectivement, vivre avec un salaire ouvrier pour les cadres du PTB, c’est un point important pour garantir cette intégrité. La présence aux piquets de grève, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, pour être aux côtés des travailleurs dans la difficulté de leur combat – car ce n’est pas toujours des victoires, les piquets de grève, c’est aussi des défaites –, c’est quelque chose de très important pour les dirigeants d’un parti de gauche.

Gilles Martin écrit qu’en réalisant l’interview, il a senti que « changer le monde est possible ». Donner à d’autres l’envie de changer le monde, c’était votre but ?

Raoul Hedebouw. Je reprends dans les derniers chapitres cette vision du monde qui nous vient de cette tradition du mouvement ouvrier, en Belgique et dans le monde. Les pionniers du syndicalisme, les pionniers du mouvement de gauche en Belgique ont été confrontés à des questions aussi difficiles que les nôtres aujourd’hui. Ce n’est pas qu’il y a 100 ans, c’était plus simple de mobiliser les travailleurs dans les mines. Les travailleurs ne savaient ni lire ni écrire. Ils ont été confrontés à des questions très complexes à résoudre et pourtant ils ont relevé le flambeau et ont été à la base de tous les acquis sociaux et démocratiques. C’est de cette histoire des pionniers du monde du travail que je veux m’inspirer. Cela doit donner confiance aux travailleurs d’aujourd’hui. Pour résoudre les problèmes actuels, il faudra être créatif. Mais le temps travaille pour nous. C’est-à-dire que la crise du capitalisme pousse de plus en plus de gens à réfléchir à une alternative. On le sent. Non seulement dans la sympathie dont bénéficie maintenant le PTB, mais aussi dans les luttes menées partout en Europe et dans le monde ces dernières années.

On vous sent très optimiste…

Raoul Hedebouw. Tout à fait. Je défends une vision optimiste de l’être humain. J’insiste pour dire et démontrer que ce n’est pas la cupidité qui crée le capitalisme, c’est la société capitaliste qui rend l’homme cupide et égoïste. Fondamentalement, la survie, la continuité de l’espèce humaine est basée sur l’empathie et la collaboration entre les individus de l’espèce pour faire avancer l’espèce. Cela doit donner de l’espoir pour une meilleure société humaine.

Pour illustrer ce besoin de changement, vous évoquez vos parties de Monopoly. 

Raoul Hedebouw. Exactement. Je reviens sur les parties de Monopoly que je jouais avec ma sœur – petit détail, elle voulait toujours les gares ! Et elle est d’ailleurs devenue « cheminotte », on ne se refait pas. Les lecteurs découvriront. Mais en gros, je pense qu’il faut parfois changer les règles du jeu (rires).

Pourquoi maintenant ? 

Raoul Hedebouw. Nous sommes quand même à la veille d’une échéance électorale importante, celle du 25 mai 2014. Beaucoup de gens nous posent la question : « On vous entend beaucoup sur les intérêts notionnels, sur les relations entre le monde du travail et le patronat… Mais est-ce qu’on peut avoir une vue globale de votre vision du monde ? » J’aborde donc des sujets aussi différents que la solidarité avec les pays du Tiers Monde, la problématique du racisme ou l’écologie. La veille de campagne électorale me semblait un bon moment pour offrir cette explication plus globale à l’ensemble de ces personnes qui se sont rapprochées du PTB ces dernières années.

A qui s’adresse ce livre ?

Raoul Hedebouw. Il s’adresse à toutes les personnes de 7 à 77 ans et plus (rires) qui ont envie de retrouver une gauche authentique en Belgique. Il s’adresse aux sympathisants du PTB, bien entendu, mais aussi à l’ensemble des syndicalistes, des acteurs des droits démocratiques… Bref, à tous ceux qui veulent retrouver - et ils sont de plus en plus nombreux en Belgique - une gauche qui ose, une gauche qui veut peser sur l’histoire sociale de notre pays et non une gauche du renoncement.

Pourquoi la forme d’une interview ? 

Raoul Hedebouw. Ce n’est un secret pour personne : je suis un homme de l’oral plutôt que de l’écrit. C’est la culture parlée qui me plaît. Même si c’est avec un fort accent liégeois (rires). Ce livre-entretien, réalisé par mon éditeur, Gilles Martin, permet justement de trouver la symbiose entre l’écrit qu’impose un livre et cette oralité qui fait que c’est du Raoul Hedebouw. J’espère que les gens qui le liront auront l’accent liégeois dans leur tête.

Cela rend aussi le livre très accessible…

Raoul Hedebouw. Tout à fait. Je dis toujours que c’est un livre qu’on peut lire aux toilettes (rires). Les questions-réponses permettent de s’arrêter quand on veut et de reprendre par après. Il fallait qu’il soit accessible pour tous ceux qui, ces dernières années, se sont éveillés à la politique, ces centaines et milliers de personnes qui y reprennent goût afin de peser sur les événements sociaux de notre histoire.

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