David Pestieau (chemise grise), vice-président du PTB. (Photo Solidaire, Dieter Boone)

« Il ne faut pas faire la révolution comme il y a 100 ans »

Moustique du 25 octobre 2017

A l’occasion du centenaire de la Révolution d’Octobre 1917, l’hebdomadaire « Moustique » s’est demandé ce que cet événement majeur du XXe siècle signifiait aujourd’hui. « Il y a dans notre époque quelque chose de similaire à 1917, tout en étant nouveau », répond David Pestieau, vice-président du PTB.

Que peut dire l’un des dirigeants du PTB, parti qui revendique la modernité, de ce socialisme qui s’est illustré durant le XXe siècle ? Qu’il faut recommencer ? Réponse avec David Pestieau.

« L’architecture, c’est une écriture », disait en substance Victor Hugo. Alors, que peut-on lire dans les bâtiments qui abritent le siège du PTB à Bruxelles ? Une ancienne usine du boulevard Lemonnier, coincée entre deux restos orientaux. Pas n’importe quelle usine : c’était celle de « His Master’s Voice » (« la Voix de son Maître ») le label musical qui coulait ses vinyles symbolisés par un chien écoutant le pavillon d’un gramophone. L’usine a été transformée de manière impressionnante. Un puit de lumière a été percé sur toute sa hauteur, donnant à l’édifice une sensation presque tangible d’oxygène. De la réception, on voit tous les niveaux. En bas, un réfectoire qui ressemble à un fast-food bio londonien, accueille les employés du siège. Tout est verre, design, couleurs chaudes, bois, et laisse l’observateur pantois. L’endroit ressemble à un cabinet d’architecture intérieure scandinave. « Nous avons voulu matérialiser par des parois transparentes et la communication visuelle entre les différents étages la transparence du Parti », nous lance le réceptionniste. On ne peut pas répondre. David Pestieau, ingénieur civil, vice-président du parti et responsable de son service d’études, nous attend.

Les 100 ans de la révolution bolchevique, ça vous émeut ?

David Pestieau. C’est un événement majeur du XXe siècle. C’est quand même la première tentative de dépasser le capitalisme. Avec ses excès, ses erreurs, ses méfaits et ses succès.

Il y avait une guerre terrible et le tsarisme, une dictature absolue, qui existait depuis 500 ans, et pourtant les gens ont remis ça en cause. C’est ça qui me touche

Il y a un fait, une personnalité qui vous touche plus particulièrement ?

David Pestieau. Le courage du peuple. Il y avait une guerre terrible et le tsarisme, une dictature absolue, qui existait depuis 500 ans, et pourtant les gens ont remis ça en cause. C’est ça qui me touche. Ils devaient être portés par une rage désespérée. Celle de refuser de continuer à vivre comme ils le faisaient, ça m’émeut, oui.

Qu’est-ce que notre société doit à cette révolution ?

David Pestieau. Les huit heures de travail par jour, le système de sécurité sociale, l’enseignement gratuit et accessible à tous, les crèches, l’égalité des femmes. C’est en Russie soviétique que cela naît; dès 1917 on en voit les prémices. Le droit à l’avortement va naître en 1920 en Russie. Tout ceci va percoler par la suite dans nos pays. Cela a fondamentalement transformé nos sociétés, parce que les classes dirigeantes avaient peur que le communisme n’arrive en Belgique, en France… Alors, elles ont fait des concessions importantes. Et puis, il y a eu un apport de 1917 qu’on ne cite pas souvent mais qui est très important…

Et quoi donc ?

David Pestieau. Les révolutionnaires ont révélé les traités secrets entre les nations de l’époque et la Russie tsariste. Les accords Sykes-Picot, par exemple, signés en 1916, prévoyaient le partage du Proche-Orient entre la France et l’Angleterre à la fin de la guerre. Le mouvement anticolonialiste va naître en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie à partir de ce moment-là.

En 2008, la crise financière a remis Marx et sa critique du capitalisme à l’avant-plan, et a amené une génération qui n’a pas connu la Guerre froide.

Y a-t-il une renaissance des idéaux communistes, actuellement ?

David Pestieau. Oui, je crois. Lorsqu’on veut privatiser l’eau, les soins de santé, les maisons de repos, les gens s’interrogent et remettent en question les dogmes ultra-libéraux qui se sont installés dans notre société depuis 1991 grâce à l’effondrement d’un socialisme malade. À la disparition de l’Union soviétique apparaît l’idée qu’il n’y avait pas d’autre alternative que le capitalisme. Mais en 2008, la crise financière a remis Marx et sa critique du capitalisme à l’avant-plan, et a amené une génération qui n’a pas connu la Guerre froide. Et qui est capable de réfléchir en dehors du carcan « gentils capitalistes/méchants communistes ».

Est-ce que notre époque ressemble à celle qui fut renversée par la révolution d’Octobre ?

David Pestieau. La révolution « russe » de 1917 ne s’est pas limitée à la Russie : c’est un phénomène international. À l’époque, il y a une crise du capitalisme qui mène à une guerre – la Première Guerre mondiale et ses différents blocs qui se redistribuent des marchés – et des révoltes qui se passent partout en Europe. Il y en a en Grande-Bretagne en 1916, en Italie, en Hongrie, en Allemagne. J’ai l’impression que depuis 2008, nous vivons le même genre de phénomène. Et pas seulement en Europe : en Amérique latine, en Asie, en Amérique du Nord. Que Bernie Sanders qui se définissait comme socialiste – ce qui équivaut à communiste chez nous – ait failli ravir le siège de candidat aux présidentielles américaines est pour moi un signe profond. Et puis il y a une accélération des rythmes de travail tout à fait considérable. L’explosion des burn-out n’est pas un hasard. Ce qui se passe chez Lidl où la technologie est utilisée littéralement pour surveiller, pour fliquer les travailleurs et leur tirer le plus de travail possible, c’est « Les temps modernes » de Chaplin à la sauce XXIe siècle. Ensuite, l’économiste Piketty l’a démontré (une démonstration de plus en plus controversée, NDLR), nous sommes actuellement revenus à des concentrations de fortunes et des écarts sociaux tels qu’il en existait au début du XXe siècle. Enfin, on sent que le monde, comme au début du XXe, peut plonger à nouveau dans la guerre; les frictions entre les États-Unis et la Chine sont sérieuses.

Il y a dans notre époque quelque chose de similaire à 1917, tout en étant nouveau

Une nouvelle révolution est-elle possible?

David Pestieau. Il y a dans notre époque quelque chose de similaire à 1917, tout en étant nouveau. Mais je ne crois pas que l’Histoire repasse les plats. Et je ne suis pas en train de dire qu’il faut faire la révolution comme il y a 100 ans. Mais je pense qu’il faut dépasser le capitalisme. Parce que si celui-ci a été bénéfique à l’humanité lorsqu’il a fait sortir le monde du féodalisme, on voit bien maintenant – ne fût-ce que par la question climatique – qu’il peut le détruire…

 

Cette interview est parue dans le dossier du Moustique dans le numéro du 25 octobre 2017.

Solidaire a également réalisé tout un dossier sur la révolution d'Octobre.

Découvrez-le : Il y a cent ans, la révolution russe | Ces jours qui ébranlèrent le monde.

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Commentaires

Je me demande si on parviendra à vaincre les capitalistes qui sont Union Européenne qui avantage les gros financiers qui sont aussi des grands amis de la coldend sax des Multi-national.Nous avons affaire à une mafia financière bien organisé qui écrase les travailleurs et la classe moyenne dans le monde.