Image U.S. Navy / Flickr.

Harvey, Irma, José... Qu'est-ce que ces super-tempêtes ont à voir avec le réchauffement climatique ?

On n'avait jamais vu une saison des ouragans aussi violente que cette année, dans l'océan Atlantique. Le 10 septembre, Irma, l'ouragan le plus violent jamais enregistré, a débarqué en Floride après un passage particulièrement dévastateur dans les Caraïbes. À peine deux semaines après Harvey, qui a durement frappé la ville de Houston, au Texas. Aujourd’hui, les Caraïbes se préparent au prochain ouragan, José. Que se passe-t-il ?

Rarement les catastrophes climatiques ont suscité autant d'intérêt qu'aujourd'hui. Les images de Houston après Harvey et de la Floride après Irma font le tour du monde. Des maisons se sont effondrées, des arbres cassés comme des allumettes, les rues sont envahies de décombres… Toute la vie des entreprises s'arrête, les services ne fonctionnent plus, il n'y a plus d'eau courante. Les ouragans et les super-tempêtes ont privé d'électricité plus de 3,5 millions d'habitants en Floride. Les égouts débordent et toute une pollution chimique se dégage des usines pétrochimiques inondées.

Dans certaines îles des Caraïbes, les dégâts sont encore plus impressionnants. Le Premier ministre de la Barbade a déclaré que plus de 90 % des bâtiments de son pays avaient été gravement endommagés. Depuis le passage d'Irma sur l'île, les habitants de Saint-Martin adressent des messages désespérés au monde dans lesquels il est question de pénurie alimentaire, de pénurie d'eau potable et de panne totale d'électricité.

De record en record

« Bienvenue dans l'avenir », a déclaré le journaliste de la VRT Stijn Vercruysse. L'augmentation en nombre des catastrophes naturelles comme celles-ci avait déjà été prévue dans les rapports du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU. Depuis des années, ces spécialistes internationaux mettent en garde contre l'apparition de plus en plus fréquente et multiple d'ouragans, contre leur nature extrême et leur durée plus longue.

Le réchauffement général de l'atmosphère par les gaz à effet de serre pénètre de plus en plus bas dans l'eau des océans. Les ouragans naissent quand la surface de l'eau dépasse les 27 °C. Les scientifiques sont généralement d'accord pour dire que les rejets par l'homme de gaz à effet de serre, comme le CO2, provoquent un effet de serre accru, ce qui fait que le climat et, partant, l'eau de mer, se réchauffent de plus en plus vite. 2015 déjà établissait un nouveau record de l'année la plus chaude de tous les temps… avant que 2016 ne vienne replacer la barre encore plus haut. En 2017 s’annonce encore plus grave.

En ce mois de septembre, l'eau profonde du golfe du Mexique a déjà atteint 32 °C. Comme les gaz à effet de serre maintiennent la chaleur dans les couches d'air à 10 et même 15 kilomètres d'altitude, les couches atmosphériques plus élevées refroidissent plus fortement. On a ainsi mesuré jusqu'à - 83 °C au centre même d’Iram. C'est cette différence énorme qui explique la virulence des vents et des précipitations extrêmes.

1°C

En ce moment, le rejet massif de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle du 19e siècle a déjà provoqué un réchauffement moyen de la Terre de 1 °C. Cela ne semble peut-être pas énorme, mais cela suffit à rompre l'équilibre des systèmes météorologiques et à provoquer diverses conditions de temps extrêmes. La Californie connaît ses pires incendies de forêt au même moment où le Texas connaît des pluies torrentielles. Au Groenland, une région normalement froide et humide, la lande est en feu au même moment où les précipitations et les inondations détruisent les récoltes au Bangladesh, en Inde et au Népal.

L’intensité de ces phénomènes est la conséquence d'un climat qui s'est modifié. Cela résulte d'un réchauffement moyen de la planète de 1 °C. Les tempêtes qui déracinent les arbres, les incendies qui détruisent des régions entières de forêts et de landes... Tout cela fait qu'il y a de moins en moins de végétation pour récupérer le CO2 de l'atmosphère. En même temps, il y a de moins en moins de plancton dans l'eau trop chaude des océans. Ce qui, une fois de plus, se traduit par moins de captage du CO2. Cette année, on a dépassé dans l'équilibre écologique un seuil qui n'aurait jamais dû l'être.

Le changement n’est pas optionnel

Les conséquences du changement climatique sont déjà sensibles actuellement et, aujourd'hui même, elles se traduisent déjà par des victimes. Or, vu que les rejets de gaz à effet de serre ne diminuent pas assez vite et qu'ils augmentent même dans certains pays – comme depuis 2014 en Belgique –, nous courons le risque de connaître un réchauffement qui atteindrait les 3 °C par rapport à la période pré-industrielle. Les conséquences ne seraient absolument pas comparables à ce dont nous sommes témoins aujourd'hui. Le changement climatique doit donc devenir une priorité mondiale. Les gouvernements ont la responsabilité de concrétiser le passage nécessaire à une économie climatiquement neutre et à protéger la population contre les catastrophes climatiques qui ont déjà lieu de nos jours. Le président américain Donald Trump qui, selon ses propres dires, ne croit pas au changement climatique, n'a rien trouvé de mieux que de convier les habitants de Houston à « prier Dieu ». Ce n’est pourtant pas Dieu, mais bien lui-même, qui défend à tout prix les intérêts de l’industrie fossile, présente dans son cabinet.

Nous n'irons donc pas loin avec des dirigeants comme Trump, ni même avec notre gouvernement. En effet, pour garantir un avenir durable, il ne faut pas garder ouvertes les centrales nucléaires, mais bien investir dans les énergies renouvelables. Ne pas imposer à la SNCB une austérité qui va la mettre à genoux, mais tout miser sur des transports publics de qualité et financièrement accessibles. Ne pas attendre que la main, invisible du marché résolve le problème pour nous, mais décider de règles et de normes claires afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de façon draconienne. La collectivité doit pouvoir reprendre le contrôle de ce qui se fait. Il en va de notre avenir.

Planification écologique, solution pour la crise climatique ?

À ManiFiesta, le débat sur l'écologie et le changement climatique sera présent, avec notamment Fred Pearce (auteur et journaliste britannique), Maxime Combes (Economiste, Attac-France), Natalie Eggermont et Ludo De Witte (sociologue et auteur).

Infos et tickets : www.manifiesta.be.

Une vague de solidarité pour Cuba

Le 9 septembre, Cuba a été gravement touchée par l'ouragan Irma. Malgré la bonne préparation des habitants et leur expérience dans le domaine de la gestion des catastrophes naturelles, les dégâts sont énormes. M3M et Cubanismo.be lancent un appel à un soutien massif et à la solidarité. Lire ici

 

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Commentaires

Qu' es ce que çà peut-être enrichissant de savoir se poser les bonnes questions au bon moment ? bravo pour cette article bien médité .