Photo Solidaire, Salim Hellalet.

Germain Mugemangango sur le racisme : « Pour combattre les injustices, on a besoin d'être tous ensemble »

auteur: 

Dirk De Block

Le nouveau porte-parole francophone du PTB, Germain Mugemangango, a enchaîné les plateaux de télévision ces dernières semaines. Ses premières interviews ont été l’occasion d’aborder de nouveaux sujets de société comme le racisme, la laïcité, la religion et le foulard. Que pense un marxiste de ces questions ?

Pour votre premier marathon médiatique, il y a eu beaucoup de questions liées au racisme qu’il y a dans notre société.  

Germain Mugemangango. Oui. En premier lieu, je veux remercier toutes les personnes qui m’ont suivi avec attention et qui n'ont pas hésité à me soutenir et à m'encourager dans mon nouveau rôle. Pour moi, il est important de rappeler certains fondamentaux du PTB. Une petite minorité, le 1% de la société, détient de plus en plus tous les leviers de l’économie et s’accapare de plus en plus toutes les richesses produites par la collectivité. Cela a des conséquences graves sur le reste de la société. De plus en plus de gens le ressentent : ils doivent constamment se serrer la ceinture, sont exclus du marché de l’emploi et sont mis en concurrence les uns contre les autres. Il y a une pénurie de logements, la sécurité sociale est bradée. C’est à ce moment qu’intervient le racisme. Il permet de dévier l’attention des vrais responsables de la crise en dressant les travailleurs les uns contre les autres : les actifs contre les chômeurs, les Flamands contre les Wallons, les Belges contre les immigrés… Au PTB, nous voulons au contraire unir les travailleurs contre les vrais responsables de l’injustice. Que tous ceux qui sont en bas de la société regardent ensemble vers le haut, vers ceux qui sont les vrais responsables de la crise. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », disait Marx. Il a raison. C’est pour cela que nous sommes les plus grands adversaires des discriminations et du racisme.

Il y a quand même beaucoup de réactions sur la place de la religion dans notre société. 

Germain Mugemangango. Oui et soyons très clairs là-dessus : le PTB est pour garantir une séparation nette de l'église et de l’État ainsi que pour protéger la liberté de conscience. L'État doit traiter les citoyens de manière égale et neutre et non pas en fonction de critères religieux. Il n’y a pas si longtemps, les enseignantes qui n’étaient pas baptisées ne pouvaient pas enseigner dans certaines écoles. Il est heureux que de telles pratiques n’existent plus et que l’Etat traite et garantisse les mêmes droits à tous les citoyens. La religion relève de la sphère privée et ne doit pas être un fait de l’État. En Belgique, cette séparation n'est toujours pas totalement garantie. Il y a par exemple le Te Deum, cette cérémonie religieuse qui a lieu chaque année au moment de la fête nationale en présence du Roi, du Premier ministre et des autres membres du gouvernement. C'est un signal dans le mauvais sens. Un autre exemple : c’est toujours l'État belge qui finance les cultes. Pour le PTB, cela devrait être un choix individuel des citoyens. On pourrait par exemple adopter un système similaire à celui qui est appliqué en Allemagne : chaque citoyen qui le souhaite peut décider ou pas de payer un impôt pour financer le culte religieux de son choix. 

Un dernier mot : on parle beaucoup de la neutralité de l’État par rapport à la religion. Mais j’aimerais aussi parler de la neutralité de l’État par rapport aux élites économiques et financières qui dominent le pays. On en parle beaucoup moins, mais quand on voit les cadeaux qui sont donnés aux plus riches, alors que pour les travailleurs, c’est le saut d’index, l’augmentation du prix des médicaments ou de la TVA sur l’électricité … on se rend compte qu’il y a là un fameux problème d’impartialité de l’État. Comment encore parler de neutralité de l’Etat alors qu’il prend systématiquement position contre les travailleurs et leur famille et pour les intérêts des plus riches et des multinationales ?

Quelle est la position du PTB sur le port du foulard ?

Germain Mugemangango. Nous sommes opposés à une interdiction généralisée du port du foulard. Ce n'est pas une position philosophique, mais une position sociale. Pour nous, cette question touche le droit à l’emploi, un droit fondamental des travailleurs. Sans emploi, pas de revenus, pas de possibilité de faire des choix propres pour sa vie, pas d’indépendance et pas d’émancipation. Nous sommes opposés à l'exclusion de milliers de travailleuses de la possibilité d'avoir un emploi et une vie sociale riche en raison d’un foulard qu'elles portent sur la tête. Une personne doit être embauchée sur base de ses seules compétences. Ce qui nous intéresse, c'est ce que les travailleuses ont dans leur tête et pas sur leur tête. 

L’émancipation des femmes passe donc par un emploi et une indépendance financière. En plus, un travail, c'est non seulement la possibilité de vivre dignement, mais aussi celle de rencontrer l'autre. Une vie sociale riche est souvent un bon antidote aux communautarismes et au repli sur soi. 

Et dans la fonction publique ?

Germain Mugemangango. Pour nous, la neutralité de l’État est importante. Il n’est donc pas question d’accepter de se servir des institutions ou de ses fonctions dans l’État pour faire du prosélytisme religieux ou pour faire du favoritisme en offrant un service à deux vitesses. Nous voulons être très fermes là-dessus. Cette neutralité, ce traitement égal est inscrit dans l’ADN du PTB. J’ai d’ailleurs horreur d’un système où l’on offre la qualité pour ceux qui paient et le minimum pour ceux qui ne savent pas payer. Il n’est pas acceptable que certains aient droit à de meilleurs hôpitaux, écoles ou services parce qu’ils disposent de plus d’argent. Mais pour nous, cette neutralité se juge sur le service que les citoyens obtiennent : par les actes, par la manière dont on est traité, et pas par l’apparence des personnes qui y travaillent. Ce sont les lois et les règlements qui doivent être neutres et garantir l’égalité.

Récemment, lors d’une interview sur RTL, on vous a posé la question si le PTB acceptait qu’une juge porte un foulard.  

Germain Mugemangango. Oui, j’ai répondu que, même pour ce type de fonction, « c’est le service qui importe, et pas l’apparence ». Je voulais surtout apporter une réponse au problème général que pose l’interdiction du port du foulard dans l’administration, et pas spécifiquement à la question des juges. Je suis assez d'accord avec certaines remarques que j'ai reçues qu’il y a un caractère particulier à la fonction de juge. S’il y a bien une profession qui justifie une exception, ce sont les juges. Ces derniers ne doivent pas seulement être neutres, ils doivent être aussi totalement impartiaux. Ils sont d’ailleurs obligés de se récuser dès qu’il y a le moindre soupçon de partialité dans leur chef. Il ne peut y avoir aucun doute là-dessus. Ainsi un juge ne peut être ami sur Facebook avec une des parties au procès. De même, il n’est pas possible de donner l’apparence d’impartialité nécessaire à un procès équitable si c’est une personne portant le foulard qui juge des affaires touchant directement ou indirectement la religion. Pendant l'émission, je n'ai pas perçu la nuance concernant cette fonction particulière. Le stress du débutant on dira (rires). Le présentateur a aussi posé la question de la burqa. Il est pour nous impensable que l'on puisse porter une burqa dans l'administration. Il est évident que toute personne confrontée à l'administration doit pouvoir identifier son interlocuteur.

Quel est pour vous l’enjeu d'un tel débat ?

Germain Mugemangango. Ce qui me dérange, c’est qu’on suggère que le foulard serait le premier problème d’impartialité de notre justice. Alors que le vrai problème est quand même celui de la justice de classe. On le dit souvent : « En justice, les riches sont crus alors que les pauvres sont cuits ». Nos lois favorisent les gens avec de l’argent. Ils peuvent payer pour éviter un procès. Quand on voit les liens et amitiés entre gens de justice, politiciens et élites économiques, on a là réellement un problème d'impartialité. Pour nous, s’il y a bien un problème fondamental, c’est bien celui de l’accès inégal à la justice ou celui des multiples liaisons avec les élites favorisées du pays. Je me pose la question : combien de juges viennent-ils de milieux ouvriers ? S’il y a un enjeu réel, c’est de peut-être d’avoir plus de juges issus des milieux populaires, des fils et filles de travailleurs. Et donc d’avoir aussi plus de juges issus de la diversité. Pour combattre cette injustice, ainsi que toutes les autres, on a besoin d'être tous ensemble et non pas chacun dans son coin. C'est pourquoi nous avons un réflexe de solidarité et d'inclusion sociale et non pas d'exclusion sous des prétextes discutables.

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Commentaires

Quand vous accepte le voile vous montrer votre appartenance à une religion et Ac est inacceptable.
monsieur, accepter le foulard c'est accepter le droit fondamental de l'égalité, ensuite de la laicité... Accpeter toutes les convictions de chacuns et chacunes c'est la fraternité. Occupons nous de vrais débats,: emplois, chomage, insertion, resdtructuration, ecologie... un morceau de tissu ne vaut pas tous ces débats stériles
Bonjour, sachant que la robotisation prendra de plus en plus le travail de l'humain, comment pensez vous gérer le chomage dans son ensemble. Et que pensez vous de l'allocasion universelle ? D'autre part quelle est votre position sur les travailleurs indépendants ? Cordialement. Serge.
Cher camarade Germain, Je suis d’accord à 95% avec le programme économique et social du PTB, mais je ne suis absolument pas d’accord avec vos positions sur la laïcité et la place de la religion. Le port du voile dans l’espace public n’est pas un acte anodin comme de choisir de porter un T-shirt ou une chemise-cravate. Porter le voile (comme pour un homme la djellaba blanche ou le petit chapeau rond sur la tête), c’est dire à l’ensemble du corps social : « je suis musulmane avant tout, avant d’être citoyenne, avant d’être belge avant d’être travailleuse et même avant d’être femme. C’est ma valeur première et c’est comme cela que j’entends être reconnue et respectée dans la société ». Et bien non. Dans une société progressiste, on ne respecte pas les gens parce qu’ils sont musulmans (ou chrétiens, ou adeptes du spaghetti volant,…), on les respecte parce qu’ils sont citoyens, c’est-à-dire partenaires dans le corps social, ou même simplement êtres humains. Quant à être reçu dans une administration publique, voir mon dossier traité, être jugé ou soumis à la décision administrative de quelqu’un qui me dit : « Je suis musulmane avant tout », ce n’est pas acceptable pour moi. En tant que socialiste, je suis totalement convaincu que les religions, quelle qu’elles soient, sont un instrument de domination des esprits, un facteur de conservatisme social (toutes les conquêtes émancipatrices de ces deux derniers siècles, toutes, se sont faites contre l’opposition des grands mouvements religieux) et un ferment de discorde et de guerre. Et c’est un redoutable outil de combat politiques qui vise à dominer les autres au nom de valeurs soi-disant supérieures. Nos pères fondateurs radicaux le savaient très bien, qui ont œuvré à éliminer autant que possible le religieux de l’espace public. Je suis démocrate. Je respecte la liberté de religion dans la sphère privée et je trouverais ridicule de légiférer sur une règlementation quelconque de l’habillement tant que celui-ci ne trouble pas l’ordre et la sécurité publique, mais éjecter le religieux de l’espace public est pour moi incontournable de toute lutte progressiste, socialiste et marxiste. Ce port du voile, on doit bien le subir en tant que démocrate, mais il est hors de question de l’approuver ou de le considérer comme normal. La religion, c’est l’opium du peuple, camarades, et je ne comprends pas votre tolérance et votre et votre faiblesse envers les accommodements «déraisonnables » qui tendent à imposer petit à petit le fait religieux dans la vie publique. De la part d’une formation qui revendique ses racines progressistes, socialiste et marxistes, cela me parait le grand écart idéologique. Alors, camarade Germain, vous et votre parti, continuez à être du côté des petits, de défendre une médecine pour le peuple et une enseignement qui soit pierre angulaire du développement social, à vous battre pour une société avec plus de justice fiscale et sociale et où l’état, expression démocratique du corps social, retrouverait sa place centrale, vous me verrez à vos côtés, mais de grâce, cessez de raconter des conneries sur la religion, l’administration et la vie publique. Je comprends votre votre volonté d'inclusion et votre envie de rassembler toutes les forces de changement et d’aller aussi vers ceux qui sont tentés par un repli identitaire stérile, même s’ils pensent que l’islam est supérieur à toute autre valeur sociale, mais entre cette tolérance religieuse et vos valeurs progressistes, vous serez inéluctablement amenés un jour à faire un choix et ce choix sera d’autant plus douloureux qu’il sera tardif. Bon courage