Frédéric Gillot : « Non M. Magnette, la Wallonie n’est pas à vendre »

La Wallonie va mieux, vraiment ? Alors que Paul Magnette, ministre-président de la Région (PS) a inondé le Parlement de chiffres, le député PTB Frédéric Gillot a mis les gens et leur vécu à l’honneur. Avec un message : nos jeunes, nos ainés, nos services publics, nos conditions de travail ne sont pas à vendre. Voici l’intervention d’un député des gens d’abord.

Intervention de Frédéric Gillot, député du PTB, sur « L’état de la Wallonie »

 

Bonjour M. Magnette, M. le Ministre-Président, M. le Bourgmestre, M. le Professeur…

Vous nous avez parlé de la Wallonie, mais aussi beaucoup de la Flandre. J’ai une proposition pour la prochaine fois : inviter votre collègue John Crombez du sp.a. Il pourra vous expliquer que la Flandre ne va pas bien, elle non plus. Que si la Wallonie rattrape la Flandre, c’est parce que la Flandre rejoint la même galère. Pour ma part, je vous parlerai de la Wallonie. Et même mieux : je vais vous parler des gens.

Vous avez de belles formules M. Magnette. Cette Wallonie existe peut-être, mais je dois bien vous avouer que je ne la connais pas.

Vous nous dressez le portrait d’une Wallonie qui se redresse, pleine de vitalité…

Vous avez de belles formules M. Magnette. Cette Wallonie existe peut-être, mais je dois bien vous avouer que je ne la connais pas.

Ma Wallonie à moi est celle de la difficulté de vivre qui va grandissante. C’est celle de ces travailleurs qui se lèvent  tôt, qui bossent dur et qui ont des salaires qui ne leur permettent pas de joindre les deux bouts. C’est celle des allocataires sociaux qui survivent dans la précarité. C’est celle des exclus du chômage qui survivent dans la misère. Pour tous ces gens, pour cette Wallonie là, l’angoisse commence dès le premier jour du mois…

Dans la Wallonie que je connais, il y a Fabrice, électromécanicien, 15 ans de carrière chez Arcelor.

Depuis deux ans, il est enfermé dans le travail intérimaire et a de plus en plus de mal de rembourser son emprunt hypothécaire. Chaque facture qui arrive suscite du stress. L’eau qui augmente, l’électricité qui augmente, la taxe poubelles qui augmente, la redevance tv qui n’est toujours pas supprimée… Les taxes injustes, c’est dès le début du mois qu’il les sent passer. Mais il se bat, vaille que vaille…

Vous affichez avec fierté que les Plans Marshall ont créé 12 000 emplois en dix ans. 12 000 : c’est autant d’emplois que ceux que vous avez abandonné en fermant la sidérurgie liégeoise. Ces emplois-là ont fait vivre des générations et une région entière. Les 12 000 emplois créés par le Plan Marshall par contre, on n’en connaît ni la qualité, ni la stabilité. Aucune statistique n’est disponible. Une bonne partie sont des CDD et ont peut-être même déjà disparu…

Dans la Wallonie que je connais, il y a Alice, jeune diplômée comme assistante sociale.

Des dizaines de lettres de motivation, des dizaines d’entretien, dont 9 dernièrement. Mais toujours rien. Et pourtant elle se bat, vaille que vaille.

Il y a Bruno aussi, diplômé depuis 5 ans en sociologie. Les bons mois, il travaille maintenant sous contrat précaire pour… la Région wallonne.

Il y a Bruno aussi, diplômé depuis 5 ans en sociologie. A force de s’entendre dire qu’il manquait d’expérience, il a enchaîné pendant 3 ans du travail non rémunéré, ou à peine. Des « stages » comme on dit aujourd’hui. Les bons mois, il travaille maintenant sous contrat précaire pour… la Région wallonne.

Comme tant d’autres, Alice et Bruno se bradent sur le marché de l’emploi et perdent à chaque pas un peu plus leur confiance en eux. Au grand bonheur des « investisseurs » qui font leur marché…

Dans la Wallonie que je connais, il y a aussi Viviane, infirmière en maison de repos. Elle vit aux premières loges le recul de la qualité des soins. Elle aimerait pouvoir faire correctement son boulot. Soigner les corps et les âmes, ça demande de prendre le temps. Mais ce n’est plus possible. Sans surprise, elle craint le jour où elle sera, elle-même, sur un de ces lits. Elle a raison de le craindre : le prix moyen est aujourd’hui de 1 250 euros par mois, sans les médicaments ni aucun extra. Or 50 % des hommes et 75 % des femmes de plus de 65 ans ont une pension inférieure à ça. Ce sont donc les familles et les CPAS qui paient les profits des investisseurs privés dans le secteur. Ces investisseurs privés possèdent déjà la moitié des maisons de repos en Wallonie. Votre collègue Maxime Prévôt leur a promis de bientôt leur donner feu vert pour poursuivre la privatisation. Ces « investisseurs » sont ravis, ils vont continuer leur marché. Brader la fin de vie de nos aînés, l’épargne des familles et les budgets des CPAS, voilà comment on peut résumer l’opération.

Même histoire pour le tram à Liège. Symptomatique ! Votre collègue Carlo Di Antonio me parlait cette semaine du « risque » pris par le privé dans le projet. Le risque ? Mais quel risque ? Le privé ne prend aucun risque en s’accaparant la ligne la plus rentable des TEC. Ce que le privé prend, ce sont les profits. Vous bradez les services publics. Au grand bonheur des « investisseurs » qui font leur marché…

En un mot, la Wallonie est devenue une grande braderie.

Besoin urgent de logements ? Pas de problème, il y a le secteur privé et on va travailler avec ! Pour ce qui concerne le prix des loyers, on verra bien…

Besoin urgent de maisons de repos ? Pas de problème, il y a le secteur privé et on va travailler avec ! Pour ce qui concerne le prix d’une chambre, on verra bien…

Besoin urgent de transport en commun ? Pas de problème, il y a le secteur privé et on va travailler avec ! Pour ce qui concerne le prix du titre de transport, on verra bien…

Les travailleurs en Wallonie s’épuisent au boulot. Redistribuons leur temps de travail en instaurant la semaine de 30h, en commençant par l’administration publique.

Besoin urgent d’emplois en Wallonie ? Pas de problème, il y a le secteur privé et on va travailler avec en lui accordant le plus d’aides possible ! Pour ce qui concerne le nombre d’emplois réellement créés et leurs qualités, on verra bien…

Les travailleurs en Wallonie créent des richesses incroyables. Redistribuons-les, en réformant par exemple les droits de donation et en supprimant les taxes injustes comme la redevance tv.

Les travailleurs en Wallonie s’épuisent au boulot. Redistribuons leur temps de travail en instaurant la semaine de 30h, en commençant par l’administration publique.

Les Wallons ont soif de démocratie et de transparence. Mettons en place des procédures de contrôle irréprochables en matière d’utilisation de l’argent public.

Le PTB propose de mettre un stop à cette grande braderie, à cette grande liquidation. La Wallonie n’est pas à vendre. Nos jeunes, nos aînés, nos services publics, nos conditions de travail : rien de tout ça n’est à vendre. Nous valons mieux que ça.

 

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Commentaires

dans tout privilégier le secteur privé.... c'est ce qu'on entend bien fort depuis le mois d'octobre 2014. La NVA souffle dans l'oreille de Charles Michel et ses paroles ressortent par la bouche de ce dernier!!! Vous êtes sûr que vous parlez de Paul Magnette? Demandez le plan de développement de la Police made in Jan Jambon et vous serez édifiés!
Simplement et sans autres commentaires, au nom de tous les Wallons fiers de l'être: Merci Fred!
Je cautionne tout a fait vos commentaires.
La Belgique aura besoin d'un Mélenchon pour réunir tous les insoumis â cet esclavage qui se prépare sans réaction des citoyens ,je suppose que vous en êtes un, il faut donc rassembler tout les citoyens y compris les indépendants qui sont sur le même bateau qui coule ,et de tout les partis qui on en marre de voir cet esclavage s'installer en BELGIQUE et en Europe .