Photo Solidaire, Salim Hellalet

Frédéric Gillot :: « Le renouveau démocratique, oui ! La “pédagogie” pour mieux imposer l’austérité, non »

Le Parlement wallon a approuvé ce mercredi 25 mars la constitution d’une nouvelle Commission spéciale pour le renouveau démocratique. « Le citoyen s’écarte de plus en plus de la sphère publique et du monde politique, ce qui est interpellant », énonce le texte voté. Ou serait-ce plutôt le monde politique qui s’écarte du citoyen ? Tout en apportant son soutien à la création de cette commission, le député PTB Frédéric Gillot a interpelé l’assemblée sur la nécessité de se poser les bonnes questions et a exposé les revendications du PTB pour un renouveau démocratique. Voici son intervention.

« Il y a bien sûr besoin d’un renouveau démocratique. Mais pourquoi ?

Parce que les gens s’intéressent de moins en moins à la politique et ont de moins en moins confiance dans les responsables politiques. Mais pourquoi ?

Sur les constats, d’abord :

Il faut avoir le courage de se poser les bonnes questions si on veut avoir une chance de trouver les bonnes réponses.

Les gens ont perdu confiance et on ne peut nier que l’implication de responsables politiques dans des scandales financiers a un impact extrêmement négatif. Alors que l’on impose à la population de vivre de plus en plus difficilement, le fait que certains s’en mettent plein les poches est inacceptable et préjudiciable pour l’ensemble du monde politique.

Alors que l’on impose à la population de vivre de plus en plus difficilement, le fait que certains s’en mettent plein les poches est inacceptable et préjudiciable pour l’ensemble du monde politique

Les engagements et les promesses non tenus sont évidemment autant d’éléments qui font que le déficit de confiance est immense. Dire qu’on est pour la défense du Service public mais dans le même temps participer à son affaiblissement en ne remplaçant qu’un fonctionnaire sur cinq qui partira à la retraite, dire qu’on se consacrera entièrement à sa ville si on est élu mais tout de même devenir ministre, dire que si on est élu, on ne touchera pas à l’index ou on ne s’alliera jamais avec la N-VA et faire exactement le contraire sont autant d’exemples de promesses faites et non tenues qui tuent la confiance dans la population vis à vis du monde politique.

De même, la gestion pour le moins opaque de l’argent public au travers de sociétés comme, par exemple, la Sogepa est un élément supplémentaire de fracture et de discrédit.

Les aspirations, les besoins et les avis des gens ne sont pas pris en compte.

La population réclame plus de justice sociale, une taxe sur la fortune, des soins de santé efficaces à prix abordables, elle a un besoin criant de logements sociaux abordables, elle veut des perspectives d’avenir pour ses jeunes, elle est contre l’exclusion des chômeurs alors qu’il n’y a pas de travail, elle refuse le saut d’index…

La démocratie commence par une répartition équitable des richesses, surtout dans un pays, une Région qui, d’une part devient de plus en plus riche, mais d’autre part connait de plus en plus d’exclusion et de précarité. Taux de chômage, seuil de pauvreté grandissant en sont autant de marqueurs.

Sur nos propositions ensuite :

Renouveau démocratique, oui. Mais il ne doit pas servir uniquement au monde politique pour faire de la “pédagogie” afin d’imposer l’austérité mais bien un renouveau démocratique pour que le message et les besoins des gens puissent atteindre le monde politique. Pas de renouveau démocratique à sens unique !

Et les gens doivent voir que leur avis est réellement pris en compte, pas qu’il soit à chaque fois repoussé d’un revers de la main, il ne faut pas leur dire à chaque fois qu’ils n’ont rien compris. Il ne s’agit pas seulement d’entendre les citoyens mais surtout de comprendre ce qu’ils disent.

La démocratie, ce n’est pas seulement d’aller voter toutes les X années et puis de se taire mais c’est surtout, pendant la législature, que les citoyens puissent s’exprimer et que leur avis soit réellement pris en compte.

Pour notre part, nous considérons que les responsables politiques doivent être prêts à lâcher de leur pouvoir au profit des citoyens et de l’expression populaire. La politique n’est pas une chasse gardée.

De même, le comportement des responsables politiques doit être absolument irréprochable. Pas, entre autre, d’enrichissement personnel ou de cumul de mandats. Les promesses et les engagements pris doivent être tenus, quels qu’ils soient.

La gestion de l’argent public doit être absolument et entièrement transparente et soumise au contrôle de la Cour des comptes et ce, sans aucune clause spéciale ou restriction limitant ce contrôle. Ce n’est actuellement pas le cas. L’exemple de la Sogepa et de la FSIH, filiale de celle-ci, le prouve assez.

D’une manière pratique, la consultation populaire n’est pas suffisante, pour nous, car elle n’a pas un pouvoir contraignant. Si cette consultation populaire est un pas, il nous apparaît largement insuffisant. Nous considérons que le référendum est le bon moyen pour que les gens puissent s’exprimer. Mais attention, pas question de simplement poser une question aux gens sur les décisions à prendre et puis de les laisser se débrouiller avec la réponse. Non, nous pensons que la démocratie est mouvement, implication. Elle est dynamisme et action. Il faut absolument que cette démocratie participative soit animée par des débats contradictoires afin que le citoyen puisse se faire une idée des différentes alternatives qui lui sont proposées.

Nous pensons que ces débats contradictoires doivent avoir lieu au niveau le plus proche du citoyen, à savoir les villages, les communes, les quartiers des villes. Que chacun puisse s’exprimer ou en tout cas avoir accès au débat d’idées. Il faut susciter l’implication des gens et faire le maximum de publicité autour de ces débats. Et que les gens sachent que leur décision sera respectée.

La démocratie n’a pas de prix, dit-on. Elle a cependant un coût

La démocratie n’a pas de prix, dit-on. Elle a cependant un coût. Elle a même plusieurs coûts, qu’il faut être prêt à supporter.

Le premier, comme je l’ai dit plus haut, est la perte de pouvoir décisionnel de la part des responsables politiques. Je ne suis pas certain que tout le monde soit prêt à assumer ce coût. Il faut pouvoir faire le pas d’écouter la démocratie de la rue.

Ensuite, et c’est évident, le coût de l’organisation pratique et financière de débats contradictoires et de ces référendums. Là encore, je ne suis pas certain que beaucoup soient prêts, même si la démocratie n’a pas de prix, à vouloir en assumer le coût…

Je ne saurais terminer cette intervention sans parler du fonctionnement de cette institution et de cette assemblée.

En effet, le fait que ce Parlement soit en même temps juge et partie en matière de validation des élections est toujours bien d’actualité. Je ne vais pas rappeler cette affaire du recomptage des voix à Charleroi lors du début de cette législature. Cela doit changer.

Un autre exemple que je pourrais citer porte sur le nombre de questions d’actualité que nous pouvons poser par an : 4x3 minutes ! Ce qui, et vous aurez vous-même fait le calcul, revient à dire que nous pouvons poser des questions d’actualité au Gouvernement pendant… 12 minutes par an. Tenant compte du fait que nous sommes chaque fois mis en concurrence avec d’autres partis car le premier qui rentrera la question d’actualité pourra la poser.

De même, un parti comme le PTB, qui n’a pas encore cinq élus, peut participer aux Commissions… mais sans y avoir le droit de vote. Nous appuyons la création de cette Commission spéciale ayant comme sujet le renouveau démocratique et nous appelons l’ensemble du Parlement à poser un premier geste fort qui serait d’accorder le droit de vote à tous les partis dans cette Commission. »

 

 

 

 

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Commentaires

Merci, Frédéric, de continuer à montrer aux mandataires, comme tu le fais si bien, que l'on peut vivre heureux avec moins d'argent. Seule l'égalité sauvera l'humanité.