Le 25 février dernier, 10 000 personnes ont défilé à Bruxelles en solidarité avec tous les migrants et contre la criminalisation des citoyens et du monde associatif qui organisent la solidarité là où l’État n’est plus présent. (Photo Solidaire, Fabienne Pennewaert)

Francken, Merhun et la majorité silencieuse

Theo Francken utilise une nouvelle fois la situation au parc Maximilien pour déshumaniser les personnes dont le seul crime est de fuir la guerre, la persécutions et la misère. Le nombre de migrants n’a pourtant pas augmenté ces derniers mois. S'ils doivent dormir dehors, c’est uniquement parce que le centre d’accueil où ils dormaient cet hiver a fermé ses portes.

Merhun, Tesfaye, Samson ou encore Mohamed sont des réfugiés qui ont fui l’Ethopie, l’Erythrée ou le Soudan. Merhun, qui a fui l’Ethiopie, raconte : « La situation est très dure en Ethiopie en ce moment. Vous n’en entendez sans doute pas beaucoup parler ici, mais il y a des révoltes étudiantes contre le gouvernement. Beaucoup sont mis en prison tandis que d’autres disparaissent. Je ne peux pas demander l’asile ici en Belgique. Je suis passé par l’Italie et j’ai du y déposer mes empruntes digitales. Si je demande l’asile ici, je serai renvoyé en Italie. » Il est accompagné d’une dizaine de personnes, dont 2 femmes, et dorment dehors à la Gare du Bruxelles-Nord et ses alentours.

« Nous devons faire en sorte que la gare redevienne propre, affirme Theo Francken, nous devons oser agir de manière très répressive envers ces personnes ».1 « Jambon nettoie la gare avec ses mots », titre Het Laatste Nieuws.2 Le secrétaire d’État Theo Francken et le ministre Jan Jambon continuent, sans aucune réaction des autres partis de la majorité, de déshumaniser les personnes comme Merhun dont le seul crime est de fuir la guerre, la répression ou le misère. Une évolution dangereuse. Il y a quelques jours, l’avocat de la STIB à Bruxelles, défendant la compagnie de transport dans un accident grave avec un cycliste, argumentait que celui-ci était un « sans-papiers » et qu'« il n’était donc pas autorisé à se trouver à l’endroit où l’accident a eu lieu et que c’est donc de manière fautive qu’il s’y trouvait. Si cette faute n’avait pas été causée, l’accident n’aurait pas pu survenir. »3 Voilà où mène la politique du gouvernement Michel et les propos de la N-VA...

« 0 euro »

Si une centaine de personnes se retrouvent une nouvelle fois à dormir dehors, c’est dû à la fermeture du centre d’accueil Porte d’Ulysse qui était ouvert pendant l’hiver. C’est la seule raison qui explique la réapparition des ces personnes à la gare du Nord et dans le parc Maximilien. « Le nombre de migrants qui fait appel à nous, n’a pas augmenté depuis décembre »4 explique en effet Mehdi Kassou de la plateforme d’hébergement citoyenne.4

Ni la Région bruxelloise ni le gouvernement fédéral ne veulent cependant financer la réouverture du centre d’accueil et se renvoient la facture. La Région bruxelloise estime en effet que c’est à Francken, en tant que secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, de payer la facture. « 0 euro, voilà ce qu’ils peuvent recevoir », a répondu Francken. Ce mercredi, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon affirmait au parlement avoir trouvé un accord pour arrêter et enfermer les personnes à la gare de Bruxelles-Nord et ses alentours. « Lundi, j'ai signé avec les deux zones de police locale de Bruxelles-Nord et de Bruxelles-Capitale, l'Office des Étrangers, la police judiciaire, la police fédérale et la police des chemins de fer, un accord relatif à une approche intégrée, visant à rendre la gare du Nord aux voyageurs. L'objectif consiste à accroître la sécurité, à décourager les incivilités, à intensifier les opérations coordonnées et à améliorer l'image de marque de cette gare. La police a élaboré un plan d'action et les capacités et moyens nécessaires ont été libérés. » Jambon et Francken veulent arrêter ces personnes et les placer en centres fermés. L’enfermement de ces personnes dont le seul crime est de fuit la guerre, la répression et la misère coûtent pourtant quatre fois plus cher que de les accueillir : 200 euros par jour, contre 40 euros dans le centre d’accueil. Loin des « 0 euro » de Francken. Pure communication donc.

Depuis l’annonce de ces opérations de police, de nombreux citoyens ont réouvert leurs portes. Ce sont une nouvelle fois les citoyens qui doivent remplir les missions de l’État en offrant généreusement un toit à ces personnes. L’ouverture du centre d’accueil, une information correcte à ces personnes ainsi que la non-application du règlement Dublin afin de permettre à ces personnes de demander l’asile en Belgique aurait pourtant permis de régler le problème depuis longtemps. Mais Francken et la N-VA préfèrent utiliser la situation pour déshumaniser ces personnes et avancer leur agenda anti-migrants, soutenus par les autres partis de la majorité dont le silence marque leur soutien...

Lire « Oui, il existe une alternative à la politique migratoire du gouvernement »

1. https://nieuws.vtm.be/vtm-nieuws/politiek/francken-wil-weer-proper-noordstation • 2. Het Laatste Nieuws, 11 mei 2018 • 3. http://www.dhnet.be/regions/bruxelles/polemique-a-la-stib-un-sans-papier-renverse-c-est-sa-faute-5af2993acd7028f079ddfdf0 • 4. De Standaard, 5 mai 2018

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