Les bases militaires étasuniennes dans le monde.

Film The Coming War on China | « Une guerre atomique est plus qu’une vague possibilité »

auteur: 

Ben Cowles

The Coming War on China, le nouveau film de John Pilger, veut d’urgence réveiller le monde. Ces dernières années, pendant que le Moyen-Orient était en feu, le président Obama a encerclé militairement la Chine. Pilger craint une dangereuse confrontation pouvant mener à une guerre nucléaire, volontaire ou non. Le journal britannique The Morning Star l’a rencontré.

Pourquoi avez-vous décidé de faire ce film maintenant ?

John Pilger

John Pilger. En fait, j’ai eu le projet de ce film en 2011, quand le président Obama a annoncé le « Pivot vers l’Asie ». Cette petite phrase qui n’a l’air de rien était l’annonce de la plus grande concentration de troupes de la marine et de la force aérienne américaines en Asie et dans le Pacifique depuis la Deuxième Guerre mondiale. Le message était clair : les États-Unis avaient un nouvel ennemi, la Chine.
J’ai travaillé comme reporter dans la région Asie-Pacifique, et je pense comprendre pourquoi la région est si importante dans la vision des États-Unis sur sa position de force. Dans une déclaration qui a fuité, Hillary Clinton disait que le Pacifique devrait être rebaptisé « mer Américaine ». L’emblème du US Pacific Command est un aigle dont les serres d’une patte sont au-dessus de Seattle et celles de l’autre au-dessus de Pékin. « Nous contrôlons 52 % de la surface terrestre », disent-ils. Avec sa rapide croissance économique, aux yeux de Washington, la Chine vient défier le mâle dominant.

Les intérêts commerciaux des deux pays sont tellement mêlés qu’il est difficile de croire qu’un des deux gagnerait en cas de guerre. Se pourrait-il que l’encerclement de la Chine par les États-Unis soit juste une démonstration de force militaire ?

John Pilger. Aucun des deux ne gagnerait en cas de guerre, c’est très juste. En outre, une guerre atomique est plus qu’une vague possibilité. En réponse à la menace et à la pression, entre autres avec une répétition générale d’un blocus de la Chine par l’US Navy, les armes atomiques chinoises sont prêtes. Évidemment, de grandes démonstrations de force sont du bluff, mais cela entraîne aussi, comme nous l’apprend l’histoire, une atmosphère de défiance. Un stratège a décrit ce que cela crée comme « un paysage de possibles erreurs d’appréciation, fautes et accidents ». Si on pense que l’ennemi est sur le point d’utiliser l’arme atomique, les experts américains estiment qu’on a moins de 12 minutes pour décider si on va riposter ou non.

Vous avez dit que la conception américaine est enracinée dans une mentalité du 19e siècle. Pouvez-vous expliquer ?

John Pilger. Depuis la guerre de Corée, au début des années 1950, la politique étrangère des États-Unis suit une seule et même logique. Il s’agit du contrôle des territoires stratégiques, en particulier des voies d’accès aux combustibles fossiles. C’est une politique de puissance pure et classique. Aux yeux de Washington, un grand nombre de pays et leur gouvernement sont soit utiles soit n’ont pas d’importance. La véritable indépendance n’est qu’à peine tolérée.
C’est en grande partie justement parce qu’ils affirment leur indépendance et s’opposent aux diktats et à l’influence des États-Unis que la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie et le Venezuela sont des « ennemis ». C’est une façon de penser typique du 19e siècle. Au 20e siècle, durant la Guerre froide, les États-Unis ont combattu dans les pays du Tiers-Monde pour des objectifs stratégiques et les matières premières, comme la Grande-Bretagne l’avait fait au 19e siècle. Le casque colonial britannique et le casque du Robocop américain ont certes un aspect différent, mais il y a beaucoup de similitudes. Quand on écoute ce que dit l’amiral Harry Harris, le commandant de l’US Navy dans le Pacifique, on jurerait entendre Lord Curzon, l’impérialiste britannique.

Avez-vous déjà reçu des réactions de Chine à votre film ?

John Pilger. Plus que j’en ai jamais eu. En Chine, la bande-annonce et selon toute probabilité le film lui-même touchent un immense public via les réseaux sociaux. Cela doit leur sembler bizarre qu’un Occidental réalise un tel documentaire politique et historique. C’est un film qui analyse les deux côtés avec une approche critique et qui, sur l’histoire récente, raconte des choses qui restent « cachées » en Chine même. Un des Chinois interviewé dans mon film dit par ailleurs : « Nous avons l’habitude d’être considérés comme “le péril jaune” derrière une façade de politesse. »

Qu’espérez-vous que les gens vont penser après avoir vu le film ?

John Pilger. Savoir est une force, c’est un fait. J’espère que les gens en tireront des informations qui vont à l’encontre des mythes, des idées toutes faites et des mensonges que l’on entend tous les jours.

Dans votre film, vous dites que la population peut elle-même agir comme une superpuissance. Comment les gens ordinaires peuvent-ils s’opposer au pouvoir de l’impérialisme occidental ?

John Pilger. Pour les gens ordinaires dans les pays qui se sont opposés au pouvoir de l’Occident, souvent contre toute attente et sans les avantages dont nous jouissons ici, il n’y a pas d’autre option.

Interview publié dans The Morning Star et dans le mensuel Solidaire de mai 2017Abonnement.

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