Factcheck : 10 erreurs répandues par Maggie De Block sur le modèle kiwi du PTB

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Sofie Merckx

L’application du modèle kiwi pourrait faire considérablement baisser le prix des médicaments, au bénéfice à la fois au patient et à l’État. Mais la ministre de la Santé Maggie De Block balaie cette proposition du revers de la main. Dirk Van Duppen et Sofie Merckx, médecins à Médecine pour le Peuple et spécialistes santé du PTB, réfutent point par point les arguments de la ministre.

Dans une étude, nous avons démontré que l’assurance maladie pourrait réaliser une économie de 480 millions d’euros si le gouvernement appliquait le modèle kiwi aux 25 médicaments qui coûtent le plus cher à la sécurité sociale. Dans les médias, la ministre de la Santé Maggie De Block a affirmé que le modèle kiwi n’était pas applicable. Voici pourquoi ses arguments ne sont pas valables.

 

1. Pour Maggie De Block, « si on applique comme aux Pays-Bas un système d’appel d’offres avec un seul médicament remboursé, le risque de rupture de stock sera énorme. De leur côté, les patients seront privés de leur traitement habituel ».

Réponse. Précisions tout d’abord qu’aux Pays-Bas, le système ne consiste pas à rembourser une seule marque d’un médicament donné. Le système appliqué chez nos voisins consiste plus exactement à ce que plusieurs firmes qui fabriquent le même médicament baissent leur prix dans une fourchette de 5 % par rapport au médicament le moins cher, de sorte qu’en cas de rupture de stock on pourra toujours se tourner vers une autre marque.

Aux Pays-Bas, l’appellation générique d’un produit est d’ailleurs indiquée en grands caractères sur l’emballage et le nom de marque (par exemple, Sandoz ou Apotex) est imprimé en petits caractères. Il n’y a donc pas de confusion possible chez le patient lorsque, pour un même médicament, il se tourne vers une autre marque.

En Belgique, les Mutualités chrétiennes ont mis en place une forme subtile de modèle Kiwi, ce qu’elles appellent le « modèle de l’écluse ». Ce modèle s’inspire du modèle allemand, où les organismes d’assurance maladie appliquent également une sorte de modèle Kiwi, qui a permis des baisses de prix considérables avec une garantie quant à la continuité de l’approvisionnement. Les firmes qui commercialisent un même médicament peuvent aligner leur prix sur le prix de référence, avec une marge limitée, et leur produit sera remboursé. De cette manière, la firme qui a remporté l’adjudication n’a pas pour autant le monopole. Un moyen efficace d’éviter les ruptures de stock.

Le modèle néerlandais n’est toutefois pas la forme idéale de modèle Kiwi. En effet, les appels d’offres y sont organisés par des organismes d’assurance privés ou par des groupements d’organismes d’assurance. Les entreprises pharmaceutiques pourront donc toujours monter les organismes d’assurance soins de santé les uns contre les autres ou volontairement empêcher les livraisons de médicaments pour entraîner une rupture de stock. Ce qui est impossible avec le modèle que nous proposons, à savoir un appel d’offres public couvrant l’ensemble de la Belgique. Le pouvoir de négociation du gouvernement est ainsi renforcé avec possibilité d’insérer dans le contrat des garanties pour assurer la continuité des approvisionnements. Nous soutenons également le « modèle de l’écluse » mis en place par les MC.

Concernant le prétendu haut risque de rupture de stock qui fait si peur à Madame la ministre, nous rappelons que récemment, la Belgique est tombée à court de Ledertrexate, une solution injectable pour le traitement des rhumatismes fabriquée par le géant pharmaceutique Pfizer. Les patients ont été privés de ce médicament essentiel des mois durant. Le professeur Westhovens, spécialisé en rhumatologie (UC Leuven) a même contacté l’Inami et le cabinet de la ministre De Block pour trouver une solution, mais les autorités n’ont pas réagi. C’est finalement grâce à une mise en demeure juridique adressée par un groupe de patients avec le soutien de Médecine pour le Peuple que la firme Pfizer a reçu l’ordre d’effectuer la livraison dans les 24 heures suivant la mise en demeure.

Actuellement, le vaccin pneumovax-23 est en rupture de stock et cette situation risque de durer encore plusieurs mois. Ce vaccin est administré aux patients à haut risque d’infection pneumococcique (notamment les patients immunodéficients). Les raisons pour lesquelles le fabricant MSD a cessé la livraison du vaccin ne sont absolument pas claires. Ce vaccin coûte 32 euros et n’est pas remboursé. Il est néanmoins recommandé par le Conseil supérieur de la Santé pour certains patients à haut risque. Il fait partie du petit nombre de vaccins pour lesquels le modèle Kiwi sous la forme d’accords prix/volume n’est pas appliqué. Maggie De Block ne s’est pas encore exprimée là-dessus.

À l’heure actuelle, on trouve généralement sur le marché belge de 10 à 15 marques d’un même médicament et, chaque jour, nous sommes confrontés à des problèmes de stock pour l’une ou l’autre marque. Ce qui crée parfois la confusion, surtout auprès des personnes âgées. Pour éviter ce genre de problème, l’idéal serait de limiter le nombre de marques par médicament et d’indiquer sur l’emballage le nom du principe actif en gros caractères.

2. Pour Maggie De Block, « l’appel d’offres va permettre une forte diminution du prix, mais rien ne garantit que ce sera toujours le cas lors des prochains appels d’offres. De même, si l’appel d’offres permet de réaliser des économies considérables la première année, rien ne garantit que les firmes pharmaceutiques, une fois qu’elles auront leur clientèle, ne vont pas à nouveau augmenter leur prix ».

Réponse. L’exemple néerlandais est on ne peut plus parlant. Lorsque le brevet d’un médicament arrive à son terme, on assiste parfois à des diminutions de prix pouvant aller jusqu’à 95 % d’un seul coup grâce à l’organisation d’un appel d’offres. C’est donc bien plus que les quelques petites diminutions de prix chez nous. Et vu le nombre important de fabricants d’un même médicament, on peut maintenir des prix bas. Les Pays-Bas l’ont démontré. Leur modèle Kiwi, appelé système de remboursement préférentiel, est en place depuis dix ans déjà et les prix restent bas. Pour le paracétamol par exemple, cela fait des années que pour le prix d’une boîte en Belgique, on peut en acheter six à huit aux Pays-Bas.

3. Pour Maggie De Block, « il y a le "patent cliff", c’est-à-dire que dès que le brevet d’un médicament arrive à son terme, le prix du médicament diminue. Les médecins sont alors obligés de prescrire le médicament le moins cher ».

Réponse. Le problème c’est qu’en Belgique ce prétendu médicament le moins cher reste de cinq à dix fois plus cher que le même médicament aux Pays-Bas. Prenons par exemple l’omeprazole, fabriqué par Sandoz, il est vendu chez nous comme le médicament le moins cher au prix de 40 euros, grâce au « patent cliff », alors qu’aux Pays-Bas il est vendu au prix de 2,50 euros, grâce au modèle Kiwi.

4. Pour Maggie De Block, « l’appel d’offres fonctionne bien pour les vaccins, car on connaît à l’avance le nombre de vaccins dont on aura besoin, c’est une chose que l’on peut prévoir ».

Réponse. La consommation de tous les médicaments remboursés par l’Inami est contrôlée. On connaît donc parfaitement les quantités de réducteurs de cholestérol, de médicaments contre l’hypertension ou encore d’antibiotiques qui sont consommées en Belgique. Bien entendu, il faut tenir compte d’une marge d’erreur et bien surveiller le comportement prescripteur des médecins. Ce qui, grâce aux outils informatiques, est beaucoup plus facile à contrôler aujourd’hui.

5. Pour Maggie De Block, « l’action en car organisée par Médecine pour le Peuple pousse les patients à la surconsommation et les expose aux effets indésirables ».

Réponse. Les médicaments achetés aux Pays-Bas lors de l’action étaient soit des médicaments vendus sans ordonnance comme le paracétamol, soit des médicaments pour lesquels ils étaient en possession d’une prescription de leur médecin. Les pharmaciens néerlandais ont en outre enregistré pour tous les patients la liste complète des médicaments chroniques pour éviter d’éventuelles interactions. Les risques d’effets indésirables ou d’erreur de dosage sont donc minimes. L’argument de la ministre de la Santé selon lequel réduire le prix des médicaments comporte un risque de surconsommation, ou inversement, que c’est en augmentant le prix que l’on pourra réduire la consommation ne tient pas la route, comme nous le démontrons également au point 7.

6. Pour Maggie De Block, « ce n’est pas au médecin d’organiser ce genre d’excursion pour acheter des médicaments ».

Réponse. Médecine pour le Peuple défend l’accès aux soins pour tous. Le prix des médicaments est une entrave réelle à l’accès aux soins de santé. Les dernières mesures d’austérité prises par la ministre De Block ont entraîné une hausse des prix des médicaments au détriment du patient. L’objectif de cette action est de démontrer et de permettre à ceux qui y participent de constater de leurs propres yeux qu’une autre politique est possible. En tant que médecins, nous assumons donc nos responsabilités sociales.

7. Pour Maggie De Block, « les Belges avalent trois fois plus d’antibiotiques que leurs voisins néerlandais. Si on augmente le prix des antibiotiques, le patient devra réfléchir à deux fois avant d’en consommer ».

Réponse. L’exemple néerlandais dément également cette contrevérité. Aux Pays-Bas, le patient ne paie pas de ticket modérateur, et pourtant la consommation de médicaments y est bien inférieure à la consommation chez nous. Ce qui démontre clairement que le prix n’a aucun impact sur la consommation des médicaments. C’est le médecin qui prescrit les médicaments aux patients, c’est donc sur le prescripteur qu’il faut agir en premier lieu.

À cela s’ajoute le fait que pour une grande majorité de gens la santé n’a pas de prix. L’élasticité prix est faible. Les patients sont prêts à payer de grosses sommes d’argent si, comme ils le croient, c’est pour préserver leur santé. Seuls les patients les plus vulnérables ne prendront pas d’antibiotiques pour des raisons financières. Avec le risque qu’une bronchite se complique et se transforme en pneumonie, ce qui coûtera à la société.

8. Pour Maggie De Block, « Rudy Demotte (PS) a par le passé tenté de lancer le modèle Kiwi chez nous et cela a été un échec ».

Réponse. En effet, Rudy Demotte avait présenté à la Chambre le 22 mars 2005 un projet de loi pour l’introduction du modèle kiwi. À l’époque, l’objectif était de réaliser une économie de près de 504 millions d’euros. Cette nuit-là, l’industrie pharmaceutique a mis en route, pour reprendre ses propres mots, la « plus vaste machine de lobbying de tous les temps » afin de torpiller cette proposition de loi. Yolande Avontroodt (Open Vld) a alors, avec le soutien de Maggie De Block, à l’époque parlementaire Open Vld, apporté divers amendements - fait surprenant - à un projet de loi présenté par sa propre majorité. Des amendements qui, comme l’avait commenté à l’époque le journaliste Tom Cochez dans le quotidien De Morgen, ont transformé le « kiwi en une purée de kiwi ». Cette même nuit, en échange d’une neutralisation de la proposition de loi de Demotte, l’industrie pharmaceutique a proposé via les amendements de Van Avontroodt et De Block des diminutions de prix pour un total de 64 millions d’euros ainsi que 23 millions d’euros en plus via une taxe sur le chiffre d’affaires. Un montant dont on n’a jamais vu la couleur. Du jamais vu !

Maggie De Block a donc participé activement, et pour le compte du lobby pharmaceutique, à étouffer dans l’œuf le modèle kiwi. Au final, la version adoptée n’était plus que version ultra allégée du modèle de départ.

Malgré tout, l’industrie pharmaceutique n’était toujours pas satisfaite. Elle a donc engagé une véritable bataille juridique lorsque Demotte a tenté d’appliquer cette version kiwi allégée sur le réducteur de cholestérol simvastatine et sur l’antihypertenseur amlodipine. Demotte a fini par jeter l’éponge. La bataille juridique engagée par Big Pharma contre la version kiwi allégée de Demotte est relatée dans les détails dans une étude réalisée en 2009 par le cabinet CMS De Backer pour le compte de la ministre de la Santé publique de l’époque, Onkelinx.

9. Pour Maggie De Block, « notre législation ne le permet pas ».

Réponse. En 2009, la ministre de la Santé de l’époque, Laurette Onkelinkx, a commandé au prestigieux bureau d’avocats CMS De Backer une étude sur la faisabilité juridique du modèle kiwi en Belgique. Cette étude n’a jamais été transmise aux membres de la Chambre. Selon l’hebdomadaire Knack, qui avait été autorisé à la consulter (voir l’article « Kiwimodel is juridisch perfect mogelijk », paru le 26 juillet 2009), cette étude conclut sans détour que le modèle kiwi est parfaitement réalisable chez nous sur le plan juridique. Les parlementaires du PTB travaillent actuellement à une proposition de loi en vue de l’application du modèle Kiwi en Belgique.

10. Selon Freek Louckx, professeur de droit social à la VUB, la Belgique s’est engagée en signant des traités européens à ce que le ticket modérateur sur les médicaments essentiels ne dépasse jamais les 25 % du prix de revient. La ministre De Block a toutefois déclaré dans le quotidien De Morgen que cet engagement ne s’applique pas aux médicaments qui relèvent de la catégorie de remboursement C, dont font désormais partie les antibiotiques.

Réponse. C’est le monde à l’envers ! Tous les antibiotiques figurent sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé. Et voilà que le docteur De Block prétend que les antibiotiques ne sont pas des médicaments essentiels.

On comprend mieux à présent pourquoi elle a transféré ces médicaments de la catégorie de remboursement B, autrement dit celle des médicaments essentiels, à la catégorie C qui renferme ce que l’on appelle les médicaments « de confort », par exemple les fluidifiants bronchiques mucolytiques. Ce transfert aura pour effet de doubler le montant du ticket modérateur – la partie que le patient paie de sa poche – puisqu’il passe de 25 à 50 %, et pour les patients avec intervention majorée, il va même tripler puisqu’il passe de 15 à 50 %. En transférant les antibiotiques dans une autre catégorie de remboursement, son objectif est visiblement de contourner les traités européens. Ce qui est inacceptable. D’autant plus qu’en ne respectant plus la logique des catégories de remboursement, la ministre crée un précédent important, qui pourrait autoriser d’autres économies substantielles sur le dos des patients.

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Commentaires

Et dire qu'elle a été la "personnalité " la plus populaire de Belgique ! On se demande encore pourquoi? Le système des lobbies quand on a en face d'eux des gens faibles ça prend vite la forme d'action maffieuse. Il y a d'autres exemples, kazakhgate,diamantaires.... Tout cela quand on mélange politique et finances ça se termine toujours par des affaires peu reluisantes le dindon de la farce étant toujours le" peuple" belge. Enfin dénoncé ces genres de pratique pour les biens pensants de la droite gouvernementale c'est pratiquer le "populisme" ! Qu'ils sachent qu'il n'y a rien de déshonorant à cela.
bien la preuve tu se qui vient du MR s et voler le patient point s et tous , pour mettre dans leur poche sa son premier mais aider les gens la sa non , pour moi s et une honte de la part d un docteur il pour la mettre eb demeure et lui foutre un procer au cul
C'EST DE POUVOIR REMPLIR SES POCHES qu'elle augmente les médicaments
Ce n'est jamais un plaisirs de prendre des médicaments et cette dame est toubib ....
Cette femme condamne les malades comme on brûlait à une certaine époque les hérétiques ! Devant une telle politique au service de certains lobbies pharmaceutiques, on peut se demander jusqu'où Mme De Block, doctoresse de son état, va pousser l'incompétence et la cruauté en appliquant des principes de non assistance à personnes en danger par manque de soins et de médicaments. Cette femme est dangereuse. Comme tou(te)s les membres de ce gouvernement. Merci pour votre analyse, elle est concluante.
je pense qu au niveau des medocs et firme pharma ainsi que des decideurs politiques style la de block il y a une serieuse mise au point a faire je reste convaincue mais ca n engage que moi , que les firmes arrosent ces decideurs l attitude de deblock ne peut s expliquer que comme ca car pour deverser des anneries comme elle le fait , elle doit avoir obligatoirement des interets !!!!! on sait que les firmes pharmaceutiques arrosent !!!!!!! ce n est pas un scoop !!! suis degoutee, de plus ces augmentations vont porter prejudice aux sans papiers qui ont acces a l aide medicale urgente bref elle montre la confiance quelle na absolument pas vis a vis de la profession medicale et pourquoi ne remet elle pas tout le systeme en cause aussi , je pense quelle ne sait quoi faire et qu elle nous montre son vrai visage de femme interessée et incompétente du moins d un point de vue social .
mme de block, est - elle docteur, ou commerçant ? elle choisit les prix avant les malades, merci maggi, au moment des elections, j'espère que je le rappelle.
Encore une preuve que notre petit pays est inféodé au grand capital, et que quand le citron est bien pressé, on jette ce qui reste aux ordures, cfr mittal etc, pour le peuple on menace de délocaliser les entreprises pharmaceutiques et de créer encore des chômeurs, ce qui est l'activité principale des dirigeants. Se soigner est impératif et ne doit pas grever le budget des gens, mais le capitalisme est passé par la, voyez les américains et l'obamacare, chez nous dewever et consorts
Vous savez les parlementaires ont les soins de santé gratuits ils sont tellement dans le besoin !!!!! Alors le prix des médocs ne les atteignent pas
CELA ressemble à une attitude anormal, ca marche ailleurs et on ne veut pas que ca marche en belgique, y aurait il pot de vin et enveloppe sous la table??? pour justifier le prix exorbitant par les grands groupes pharma. Ne pas accepter le systéme kiwi c'est déja trahir pour qui on à voter. ca pue la corruption hautement.mais enfin ca continue avec ce qui a deja précedé, on nous prend pour des cons. On fera nos comptes aux prochaines élections, on n'oubiera pas....