Photo : Flore de Préneuf / World Bank / Flickr

Exclusif : dans 10 grosses entreprises, plus de la moitié des heures sont prestées par des travailleurs intérimaires

Le travail intérimaire est sensé être une exception pour répondre à des imprévus temporaires d’une entreprise. Mais dans certaines grosses boîtes, il est pourtant devenu la règle. Le PTB a étudié le nombre d’intérimaires dans les entreprises employant plus de 250 équivalents temps-plein. Résultat : dans 10 entreprises, plus de la moitié des heures de travail sont prestées par des travailleurs intérimaires.

Le 10 mai 2017, la télévision publique flamande (VRT) diffuse un reportage choc sur les travailleurs intérimaires. Un journaliste se fait embaucher par l’entreprise DHL Aviation (secteur logistique) en tant qu’intérimaire et filme en caméra cachée son quotidien. Il décharge, de nuit, des containers entiers de marchandises très diverses qui sont expédiées par DHL. Certains travailleurs y sont intérimaires depuis plus d’un an et n’ont toujours pas de contrat fixe, les heures prestées ne sont pas toutes payées et les travailleurs (au statut précaire) doivent réclamer le paiement de leurs heures, les maux de dos doivent être masqués à coup de Dafalgan, etc. Et, toujours, cette carotte maintenue devant eux : « Si vous travaillez bien, si vous n’êtes pas malades, vous aurez peut-être un contrat fixe. »

Les conditions de travail des intérimaires sont dures par le statut précaire de ces travailleurs (des contrats temporaires sans lendemain garanti). La loi encadre strictement le recours au travail intérimaire pour en faire un statut exceptionnel. Le service d’études du PTB a néanmoins voulu savoir si cette réalité constituait l’exception ou au contraire était monnaie courante. Pour cela – en se basant sur les statistiques officielles –, il a établi le top 100 des entreprises de plus de 250 personnes employant le plus d’intérimaires.

Télécharger notre étude complète ici.

Des résultats édifiants

Top 100

22 % de travailleurs intérimaires
Top 2040% de travailleurs intérimaires
Top 10Plus de 50 % de travailleurs intérimaires

Le top 100 des entreprises compte 45.000 équivalents temps plein (ETP) « fixes » et 13.000 ETP intérimaires. Les résultats sont pour le moins interpellants. Pour ne citer que quelques chiffres : dans notre top 100, en moyenne, près d’un ETP sur 4 (22,4%) est rempli par des travailleurs intérimaires. Si on prend le top 20, on dépasse largement les 40 %. Les 10 premières entreprises du classement remplissent quant à elles plus de 50 % des ETP par des travailleurs intérimaires !

Concrètement, dans ces 10 entreprises, plus de 50 % des heures prestées le sont par des travailleurs intérimaires. Le trio de tête est B-Connected (call center), Ikanbi (centre de contacts clients) et SDIL, où ce sont respectivement 79,5 %, 69,2 % et 62,52 % du total d’heures qui sont prestées par des travailleurs intérimaires. Et cette situation ne peut être ignorée. En effet, il y a quatre ans, les organisations syndicales avaient déjà dénoncé – par exemple – l’abus de l’utilisation du travail intérimaire chez B-Connected, nottament pour se soustraire à l’obligation d’avoir une délégation syndicale. On trouve également dans ce top 10 la firme de logistique Logisport du milliardaire Fernand Huts. Déjà en 2014, le président du PTB, Peter Mertens, dénonçait les pratiques de cette entreprise où « plus de  la moitié des heures sont prestées par des intérimaires ».

Le travail intérimaire devait être une exception

Historiquement, le but premier du travail intérimaire était, pour les entreprises, de pouvoir faire face à un imprévu temporaire en matière de production.

Le recours au travail intérimaire était autorisé dans trois cas de figure :

  1. pour assurer le remplacement temporaire d’un travailleur
  2. pour répondre à un surcroît temporaire de travail
  3. pour assurer l’exécution d’un contrat exceptionnel

Le top 100 montre que les abus sont nombreux et qu’un plus grand contrôle devrait être effectué. Pourtant, en septembre 2013, le gouvernement précédent a facilité encore l’utilisation du travail intérimaire en ajoutant un quatrième motif de recours au travail intérimaire. Depuis cette date, les entreprises peuvent utiliser le travail intérimaire au motif « d’insertion ». En recourant à ce motif, une entreprise s’offre un travailleur intérimaire en le mettant à l’essai pendant une période allant jusqu’à 6 mois sans aucune obligation d’embauche.

Les calls-centers et la logistique en tête mais tous les secteurs sont concernés.

Les entreprises de logistique et de calls-centers trônent au somment de notre classement. Mais notre top 100 des entreprises compte 22 commissions paritaires différentes, c’est-à-dire 22 secteurs d’activités. Certains secteurs sont aux avant-postes en matière de recours au travail intérim : la logistique (CP140, CP226) compte 22 entreprises dans le top 100 ; viennent ensuite l’industrie alimentaire (CP118) avec 20 entreprises, et le secteur de l’horeca (CP302) avec 8 entreprises. Pratiquement, tous les secteurs sont touchés par l’intérim de masse

Remplacer en permanence ceux qui craquent

Lorsqu’un travailleur sur 4 est intérimaire, il n’est plus question – comme le prévoit la loi – d’un recours à l’intérim pour assurer le remplacement temporaire d’un travailleur, pour répondre à un surcroît temporaire de travail ou pour assurer l’exécution d’un contrat exceptionnel.

Ces entreprises utilisent la précarité du marché de l’emploi pour exploiter très vite et très fort les travailleurs intérimaires. An Meers, la general manager de l’entreprise Ikanbi – présente dans le top 3 des entreprises utilisant le plus d’intérimaires – déclarait en février 2017 : « Vu le taux de chômage assez élevé que connaît la région de Herstal, nous avons jusqu’à présent toujours réussi à trouver les travailleurs qu’il nous fallait »[1]. Une fois que les travailleurs « craquent », ils sont remplacés par d’autres qui, à leur tour, craqueront.

Le plan anti-abus du PTB

Ces proportions de travail intérimaire laissent lourdement supposer que la loi est contournée.

Des mesures doivent être prises pour mettre fin à cette précarisation structurelle du travail et pour remettre les besoins des travailleurs au centre de la production. Le travail intérimaire doit revenir à son but premier, à savoir une souplesse d’embauche pour faire face à un imprévu temporaire en matière de production. Les extensions de fait ou législatives doivent être supprimées ou combattues

Pour remédier à cette situation, le PTB propose un véritable plan d’urgence anti-abus avec 6 propositions concrètes. Parmi celles-ci figurent l’établissement d’un pourcentage maximum de travailleurs intérimaires dans les entreprises ou encore l’instauration d’une limite maximale de contrats journaliers successifs qu’une entreprise peut donner à un travailleur.

 

 

[1]              Trends, « Gazelles 2017 Bruxelles - Lauréate pour les Grandes Entreprises: iKanbi », 01/02/2017. Disponible: http://trends.levif.be/economie/magazine/gazelles-2017-bruxelles-laureate-pour-les-grandes-entreprises-ikanbi/article-normal-607209.html

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Commentaires

il faut vraiment taper dans se citéme qui n'ai pas normale en 2017 .A croire que personne voeu évoluer .Je trouve que set politique ne méne a rien .En plus que le chomage ne fait que croitre .En plus des gends qui au fait de petite bétise comme vendre de la drogre .Non seulement il doive payer mai en plus a vent de trouvé un travail il se passe des mois .AU FRAIT DE LEUR PARENT
Les patrons toujours bien conseillés par leurs juristes ont toujours une longueur d'avance pour appliquer des mesures plus que border line . Cette façon d'agir c'est la meilleure manière de mettre en place un succédané de flexibilité, tout bénéfice pour eux , il peuvent disposer à leur convenance d' une main-d'œuvre flexible à souhait. Belle manière de contourner l'embauche de C.D.I. !
Il n'y a pas que dans les grosses entreprises que l'on prend des intérim dans les intercommunale aussi. Je viens d'être licenciée après plus de 26 ans d'ancienneté pour raison de restructuration et on engage une personne handicapée ainsi que des intérimaires pour me remplacer moi et ma collègue alors arrêter de dire que ce n'est que dans le privé. Même les politiques font ce qu'ils veulent avec leurs ouvriers et les syndicats n'interviennent pas pour cette raison
Cela dure depuis 20 ans ! Franchement, il est temps de le dénoncer ! Hewlet Packard dans les années 90 a utilisé un de mes voisins pendant 8 ans comme intérimaire et un mercredi, on lui a annoncé :"Vendredi, c'est ton dernier jour". Moi j'ai travaillé 4 ans comme intérimaire chez Mastercard à Waterloo qui n'engageait, à l'époque, que des plans Roseta qu'ils viraient tous les ans. Alors, franchement, ça ne m'émeut plus !