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Dix questions sur le scandale du Fipronil, l'insecticide présent dans les œufs

auteur: 

Sofie Merckx

Pour le Dr Sofie Merckx (PTB), la santé publique doit primer sur tous les intérêts économiques. « S’il s’avère que les œufs contiennent une substance toxique, la population doit en être immédiatement informée. Les entreprises impliquées doivent être bloquées et tous les œufs suspects doivent être retirés des rayons des magasins. Le gouvernement doit aussi prendre des mesures pour empêcher que cela puisse se reproduire. »

Pendant plusieurs jours, le ministre de l’Agriculture Denis Ducarme (MR) et la ministre de la Santé publique Maggie De Block (Open VLD) ont gardé le silence sur les œufs contaminés à l’insecticide Fipronil. Sous la pression des pays voisins et de l’opinion publique, ils ont toutefois dû réagir. Ils jouent avant tout l’apaisement, et soulignent que « la plus haute quantité de Fipronil que trouvée jusqu’à présent est dix fois plus basse que la norme européenne, qui est très stricte ».

Il est étrange d’entendre une telle déclaration de la part d’une ministre, qui est par ailleurs médecin. Celle-ci est censée appliquer le principe de précaution. La santé publique doit primer sur tous les autres intérêts (économiques). S’il s’avère que les œufs contiennent une substance toxique, la population doit en être immédiatement informée. Les entreprises impliquées doivent être bloquées et tous les œufs suspects doivent être retirés des rayons des magasins. Le gouvernement doit ensuite également prendre des mesures pour empêcher que cela puisse se reproduire.

La communication affirmant qu’ « une personne de 70 kilos peut manger une cinquantaine d’œufs avant d’éventuellement avoir des problèmes de santé à cause du Fipronil » n’est absolument pas rassurante et va également à l’encontre du principe de précaution. Qu’en est-il pour les enfants ? En consommant 15 œufs, ils peuvent être immédiatement malades, mais quels sont les effets à plus long terme ? Le site internet de l’agence nationale américaine d’information sur les pesticides (National Pesticide Information Centre) présente à ce sujet des informations fort préoccupantes.

L’impact sur l’être humain de l’exposition chronique au Friponil est peu connu. C’est assez normal, puisque ce produit ne peut pas être utilisé dans l’industrie alimentaire. Selon l’agence américaine, le Fipronil « est probablement cancérigène pour l’humain ». Les tests sur des rats ont montré l’apparition de cancer de la thyroïde suite à l’exposition chronique à ce produit. Les tests sur des animaux ont également montré une grave altération du système nerveux, de la glande thyroïde, du foie et des reins. Le Fipronil ne peut donc en aucun cas être présent dans les œufs, à quelque dose que ce soit. Il est donc encore plus inquiétant de lire qu’il est possible que du Fipronil soit utilisé depuis 2014 dans l’industrie de la volaille et qu’on a trouvé aux Pays-Bas des œufs avec une dose bien plus élevée de cette substance.

Pas de contrôles « puisqu’il s’agit d’un produit interdit »

Ce scandale a pu être révélé parce qu’une entreprise belge a elle-même effectué des tests sur ses œufs. C’est le monde à l’envers. L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) a été créée après la crise de la dioxine de 2000 justement pour empêcher de tels scandales. L’AFSCA a expliqué qu’elle n’effectuait pas de contrôles sur la présence de Fipronil « puisqu’il s’agit d’un produit interdit et que l’on partait donc du principe qu’il n’est pas utilisé ». Imaginons que l’agence antidopage suive une telle logique, ou les agents chargés de faire passer des alcotests aux automobilistes...

« Tout comme pour la crise de la dioxine, ce scandale est entièrement lié à l’agriculture à grande échelle, à l’énorme pression financière subie par les éleveurs et aux individus véreux qui en tirent profit. Par soif de profit, ces empoisonneurs jouent sans aucun scrupule avec l’alimentation et avec la santé de milliers de personnes », écrit très justement le  journal Gazet van Antwerpen.

Et, tout comme lors de la crise de la dioxine, des ministres et instances officielles ferment les yeux ou minimisent la situation pour ne pas porter préjudice aux intérêts économiques.

Une nourriture saine est un droit de base, et c’est pour cette raison, que l’industrie alimentaire doit être fortement contrôlée. C’est là la responsabilité des pouvoirs publics. Les intérêts économiques ne peuvent jamais, en aucun cas, primer sur notre santé.

Dix questions sur le scandale du Fipronil

  1. Pourquoi le principe de précaution n’a-t-il pas été et n’est-il pas appliqué ?
  2. Quelles entreprises, quels œufs, dans quelles chaînes de magasins sont contaminés, et à quelle dose ?
  3. Depuis combien de temps est-on au courant de la présence de cette substance toxique dans les œufs et pourquoi n’a-t-on pas immédiatement communiqué et pris des mesures de sécurité ? 
  4. Est-il exact que l’importation à grande échelle de l’insecticide dans notre pays par l’entreprise concernée à Weelde remonte à 2014 ? Si oui, pourquoi rien n’a-t-il été fait pendant ces trois ans ? Cette entreprise a-t-elle eu la possibilité, pendant trois ans, de mélanger cette substance aux produits destinés au nettoyage des poulaillers ?
  5. La présence de l’insecticide interdit dans les œufs destinés à la consommation avait déjà été signalée aux pouvoirs publics début juin par une entreprise privée de transformation d’œufs à Saint-Nicolas, qui avait elle-même effectué des contrôles. Comment se fait-il que l’AFSCA n’ait pas elle-même détecté cela, qu’une entreprise de transformation d’œufs ait été plus vigilante que l’AFSCA ? Dans le cas du secteur de la volaille, la lutte contre les poux rouges parasites des poules est un très vieux problème ; il était donc tout à fait indiqué d’effectuer des contrôles réguliers et systématiques sur les insecticides qui auraient pu être employés de manière illégale, comme le Fipronil. Pourquoi n’y a-t-il pas alors de screening systématique sur le Fipronil par l’AFSCA ?
  6. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de contrôle alors que les autorités étaient censées savoir que l’entreprise de nettoyage de poulaillers aurait importé dès 2014 de très grandes quantités de ce poison ?
  7. On sait désormais que les laboratoires belges ne sont même pas techniquement dans la capacité de détecter cette substance, et que ces analyses doivent donc être effectuées à l’étranger. C’est ce qui explique que l’on ait dû attendre aussi longtemps pour avoir les résultats. Comment une telle défaillance est-elle possible ? 
  8. Pourquoi impose-t-on une interdiction absolue de parole aux fonctionnaires, alors qu’il existe des garanties légales pour le « droit d’expression des agents de l’État » ? Pourquoi ne peuvent-ils rien dire, même « off the record » et doivent-ils obligatoirement renvoyer au porte-parole, dont des journalistes disent désormais qu’au lieu d’être une « courroie de transmission de l’information aux médias et au citoyen », celui-ci fait fonction de « bouchon », comme on pousse un doigt sur la fuite d’un tuyau.
  9. N’est-il pas temps que la sécurité alimentaire soit placée sous la compétence de la santé publique ? Celle-ci dépend actuellement du ministre de l’Agriculture, ce qui fait qu’elle fait structurellement partie d’un cadre où les intérêts économiques tendent à passer avant ceux de la santé publique.
  10. Outre la santé publique, la santé du consommateur, ce sont les éleveurs de volaille subissant une énorme pression économique qui sont les victimes directes de ces pratiques abusives et malhonnêtes ; alors que ces pratiques auraient pu être évitées ou du moins fortement limitées avec des contrôles sérieux et des mesures fermes. Les pouvoirs publics peuvent ici être accusés de négligence coupable. Que va faire le gouvernement pour dédommager ces entreprises ?

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Commentaires

pour moi le ministre charle michel était aux courant et le ministre debloc de la sante pourquoi n on t il pas réagit de suite , pour moi il a faute il doive démissionner , s et impératif il on tenu cela depuis 2 mois il le savait donc pour moi et doive partir il nous on menti s et grave sa