Peter Mertens, Aurélie Decoene et Raoul Hedebouw lors de la présentation des résultats de l'enquête du PTB. (Photo Solidaire, Han Soete)

Démocratie en action : le PTB présente les résultats de son enquête

Mardi matin, lors d’une conférence de presse, le PTB présentait les résultats tant attendus de sa grande enquête électorale. Constat surprenant : l’attention requise sur la pauvreté par les 41 420 personnes interrogées. « La lutte contre la pauvreté, l’emploi et un avenir pour les jeunes sont les trois thèmes les plus récurrents. Et les participants veulent que ces thèmes soient abordés à partir de la philosophie “les gens d’abord, pas le profit” », a expliqué le président du PTB, Peter Mertens.

Outre Peter Mertens, Aurélie Decoene (présidente de Comac, le mouvement des jeunes du PTB) et Raoul Hedebouw (porte-parole national du parti) étaient également présent pour commenter les résultats.

« À nous deux, nous voulons former le noyau d’un groupe du PTB au Parlement fédéral, a déclaré Peter Mertens en présentant le parfait bilingue Hedebouw. Mais les autres sont aussi les bienvenus », a-t-il ajouté en riant.

L’enquête électorale du PTB peut être considérée à juste titre comme l’une des plus larges enquêtes politiques jamais organisées. « La plupart ont lieu avec un échantillonnage de 2 000 personnes, a expliqué Mertens. Pour les grandes enquêtes, on interroge 5 000 personnes. Mais plus de 40 000, c’est rarissime ! »

20 000 heures de travail

Il a également calculé combien d’heures de travail cela avait demandé. « Cela dure entre vingt minutes et une demi-heure pour remplir l’enquête. Si vous multipliez 40 000 enquêtes par une demi-heure, vous arrivez à 20 000 heures de travail. Et ce travail n’a pas été effectué par une firme commerciale, mais par les membres du PTB. Ils ont été actifs pendant trois mois pour interroger la population dans les quartiers et sur les lieux de travail. » Et, pour les gens qui croient que le PTB a interrogé ses propres membres : « Rien n’est moins vrai. Nos propres membres ont interrogé un très grand échantillonnage de la population. »

Des personnes de toutes les catégories d’âge, de tous les groupes professionnels, de tous les niveaux d’éducation ont été interrogées. Au contraire de certaines autres enquêtes. « Actuellement, la plupart des enquêtes sont menées via Internet, ce qui exclut certains groupes cibles. Les vieilles personnes et les nouveaux venus ont moins l’accès à Internet. Plus d’un tiers de nos enquêtes ont été réalisées hors ligne et collectées sur papier ? Notre questionnaire était très varié. » L’analyse des résultats s’est faite en collaboration avec des spécialistes de la section Sociologie de la KUL.

Une fameuse surprise

Quels sont les résultats de l’enquête ?

Le résultat le plus frappant, c’est la réponse que les gens ont faite à la question de savoir quels thèmes il fallait aborder prioritairement. 27 % ont mis la pauvreté en premier et 16 % l’ont encore citée en deuxième position. En tout, 43 % en ont donc fait un thème prioritaire. « Ç’a été une grosse surprise pour nous, a admis Peter Mertens. Nous ne nous y attendions pas. La pauvreté se détache. Littéralement, si on regarde le graphique. Et ce, pour toutes les catégories d’âge, groupes professionnels et niveaux de formation. Tant en Flandre et en Wallonie qu’à Bruxelles. Tant chez les actifs que chez les non-actifs. »

Des choix politiques

Le président du PTB a déjà fait savoir que le parti allait en tenir compte. « C’est un signal très important, de la part des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts, mais aussi de tous les autres. Cela contredit tout ce qu’on entend quotidiennement dans les médias, que les gens ne se soucient plus d’autrui, que la solidarité est devenu un concept creux. Si on interroge plus de 40 000 personnes et qu’il en ressort que la pauvreté est un problème comme une montagne, c’est alors un signal puissant », ajoute Peter Mertens.

« Aussi revendiquons-nous résolument que toutes les allocations et tous les revenus qui se situent sous le seuil de pauvreté soient remis au-dessus du seuil de la dignité humaine. Il est quand même inadmissible que les pensionnés, les chômeurs, les handicapés ou les minimexés d’un pays civilisé comme la Belgique doivent vivre en dessous du seuil de pauvreté. C’est un sujet de honte pour notre pays et il est bon que ce soit mis en évidence aujourd’hui par la plus grande enquête politique jamais réalisée. Remettre toutes les allocations au-dessus du seuil de pauvreté coûterait à notre pays 1,5 milliard d’euros par an. C’est beaucoup d’argent, mais c’est parfaitement monnayable si on supprime les intérêts notionnels. Cette politique des cadeaux fiscaux coûte en effet 6,2 milliards d’euros par an au pays. Il s’agit donc de faire des choix politiques. » Le parti de gauche se rallie ainsi aux revendications des réseaux belges de lutte contre la pauvreté.

« Le camp que nous choisissons »

La pauvreté de loin le thème numéro un, donc. Le top trois est complété par « Emploi » (28 % des personnes interrogées ont placé ce thème dans le top trois) et « L’avenir des jeunes » (21 % ont choisi ce thème dans le top trois). Le PTB tire donc des conclusions ici aussi. Peter Mertens : « Si la N-VA veut être le parti de tous ceux qui entreprennent, économisent et travaillent – et gagnent gros, s’abstiennent-ils d’ajouter –, alors, nous, au PTB, nous faisons le choix d’être le parti “des travailleurs, des jeunes et de tous ceux qui ont des difficultés dans cette société”. Voilà le camp que nous choisissons. » Et cette conclusion, le PTB veut également la faire voir dans la constitution de ses listes. « Ce n’est pas un hasard si nous plaçons en avant des têtes de liste très jeunes. Ce n’est pas un hasard si le sidérurgiste Frédéric Gillot est notre tête de liste à Liège, et d’autres suivront encore. »

L’irrésistible bond en avant de la pauvreté dans toutes les catégories nous ferait presque oublier qu’il y a quand même quelques menues différences dans les groupes cibles interrogés. Ainsi, les ouvriers estiment la question des impôts un peu plus importante que d’autres catégories. La fiscalité arrive chez eux en deuxième position.

Les jeunes et l’emploi

Chez les jeunes et les plus âgés, les résultats sont globalement les mêmes ; seule la pauvreté ressort encore davantage dans la catégorie des plus de 60 ans.

Aurélie Decoene constate encore quelques petites différences entre les réponses des jeunes et celles des personnes plus âgées. « Avant tout, ici aussi : la pauvreté se détache, même si c’est moins que chez d’autres. Mais ce qui est surtout frappant, c’est l’importance que les jeunes accordent à l’emploi. Plus que les autres groupes, les jeunes ont opté pour l’emploi comme priorité numéro un. C’est très compréhensible si l’on connaît la situation des jeunes sur le marché de l’emploi. » De même, des thèmes comme la démocratie et le climat s’avèrent avoir une priorité un peu plus élevée chez les jeunes.

La condition socioéconomique prime sur la langue

Y a-t-il de grandes différences entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles ? À en croire le discours dominant, cela semble être une évidence. Nous vivons en effet dans deux mondes différents, dit-on toujours… Vraiment ? « Non, affirme Peter Mertens. Le top trois est absolument le même : pauvreté, emploi, jeunes. C’est remarquable. On essaie de nous persuader qu’il y a une opinion publique absolument différente dans le Nord et dans le Sud du pays. Mais, quand on demande leur avis à 40 000 personnes, force est de constater quand même que le socioéconomique l’emporte sur la langue que l’on parle chez soi. Et ça, je trouve que c’est un résultat très surprenant et porteur d’espoir. »

« Des emplois flambeaux »

Dans l’enquête, le PTB interrogeait aussi sur des solutions possibles. Nous n’allons pas énumérer tous les résultats ici. C’est pourquoi nous renvoyons à la présentation PowerPoint (cliquez pour l’ouvrir).

Pour en tirer quand même une constatation surprenante, 59 % des personnes interrogées estiment que « le droit au travail, à un emploi stable avec salaire convenable » est la principale solution pour proposer un avenir aux jeunes. Le thème figure aussi au centre des solutions contre la pauvreté.

Peter Mertens : « Les gens optent résolument pour des emplois stables avec un salaire convenable. C’est donc tout à fait différent de la généralisation du travail intérimaire, de l’expansion des titres services ou de faire travailler les gens plus longtemps. Les boulots bidon, les boulots sous-payés, la flexibilité selon le modèle allemand : un questionnaire auprès de plus de 40 000 personnes nous apprend que la population ne veut rien entendre de tout cela. Les gens veulent des emplois stables et ils veulent toujours que les travailleurs plus âgés puissent transmettre leur expérience aux plus jeunes. C’est l’idée des boulots flambeaux, par lesquels les travailleurs plus âgés peuvent communiquer leur expérience aux plus jeunes. »

La tendance principale

Un troisième volet de l’enquête concernant un certain nombre d’idées politiques qui contredisent carrément le discours traditionnel. Ici aussi, les résultats sont surprenants.

La première position « Pour combattre la crise, le gouvernement doit intervenir dans l’économie. Il doit partir des besoin des gens, non pas du profit », a reçu le feu vert de 89 % des personnes interrogées. « C’est très surprenant, car c’est un tout autre son de cloche que ce que les médias nous font entendre quotidiennement, a analysé Peter Mertens. Que tant de gens suivent notre idée nous a toutefois quelque peu surpris. Soit 41 420 personnes ont eu une confusion de sens collective quand elles ont rempli l’enquête, soit l’intervention du gouvernement est bien davantage soutenue qu’on ne le penserait en suivant les médias. »

La position concernant l’unité du pays – « La Belgique doit rester une. La scission n’est pas à l’avantage de la population et elle coûtera beaucoup d’argent » – a reçu l’accord de 81 % des gens. « Ici aussi, c’est plus que nous ne nous y attendions. Parfois, on dirait que bien plus de personnes embraient sur ce discours séparatiste. C’est en tout cas un signe d’espoir de constater qu’il n’en est rien. »

85 % des personnes interrogées sont partisanes d’une forte attitude antiraciste. « Le courant de fond est plus solidaire et plus ouvert que certains ne veulent le faire croire. Un son de cloche rafraîchissant », selon Peter Mertens.

Pauvreté, emploi, fiscalité, climat et justice

L’enquête à grande échelle aidera en partie le PTB à définir ses fers de lance pour les élections à venir. Outre la situation politique et les points forts traditionnels du PTB, l’enquête est l’un des trois éléments qui définiront le programme du parti.

Pauvreté, emploi, fiscalité, climat et justice seront les cinq fers de lance. Les trois premiers ont déjà été mis en exergue dans l’enquête. Les deux autres moins.

« Nous optons pour le climat comme fer de lance parce que l’estimons politiquement important. Une solution sociale de gauche à la problématique du climat est pour nous trop importante pour qu’on l’abandonne aux partis au pouvoir. Sur le plan de la justice… Nous sommes occupés dans une croisade contre la loi sur les SAC, tant dans les conseils communaux qu’au niveau national. Nous voulons que l’accès à la justice soit simplifié, que la TVA de 21 % sur les avocats soit supprimée et que la loi de transaction pénale ne soit plus appliquée. »

Le goût de la politique

« La démocratie en action », affiche la première diapo de la présentation apportée par Peter Mertens. La présentation des résultats tant attendus de l’enquête électorale du PTB n’aurait pu débuter de façon plus pertinente.

« L’enquête est bien plus que les résultats et les données sociologiques que nous en tirons, a expliqué Raoul Hedebouw. L’enquête, c’est aussi ceci : des milliers de discussions politiques en rue, dans les réseaux. Je pense que le rôle d’un parti politique en Belgique doit être de rapprocher de nouveau les gens de la politique. Les gens décrochent de la politique parce qu’il y a tellement d’unanimité. Nous sentons que les gens sont très contents, lorsqu’on leur demande leur avis. Avec ces résultats, nous voulons retourner auprès des gens. Reprendre la discussion avec eux et ainsi leur faire retrouver le goût de la politique. Tel est le rôle que le PTB peut jouer dans la démocratie. »

Question et réponse

« La démocratie est un concept actif, a complété Peter Mertens. Pour nous, c’est un processus d’interaction et de questionnement continu. C’est quand même unique, non ? Démarrer une campagne électorale par un grand questionnaire adressé à la population. Qui fait cela aujourd’hui ? La réponse est : le PTB+. Démocratie pour nous ne signifie pas noircir une petite case le 25 mai et puis se taire pendant cinq ans. Non, c’est un processus permanent de question et de réponse, que nous entamons avec la campagne électorale et qui ne s’arrête jamais. C’est ancré dans notre façon de travailler. Nous ne sondons pas dans le vide, nous sondons dans l’impact de certaines propositions et solutions bien précises. Nous entrons donc en dialogue permanente avec les gens, et sur notre programme, et sur nos propositions. »

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