Delhaize :: La restructuration en 7 questions

Delhaize a annoncé un plan de restructuration jamais vu dans l’histoire du groupe. Au programme, une triple attaque contre les travailleurs. Tout d’abord, la fermeture de 14 magasins. Ensuite, la suppression de 2 500 emplois et, finalement, des attaques contre les salaires et conditions de travail du personnel. Pourquoi un tel bain de sang social ? Quelle logique est derrière ? Quelles réponses possibles ?

Le groupe Delhaize se porte-t-il mal ?

Delhaize Belgique a enregistré des revenus de 5,1 milliards d’euros en 2013. Il s’agit d’une augmentation de 3 % par rapport à 2012. La part de marché de Delhaize est restée stable. Autour de 25 % de part de marché.

En 2013, le groupe a redistribué des dividendes aux actionnaires en hausse de 11 % par rapport à 2012. Au total près de 160 millions d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires.

Est-ce le coût salarial qui est la cause du plan de restructuration ou le coût du capital ?

C’est la volonté des actionnaires d’augmenter encore leurs dividendes qui est la cause principale de la restructuration actuelle. L’entreprise fait des bénéfices, verse des dividendes mais pas assez pour les actionnaires. Comme le dit le dernier tract de la CNE-LBC : « 160 millions d’euros distribués aux actionnaires en 2013 (+ 11% par rapport à 2012) : en les divisant par deux, Delhaize pourrait payer les salaires des 2 500 postes menacés! »

(Les dividendes correspondent au montant que chaque actionnaire touche à la fin de l’année pour les actions qu’il possède. Ce sont en quelque sorte les « intérêts » que chaque action rapporte. On appelle cela aussi le coût du capital.)

Ou est passé l’argent ?

En 8 ans, le groupe Delhaize a accumulé plus de 3 milliards d’euros de bénéfices nets. Il n’a pas été une seule année en perte.

En 6 ans, le centre de coordination du groupe (la banque interne du groupe) a bénéficié de plus de 500 millions de cadeaux fiscaux sous forme d’intérêts notionnels.

Toutes ces sommes ont été grossir les poches déjà bien remplies de quelques actionnaires.

Aujourd’hui, les travailleurs sont bien en droit de poser la question : « Ou est passé l’argent ? » Pourquoi va-t-on mettre des milliers de familles dans la détresse sociale et financière pour économiser quelques dizaines de millions d’euros ? Alors que, dans le même temps, une petite minorité a les poches bien remplies grâce aux prestations des travailleurs de l’entreprise.

Les coûts salariaux de Delhaize sont-ils plus élevés que chez la concurrence ?

Les salaires de chez Delhaize ne sont pas tellement différents de ceux de chez Colruyt. Ils sont plus élevés que ceux d’Aldi et de Lidl. Et les directions de la distribution utilisent chaque différence pour mettre en concurrence les travailleurs et pour les entraîner dans une spirale vers le bas. Objectif ? Des salaires et des conditions de travail « low-cost » pour tout le monde.

Dans la situation actuelle, chaque recul en terme salarial dans une entreprise est utilisé pour justifier la mise sous pression des travailleurs dans les autres entreprises.

En 2010, la direction a imposé un large plan de restructuration à Carrefour. Elle dénonçait le « coût salarial trop élevé » des travailleurs de Carrefour. On a alors – par exemple – supprimé le 1/4 d’heure de pause payé auquel chaque travailleur avait droit par tranche de 4 heures travaillées. Aujourd’hui, Delhaize réclame aussi la suppression du 1/4 d’heure payé au nom du fait qu’il s’agit là d’un « extra » intenable pour l’entreprise.

Doit-on baisser nos salaires pour sauver les emplois ?

NON. Ce serait socialement injuste mais aussi très dangereusement économiquement. Moins de salaire, cela veut dire moins de consommation. Moins de consommation, cela veut dire moins de vente et donc la fermeture de nouveaux magasins. C’est la logique infernale des grands patrons qui veulent toujours faire plus de profit sur le dos des travailleurs mais qui, en faisant cela, scie la branche sur laquelle ils sont assis car ce sont encore les travailleurs qui font tourner l’économie grâce à leur consommation.

Quelles solutions ?

Plusieurs pistes sont possibles :

1°) Continuer la résistance pour refuser le chantage de la direction. Pas de licenciements. Pas de fermetures. Et pas de baisses salariales. Rien ne le justifie. Les salariés voient leurs salaires bloqués depuis près de 6 ans. On ne peut pas en dire de même des dividendes des actionnaires qui, eux, continuent de grimper. Les salariés ont déjà plus qu’assez donné.

2°) Le gouvernement doit réellement soutenir les travailleurs en lutte en prenant 2 mesures concrètes :

- Interdire les licenciements collectifs dans les entreprises qui font des profits sous peine de sanction financière. Quelles sanctions possibles ? En premier lieu, le remboursement de tous les cadeaux fiscaux consentis par le gouvernement. Dans le cas de Delhaize, il s’agit par exemple des 500 millions d’intérêts notionnels accumulés ces 6 dernières années. Cela aurait un effet des plus dissuasifs.

- Limiter la concurrence entre les travailleurs du secteur en établissant un statut « commerce » unique (comme il y en a dans d’autres secteurs) applicable pour tous les travailleurs du secteur. Ce statut serait régit par une commission paritaire unique pour tout le secteur.

Qui sont les (grands) actionnaires de Delhaize ?

1°) Les « Familles Delhaize et apparentées » qui détiennent 20 % du groupe. En 2012, la famille Delhaize occupait la 99ème place du top 200 des familles belges les plus riches de Belgique établit avec un patrimoine de 107 millions d’euros. (Source : Ludwig Verduyn)

2°) City Bank (US) qui détient 10,62 % du groupe. C’est une des plus grosse banque américaine.

3°) Le fonds d’investissement Silchester International Investors (GB) qui détient 10 % du groupe. Ce fond regroupe de très gros investisseurs.

4°) Toute une série de fonds d’investissement américains ou britanniques pour la plupart.

 

Fiche technique
Le groupe Delhaize est un distributeur alimentaire belge international actif dans 9 pays sur 3 continents. A la fin du 1er trimestre 2014, son réseau de vente était constitué de 3520 magasins. en 2013, la groupe Delhaize a réalisé des revenus de 21,1 milliards d’euros et un bénéfice net de 179 millions d’euros (bénéfice d’exploitation = 487 millions d’euros). Fin 2013, le groupe employait approximativement 160.000 personnes. Le groupe emploie 14.878 personnes en Belgique. La Belgique génère 24 % des revenus avec moins de 10 % du personnel.

 

Fiche financière

 

 

2012 (en millions d’euros)

2013

Différence

Bénéfice d’exploitation du groupe

415

487

+17,3 %

Bénéfice net attribuable aux actionnaires

104

179

+71,8 %

Dividende net par action

1,05 euro

1,17 euro

+11,4 %

Revenus en Belgique

4992

5071

+3 %

Bénéfice d’exploitation en Belgique

201

187

-7 %

 

 

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Commentaires

Une preuve supplémentaire que le capital n'est plus au service du travail alors que ce même capital se construit sur le travail, soit un système capitaliste qui se nie lui même ... Ou ceci nous mènera -t-il ? Quelle parade le système mettra-t-il en place pour échapper au poids de ses propres contradictions ? Il est temps que l'Etat reprenne les rennes de l'économie et de la finance, c'est sa vocation !
Entièrement d'accord avec vous. Petite nuance toutefois : la capital n'a jamais été qu'au service de lui-même et jamais à celui du travail. Ce qui se passe, c'est que la classe ouvrière affaiblie est encerclée de toutes part par une meute de hyènes de plus en plus gloutonnes au fur et à mesure qu'elles n'ont plus peur d'une réaction de taille. Si un jour il y en a une (nous l'espérons tous), la peur les fera lâcher à nouveau des concessions plus ou moins importantes, comme après la seconde guerre mondiale... Bon dimanche!
Bonsoir et merci pour cet excellent texte. Pour vous signaler ce qui est peut-être une coquille? Dans l'introduction vous écrivez "la suppression de 2 500 personnes", il s'agit de la suppression de 2500 emplois, la nuance est importante ;)
Merci pour votre attention. La coquille a été corrigée...
Excellente étude très instructive et qui une fois de plus démonte le mécanisme d'exploitation des travailleurs!
Très bon article, à diffuser largement ! Heureusement que le PTB est avec nous et nous soutien ! Merci les gars !