Si on offre au privé tout ce qui est rentable et qu'on laisse au public le reste, ce sera un gouffre financier pour bpost. Photo : emmapatsie/Flickr

De Croo offre notre marché postal au privé sur un plateau d'argent (public)

Le Conseil des ministres a approuvé vendredi passé un nouveau projet de loi sur les services postaux. Tout droit sorti des tiroirs de la Commission européenne, ce projet revoit à la baisse les conditions d'accès au marché postal belge pour les entreprises privées. Ce qui entraînera une diminution de la qualité du service et menacera directement la survie financière de notre service postal public.

Jusqu'à présent, pour entrer sur le marché postal belge, une entreprise privée était tenue de respecter les conditions suivantes :

  • passer chez les gens au moins deux fois par semaine.
  • couvrir tout le pays dans les 5 ans.
  • appliquer le même tarif dans tout le pays.

Désormais, seule l'entreprise publique bpost sera tenue de respecter ces conditions. Pour le privé, ce ne sera plus le cas.

Prenons un exemple des conséquences pour les usagers. Imaginons que vous habitiez à l'écart d'un petit village, dans une zone couverte par une entreprise autre que bpost. Pour livrer votre courrier, le facteur prend 15 minutes. Aujourd'hui, cette entreprise est tenue de le faire au moins deux fois par semaine, sans augmentation tarifaire. Ce que prévoit la nouvelle loi, c'est soit de pouvoir abaisser la fréquence de passage, soit de vous faire payer la différence, soit de carrément supprimer votre maison de la zone à desservir…

Pour le PTB, cette logique est dangereuse tant pour la qualité du service que pour la survie d'un réel service postal universel en Belgique. En effet, si on offre au privé tout ce qui est rentable et qu'on laisse au public le reste, ce sera un gouffre financier pour bpost. bpost devra sans cesse être renfloué par l’État, c'est-à-dire le contribuable... À terme, les standards du service universel – que bpost a l'obligation d'assurer – pourraient même être revus à la baisse, si l'on juge qu'ils ne sont pas tenables financièrement (1). Ou pire, cela pourrait précipiter la disparition d'un service postal public... Au nom de la concurrence, De Croo joue un rôle dangereux. Il met de fait en place une distorsion de la concurrence aux frais de l’État, en permettant aux entreprises privées d'être plus concurrentielles que bpost. En cela, il répond aux exigences de la Commission européenne, qui cherche à casser ce qui reste de service public dans notre pays.

Le projet de loi prétend également garantir la qualité de l'emploi dans le secteur postal. Notamment pour éviter le dumping social et les faux-indépendants. Mais que nous enseignent les expériences des pays qui ont déjà libéralisé le marché postal ? Aux Pays-Bas, l'entreprise Postnl – également active en Belgique – n'utilise pratiquement que des faux indépendants, pour un « salaire » net d’environ 1400 euros par mois. Est-ce cela le modèle de De Croo ?

Pour le PTB, la meilleure garantie tant pour la qualité du service que pour assurer de bonnes conditions de travail, c'est de revenir à un service postal 100 % public. Cette revendication, portée aussi bien par les travailleurs que par les usagers, est la condition de base pour développer un service postal de qualité, qui respecte les postiers et qui soit financièrement cohérent.

 

(1) Le service universel est un service postal que bpost a l’obligation de garantir sur tout le territoire, à une qualité déterminée et à un prix abordable. Ce service comprend :

  • la levée, le tri, le transport et la distribution de lettres, de publicités adressées, de journaux et de périodiques jusqu’à 2 kg;
  • la levée, le tri, le transport et la distribution de colis postaux jusqu’à 10 kg;
  • la distribution des colis postaux reçus d'autres États membres et pesant jusqu’à 20 kg;
  • les services relatifs aux envois recommandés et aux envois à valeur déclarée.

Voir http://www.bipt.be/fr/operateurs/postal/services-postaux-universels-et-non-universels

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Commentaires

C'est scandaleux de vouloir favoriser le secteur privé au détriment du service public ... pour ensuite, à moyen terme, ne plus intervenir financièrement dans les frais supplémentaires en cas de difficultés budgétaires. A quand irons-nous chercher notre courrier à la poste dans une boîte aux lettres dédiée. C'est du n'importe quoi ... c'est cela l'Europe ... tout ce qui est rentable pour le privé, tout ce qui ne l'est pas pour le public. Qui paiera la note ? VOUS !
on n'est diriger pas des corrompus il faut du changement total
La concurrence dans un service postal est contraire à l'allocation optimale des ressources