Crédits-temps, jeunes chercheurs d'emploi, travailleurs âgés… Tous sous pression

auteur: 

Axel Bernard

Tout ce qui peut soulager la carrière d'un travailleur (crédit-temps, complément d'allocations pour temps partiel...) est remis en cause par le gouvernement Michel–De Wever. Les demandeurs d’emploi sont aussi visés. Aperçu (non-exhaustif).

Les jeunes à la recherche d’un premier emploi : + 8 000 exclus du chômage

Le gouvernement Michel–De Wever s’attaque aux jeunes qui ne trouvent pas d’emplois.

Giovanni a 25 ans. Après avoir passé 12 mois à l’étranger et avoir redoublé une année, il vient de finir ses études supérieures. Il est à la recherche d’un emploi. Il s’inscrit au chômage et, tout en cherchant du boulot, il travaille de temps en temps dans l’Horeca. Actuellement, il bénéficie d’allocations d’insertion après un stage de 12 mois.

L’accord du gouvernement Michel – De Wever prévoit de durcir l’accès aux allocations d’insertion. Les jeunes de moins de 21 ans doivent obligatoirement avoir leur diplôme secondaire. Et l’âge maximum pour introduire une demande d’allocations d’insertion est réduit à 25 ans (au lieu de 30 ans actuellement).

Avec le projet du gouvernement, Giovanni, qui a 25 ans, ne pourra tout simplement plus introduire une demande d’allocations d’insertion. En 2013, 100 000 personnes survivaient avec des allocations d’insertion. La limitation d'âge à 25 ans et l'obligation pour les moins de 21 ans d'avoir un diplôme vont priver de ces allocations entre 7 000 et 8 000 jeunes par an. Ces derniers vont rejoindre les milliers de jeunes chômeurs (25 000 au moins selon la FGTB) qui, au 1er janvier 2015, vont être exclus suite aux mesures prises par le gouvernement précédent, dirigé par Elio Di Rupo (allongement du stage d’attente de 9 à 12 mois et limitation à 3 ans du bénéfice des allocations).

Ces mesures auront un autre effet. Les étudiants doivent avoir fini leur stage d’insertion (de 12 mois minimum) avant d’avoir 25 ans accompli, donc à 25 ans moins un jour au plus tard. Cela implique que, pour avoir accès aux allocations d’insertion, il faut être sorti du parcours scolaire à 24 ans moins un jour. Cela veut dire que « pour des études de niveau master (5 ans au moins), aucune année ratée n’est permise. », note Ludovic Voet, responsable régional Jeunes CSC Mons-La Louvière. Et, « pour les jeunes en retard scolaire en secondaire (près d’un élève sur 2), seul le niveau bachelier est encore permis. » Enfin, pour ceux qui n’auront pas leur diplôme secondaire entre 18 et 21 ans, l’exclusion du chômage va encore plus enfoncer des jeunes qui sont en décrochage scolaire.

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 74 millions en 2015.

Le crédit-temps sans motif : plus aucun complément de l’Onem

Le gouvernement Michel–De Wever s’attaque aux travailleurs en crédit-temps.

Benjamin est papa de deux enfants qui ont 14 et 16 ans. Il travaille depuis 7 ans comme employé. Il envisage de consacrer plus de temps au suivi de ses ados. Il peut actuellement solliciter un crédit-temps « sans motif » à temps plein, à mi-temps ou à 1/5e et même obtenir un coup de pouce financier de l'Onem.

L’accord du gouvernement Michel–De Wever prévoit que : « L'allocation pour le crédit-temps et l'interruption de carrière sans motif sera supprimée. »

Après le 1er janvier 2015, Benjamin pourra toujours solliciter son crédit-temps, mais l'allocation de soutien auquel il avait droit sera par contre supprimée. Pour beaucoup de travailleurs, ce coup de pouce financier de l'Onem (de 100 à 400 euros par mois) permettait de prendre un peu de temps pour soi après avoir travaillé un certain nombre d'années : réaliser un beau voyage, retaper sa maison...

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 47 millions en 2015.

Temps partiel : 40 000 femmes encore plus fragilisées

Le gouvernement Michel–De Wever s’attaque aux travailleurs à temps partiel.

Nadia travaille à temps partiel dans un supermarché. Elle bénéficie d’une indemnité complémentaire du chômage : l’allocation garantie de revenu (l’AGR). Ce complément lui permet de garder le même niveau de vie que si elle était au chômage.

L’accord du gouvernement Michel–De Wever prévoit que : « L’AGR pour les travailleurs à temps partiel est calculée à nouveau comme avant 2008. Après 2 ans de travail à temps partiel avec complément AGR, ce complément sera réduit à 50 %. »

Nadia risque ainsi de perdre jusqu’à 20 % de ses revenus. Cette perte sèche va surtout fragiliser encore plus les femmes. En aout 2014, 41 000 travailleuses à temps partiel bénéficiaient d’un complément du chômage (pour 11 000 hommes). Près de 44 % des femmes travaillent en effet à temps partiel (pour 9% des hommes), souvent dans des secteurs à bas salaires, aux horaires flexibles et dans des conditions de travail précaires, comme dans le nettoyage, le secteur des soins, la vente, etc.

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 105,7 millions en 2015.

Chômage temporaire : jusqu’à 9% de revenus en moins

Le gouvernement Michel–De Wever s’attaque aux droits des travailleurs en chômage temporaire.

Jean est ouvrier dans une entreprise qui connaît des difficultés économiques. Son employeur lui annonce qu’il est mis en chômage économique. Actuellement, Jean bénéficie d’une allocation représentant 70 % de son salaire.

L’accord du gouvernement Michel–De Wever prévoit que : « Le gouvernement prendra des initiatives pour éviter les abus de chômage temporaire. »

Suite à cet accord, le gouvernement a décidé que l’allocation versée diminuerait à 65% de son salaire. Si on y ajoute les effets du saut d’index, cela signifie que Jean pourrait perdre jusqu’à 9% de son pouvoir d’achat. En 2013, 170 000 personnes étaient concernées par le chômage économique (des ouvriers à 92%). Par ailleurs, la durée moyenne de ce chômage temporaire est de 79 jours. Le gouvernement veut aussi limiter la durée maximale autorisée pour maintenir un travailleur en chômage temporaire.

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 68 millions en 2015.

Le crédit-temps de fin de carrière : reporté de cinq ans

Le gouvernement Michel – De Wever s’attaque au crédit-temps des travailleurs âgés.

Gérard a 57 ans. Il travaille depuis 34 ans, dont 8 auprès de son employeur actuel. il désire diminuer son rythme de travail et s’occuper un peu de ses petits-enfants. Actuellement Gérard peut bénéficier d’un crédit-temps de fin de carrière qui permet à partir de 55 ans de passer à mi-temps ou en 4/5ème tout en bénéficiant d’un complément de l’Onem.

L’accord du gouvernement Michel – De Wever prévoit que : « Les crédit-temps spécifiques fin de carrière entre 50 et 54 ans disparaîtront et la limite de 55 ans est portée à 60 ans à partir du 1er janvier 2015 pour les premières demandes. »

Après le 1er janvier 2015, Gérard devra encore attendre d’avoir 60 ans avant de pouvoir souffler un peu tout en continuant à travailler. Près de 77 000 personnes bénéficiaient de ce régime particulier en 2013. Par ailleurs, pour des métiers difficiles (impliquant le travail de nuit par exemple) ou pour des travailleurs d’entreprises en difficulté, la possibilité de bénéficier d’un crédit-temps spécifique dès 50 ans disparaîtra purement et simplement.

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 23 millions.

Travailleur âgé licencié : jusque 29 % de revenus en moins

Le gouvernement Michel–De Wever s’attaque aux travailleurs âgés qui perdent leur travail.

André a 56 ans et travaille depuis plus de 20 ans. Il est licencié sans pouvoir bénéficier du régime de prépension. Comme il a plus de 55 ans, André bénéficie, après un an de chômage, d’un « complément d’ancienneté », un montant supplémentaire d’allocations dont le montant dépend de la situation familiale.

L’accord du gouvernement Michel – De Wever prévoit que : « le complément d’ancienneté pour les chômeurs âgés sera supprimé pour les nouveaux entrants à partir du 1er janvier 2015. »

La CSC a calculé la perte sur base des montants maximum d’allocations dont peut bénéficier un chômeur âgé : s’il est isolé, André aura 133,12 euros en moins. S’il est cohabitant, il perdra 214,76. Et si André était un cohabitant de plus 58 ans, il toucherait 322,14 euros en moins, soit une perte de 29 % d'allocations.

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 18 millions.

De plus, les chômeurs âgés seront beaucoup contrôlés puisque le gouvernement a aussi décidé que « la disponibilité active et passive des chômeurs pour un emploi sera étendue à 65 ans. » Avec cette dernière mesure, le gouvernement espère réaliser une économie de 26,3 millions.

Prépensions : reportées de deux à cinq ans

Le gouvernement Michel–De Wever s’attaque aux droits des travailleurs prépensionnables.

Patricia a 59 ans. Employée administrative depuis 35 ans, elle prévoit de partir l’année prochaine en prépension.

L’accord du gouvernement Michel–De Wever compte relever l’âge normal de la prépension de 60 à 62 ans dès 2015. En outre, l’âge conditionnel de 56 ans pour les longues carrières est retardé à 58 ans à partir de 2015 et à 60 à partir de 2017, l’âge conditionnel de 58 ans pour les longues carrières et les professions lourdes est retardé à 60 ans à partir de 2017, et l’âge conditionnel pour les travailleurs d’entreprises en difficulté ou en restructuration est retardé à 60 ans à partir de 2017.

Patricia devra encore attendre 3 ans avant de bénéficier de la prépension. Les différentes mesures du gouvernement vont retarder l’âge de la prépension d’au moins de deux ans pour toutes les catégories de travailleurs, voire même plus pour certaines catégories : de quatre à cinq ans pour les travailleurs d’entreprises en restructuration. En 2013, notre pays comptait 111 000 prépensionnés. Officiellement, on les appelle « chômeurs avec complément d’entreprise ».

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 110,1 millions.

Travailleurs licenciés : des allocations rabotées

Le gouvernement Michel–De Wever s’attaque à tous les travailleurs qui perdent leur boulot.

Steven est licencié après trois ans de travail. Le mois dernier, il venait de voir son salaire augmenter.

L’accord du gouvernement Michel–De Wever prévoit que : « Les sanctions administratives seront renforcées, et le mode de calcul des allocations sera basé sur les 12 derniers mois de salaire (au lieu du dernier mois). »

L’allocation de chômage à laquelle Steven aurait eu droit va donc diminuer puisqu’elle n’est plus calculée sur son dernier mois de salaire.

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de 60 millions.

Steven devra également tenir compte du renforcement des sanctions administratives et d’une autre mesure prévue par le gouvernement : « Les travailleurs dont le préavis a été notifié, doivent s’inscrire dans le mois suivant le début du préavis comme demandeur d’emploi. Cette inscription est une condition pour pouvoir bénéficier des allocations de chômage. »

Avec le renforcement des sanctions, le gouvernement espère réaliser une économie de 20 millions.

Travailleur malade : après 3 mois, forcé de retourner travailler ?

Le gouvernement Michel – De Wever s’attaque aux travailleurs malades.

Gina vient d'avoir 58 ans. Elle est en burn-out. Elle est en incapacité de travail depuis 3 mois. Elle bénéficie du soutien de l'Inami.

L’accord du gouvernement Michel–De Wever envisage une « réforme approfondie de l'incapacité de travail ».  Pour voir « ce que les intéressés peuvent encore faire ». Un plan pour une « réintégration plus rapide sur le marché du travail » sera mis en place après 3 mois d'incapacité de travail. « Le gouvernement contrôlera plus sévèrement et plus régulièrement l’application des conditions d'attribution ». Enfin, les mutuelles seront davantage responsabilisées pour leur gestion de l'incapacité de travail. « En clair, si leurs médecins conseils (qui contrôlent la réalité de l'incapacité) sont plus sévères, elles toucheront davantage », note La Libre Belgique du 9 octobre.

Pour Gina, comme pour les 320 000 travailleurs recensés en invalidité en 2013, l'avenir s'annonce sombre. Ses rapports à l'Inami et à sa mutuelle vont changer, puisque toute l'orientation que le gouvernement veut donner à ces institutions est de les responsabiliser et d'augmenter le contrôle en vue d'augmenter le taux de retour au travail. Les problèmes d'invalidité et d'incapacité concernent essentiellement les personnes de 55 ans et plus. En repoussant l'âge de la retraite, « le gouvernement a gonflé le contingent des travailleurs susceptibles d'être en invalidité ou en incapacité de travail », commentait récemment un conseiller de l'Inami. Bref ce que le gouvernement espérait gagner d'un côté (faire travailler plus longtemps), il le perdait de l'autre (gonfler le contingent de travailleurs malades). Mais, avec un contrôle renforcé, il espère retrouver le gain perdu.

Avec cette réforme, le gouvernement espère réaliser une économie de près de 300 millions.

Conclusion

Le PTB rejette les politiques d’austérité qui font payer la crise aux travailleurs du début jusqu'à la fin de leur carrière.

Nous sommes en effet face à une logique infernale. D'un côté, le gouvernement remet en question des mécanismes qui permettent d'aménager la carrière pour souffler un peu au-delà de 55 ans (crédit-temps de fin de carrière, prépension...) ou pour réaliser un projet personnel qui nous tient à cœur (crédit-temps sans motif). L’objectif est clair : nous maintenir au travail le plus longtemps possible. Qu’importe qu’il y ait 600 000 chômeurs. Qu’importe que travailler plus longtemps rende malade. D'un autre côté, l'ensemble des demandeurs d'emploi sont mis sous pression par le gouvernement pour les contraindre à trouver un job. N’importe quel job.

Cette logique est d’autant plus infernale qu’elle se fait dans un contexte où on détruit l’emploi : l’emploi public, l’emploi qui se libèrerait si on permettait aux anciens d’aller à la pension ou de souffler un peu. Le gouvernement spécule sur le fait que des cadeaux en tout genre aux patrons vont permettre de créer de l’emploi. Aucune étude ne l’a prouvé jusqu’ici. La seule certitude, c’est que cela permettra d’enrichir encore plus les actionnaires.

Il est temps de sortir de cette logique infernale en arrêtant de forcer les aînés à rester au travail et en arrêtant la chasse aux chômeurs. Donnons-nous les moyens d'investir dans la création d’emplois stables, des emplois publics, dans l’innovation, dans un renouveau social, écologique et démocratique en activant la richesse de notre pays, celle qui dort chez les milliers de millionnaires que notre pays connaît, celle qui se trouve dans les bénéfices gigantesques de multinationales qui ne paient d’impôts… Plus d'infos : www.ptb.be/plancactus

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Commentaires

on fait payer aux chômeurs la crise de 2008 à causes des banques et des politiques mais pas aux riches fortunes mais eux payent pas d'impôt!!!!
Bonjour, que se passe-t-il avec les pensions de survie actuellement ? On a oublié la pension des invalides.
a force de serrer la visse il y a plus de gens qui vont baisser les bras MR= mauvaise logique vive demain tous au cpas plus peur de l huissier du flic du medecin conseil de onem il y a pas pire que qelqun qui n a plus rien a perdre