Photo Solidaire, Karina Brys

Comment la semaine de 30 heures réduit l’écart salarial entre hommes et femmes

En 2016, les femmes gagnent toujours 20 % de moins que les hommes. Un facteur important est que les femmes travaillent plus souvent à temps partiel. Et, dans la plupart des cas, ce n’est pas par choix. Une mesure ambitieuse s’impose.

Il y a trois semaines, Marianne, l’organisation de femmes du PTB, organisait une journée de commémoration de la grève des ouvrières de Herstal en 1966. Leur revendication était « À travail égal, salaire égal ». Des milliers de femmes arrêtaient le travail, marchaient dans les rues pour un salaire meilleur.

Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, la FGTB et Zij-kant, mouvement féministe progressiste, mènent une action. Avec leur campagne « Equal Pay Day », ils dénoncent l’écart salarial : en 2016, les femmes gagnent toujours 20 % de moins que les hommes.

Equal Pay Day, qui  tombe cette année le 13 mars, pointe cette inégalité salariale : c’est le jour où les femmes ont enfin gagné autant que les hommes en 2015. Concrètement, ce que les hommes ont gagné du 1er janvier au 31 décembre 2015, les femmes le gagnent en travaillant presque trois mois de plus, jusqu’au 13 mars 2016.

Malgré le fait que l’écart salarial diminue avec les années, il est toujours obstinément présent. Quelques questions s’imposent donc. Comment est-il toujours là ? Qu’est-ce qui est à la base de cette inégalité salariale ? Et, surtout : que pouvons-nous y faire ?

Un facteur important de l’écart salarial est que les femmes travaillent beaucoup plus souvent à temps partiel. 45 % des femmes travaillent à temps partiel. Pour certaines, c’est un choix personnel. Mais, dans la plupart des cas, ce n’est pas du tout un choix personnel. Seulement 8,5 % de toutes les  femmes qui travaillent à temps partiel déclarent qu’elles ne veulent pas travailler à plein temps. C’est ce qui ressort des chiffres venant de la FGTB et de Zij-kant à l’occasion de l’Equal Pay Day. Pourquoi tant de femmes travaillent-elles à temps partiel ?

Annie est une jeune célibataire de 26 ans. Elle travaille depuis cinq ans pour une chaîne de magasins qui vend des produits de soins. Depuis cinq ans, elle a un contrat de travail à mi-temps. Elle aimerait faire inclure plus d’heures de travail dans son contrat, mais elle ne parvient pas à se faire entendre par son employeur. Pour gagner un peu plus, elle fait chaque semaine le ménage dans deux familles. Ce n’est pas évident car son horaire de travail change parfois, et alors elle doit s’organiser. Mais même quand elle y arrive, elle n’a que de faibles revenus.

Certaines femmes qui ont un contrat à plein temps prennent la décision de travailler quelques heures de moins. Mais ce n’est pas pour pouvoir souffler.

Yamina travaille comme employée de bureau et elle a trois enfants. Combiner les enfants, le ménage et le travail n’a jamais été simple. Son mari est chauffeur de poids-lourds et il est souvent parti de la maison pour de longues périodes. Quand la mère de Yamina a eu besoin d’aide, la pression sur la famille a augmenté. Quelqu’un devait s’occuper d’elle. Les coûts pour une aide à domicile, en plus des coûts de scolarité pour trois jeunes enfants ont fait que Yamina a décidé de travailler à 4/5e. Sa sœur a fait  la même chose. Cela leur a permis de prendre en charge une grande partie des soins.

Dans beaucoup de familles, il est très difficile de combiner travail - ménage - enfants et il devient impossible d’assumer deux pleins temps. Un des deux - et la plupart du temps c’est la femme - travaillera moins d’heures. Des systèmes de crédit-temps sont une sorte de solution parce que quelques petites compensations sont prévues par les autorités. Mais souvent cela ne permet pas de gagner assez de temps, alors les travailleuses optent pour un temps partiel ou une interruption de carrière.

Une perte de salaire et une indépendance financière limitée sont les conséquences directes du  travail à temps partiel et de l’interruption de carrière. De plus, cette perte de salaire influencera le calcul de la pension. Ce n’est donc pas étonnant que la moitié des femmes pensionnées doivent se contenter d’une pension d’un montant inférieur au seuil de pauvreté. En allongeant les carrières et en haussant l’âge de la pension, c’est encore plus grave et plus de femmes pensionnées encore tomberont dans la pauvreté.

Les salaires inégaux sont une grande cause d’inégalité au détriment des femmes. S’attaquer à l’écart salarial est très important dans la lutte contre l’inégalité entre hommes et femmes. Nous ne devons rien attendre de la part de nos dirigeants actuels, leur gestion exacerbe l’inégalité de façon criante. Il existe cependant des propositions qui pourraient diminuer efficacement cette injustice.

Nous avons besoin de réglementations ambitieuses qui permettraient aux travailleuses de combiner famille, soins et travail à plein temps. Ces mesures permettraient aux femmes d’être financièrement plus à l’aise et d’avoir plus de chances de réaliser des carrières complètes.

Une de ces mesures serait d’appliquer la semaine des 30 heures (en gardant le même salaire et avec embauche compensatoire). L’inégalité salariale démontre clairement que pour beaucoup de familles et de parents seuls, la semaine de 38 heures n’est pas tenable. Ils sont obligés de recourir à des mesures individuelles avec de lourdes répercussions. En abaissant la norme de 38 à 30 heures semaine pour un temps plein, cela répond beaucoup mieux aux besoins des familles qui ne réussissent pas actuellement à combiner travail et vie de famille. Une enquête européenne démontre que les femmes considèrent que 30 heures de travail par semaine est idéal. Une telle diminution collective du temps de travail permettrait aux femmes de réaliser une carrière complète, d’être plus indépendantes financièrement aussi bien pendant la carrière qu’à la pension. Ceci ne vaut pas seulement pour les familles mais aussi pour les parents seuls pour qui combiner tout n’est vraiment pas facile.

Pour les femmes coincées dans un travail à temps partiel comme Annie, la diminution du temps de travail créerait la possibilité de travail à temps plein ou de gagner plus pour les heures prestées. Une diminution conséquente du temps de travail est une méthode éprouvée pour créer des jobs de qualité et pour permettre à plus de gens de travailler à temps plein.

En diminuant le temps de travail, les hommes et les femmes ont aussi plus de temps libre pour les tâches ménagères et pour se partager mieux les soins à assumer.

Aujourd’hui, les femmes ont encore en moyenne 7 heures de moins de temps libre que les hommes. La semaine de 30 heures permettrait plus d’équilibre.

À Göteborg, en Suède, des assistantes infirmières d’une maison de repos ont pu tester la semaine des 30 heures. Elles témoignent qu’elles ont apprécié leur nouveau rythme de travail, le temps qu’elles ont pu consacrer à elle-même, la possibilité de faire d’autres choses à côté du boulot. Au lieu de subir, elles profitent pleinement de la vie.

La semaine de 30 heures est-elle une pilule magique qui résoudrait toutes les inégalités entre hommes et femmes ? Non. Mais elle offre la possibilité de s’attaquer sérieusement au problème. Elle crée un cadre matériel à l’intérieur duquel les femmes pourront plus facilement travailler à temps plein, où les tâches effectuées principalement par des femmes pourront être mieux partagées, où les femmes pourront avoir plus de temps libre. Qu’attendons-nous pour le faire ?

 

Maartje De Vries est présidente de Marianne, l’organisation de femmes du PTB

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Commentaires

Votre analyse manque de lucidité. Ce n'est pas l'écart salarial le problème, mais les véritables cas de sexisme sur le lieu de travail ou une mentalité sexiste qui assignerait à une femme un rôle dont elle ne veut pas. Il faut combattre ça. Cependant vous comprenez mal ce que ces statistiques reflètent. Vous parlez du travail à temps partiel, mais vous omettez l'essentiel: cette moyenne reflète surtout les différences de métiers entre les hommes et les femmes. Si la discrimination doit effectivement être combattue, ces chiffres reflètent surtout des différences dans les choix professionnels. Les femmes s'orientent plus que les hommes vers des carrières dans le social, l'humain, des métiers qui sont aujourd'hui souvent dévalorisés. Ce que ces chiffres reflètent vraiment, c'est surtout le peu de considération que notre société porte aux professions plus sociales et moins directement utiles à la croissance économique. La moyenne des salaires de toutes les femmes ne va pas magiquement devenir égale à celle des hommes dès que toute forme de discrimination aura été éradiquée. Vous trouverez d'ailleurs toujours une différence salariale entre deux groupes différents, peu importe lesquels: vieux vs jeune, personnes blondes vs personnes brunes etc. Ça ne veut rien dire en soi. Voila pourquoi une analyse correcte de ces chiffres est cruciale. Les comportement des hommes et des femmes, même sans aucune pression sociale, sont légèrement différents en moyenne, et de manière constante. Légère différence qui tendientellement va générer des choix professionnels différents qui a grande échelle vont donner lieu à un écart salarial, qui ne reflète pas nécessairement une injustice. Alors arrêtez de sortir ces "20%" à tout bout de champ en leur prêtant votre vision biaisée et scientifiquement invalide. C'est le genre de chose qui discrédite la gauche.