Embourbé dans les scandales Publipart et Telenet, Siegfried Bracke a perdu de sa crédibilité auprès du grand public. Au point qu’il s’est retiré comme future tête de liste pour les élections communales à Gand. De quoi inspirer des artistes de rue... (Photo Solidaire, Dieter Boone)

Comment la caste politique sert des intérêts particuliers

« C’est l’histoire d’un élu qui entre dans un conseil d’administration… » On pourrait presque en faire une blague belge, tant la culture de la cupidité semble répandue chez nos politiciens. Retour sur un début d’année « affairé ».

« Ce qui était impossible hier est devenu possible aujourd’hui », a constaté Frédéric Gillot, député régional wallon du PTB. Car si, au départ, la commission d’enquête sur l’affaire Publifin s’annonçait comme une grande farce de l’entre-soi des partis traditionnels, la pression de la population a permis d’y faire siéger le PTB, sans droit de vote toutefois. 

Depuis, Fred Gillot donne chaque jour un compte-rendu des séances sur sa page Facebook. Même si certaines sessions de la commission d’enquête se tiennent… à huis clos. « Certains ont même fait de gros yeux en me regardant pendant qu’ils le précisaient bien », raconte le député wallon du PTB, bien décidé à faire la transparence.

Souvenez-vous : c’est parti des 500 euros la minute pour des réunions auxquels des politiciens n’assistaient même pas. C’étaient les fameux « comités de secteur », dont Frédéric Gillot rapporte que « leur création a été le fruit de tractations entre quatre fédérations politiques (PS-MR-cdH-Ecolo), et que les présidents provinciaux de ces quatre fédérations savaient ce qu’il se passait (ou pas) dans les comités de secteur ».

L’affaire a ensuite éclaté pour dévoiler les rémunérations de l’ordre de 150 000 euros par an pour Dominique Drion (cdH), 300 000 euros par an pour le MR Georges Pire, jusqu’à 960 000 euros par an pour le PS Stéphane Moreau… 

Depuis, pratiquement pas un jour ne passe sans qu’une nouvelle affaire surgisse.

Le PTB a contribué à faire bouger les lignes, comme en poussant Alain Mathot, bourgmestre de Seraing, à démissionner de ses mandats dans Publipart et d’autres entités. Mandats qui lui permettaient de toucher 265 000 euros bruts par an. 

« Graailand »

« Des scandales comme en Wallonie ne peuvent se produire chez nous », affirmait, imperturbable, la ministre flamande  Liesbeth Homans (N-VA) le 5 février à la radio.

Mais, cinq jour plus tard, l’affaire Publifin rebondit. Publipart, un holding financier intercommunal, détenu à 65 % par Publilec, elle-même filiale de Publifin, joue l’argent public dans des fonds d’investissement liés à des entreprises qui fabriquent des armes chimiques au phosphore blanc, qui sont liés au travail des enfants, etc. Au départ, ce sont surtout des représentants de Gand et environs, comme Tom Balthazar (sp.a), Ignace Dereeper (CD&V), Christophe Peeters (Open VLD), qui sont impliqués.

Du Telenetgate au bras droit de De Wever

La N-VA voit alors l’occasion de jouer le chevalier blanc. À la VRT, Siegfried Bracke (N-VA) se lance ainsi dans une tirade où il dénonce un sp.a gantois et sa culture de cupidité politique « à la PS wallon ». Il aurait mieux fait de se taire. Le lendemain de son sermon, Bracke se prenait son boomerang en pleine figure.

Alors que les partis traditionnels de la majorité gantoise tentent d’éteindre le feu en redistribuant les postes, Tom De Meester, président du PTB Gand, décoche ses flèches à l’égard de la N-VA : « Siegfried Bracke siège lui-même depuis 2016 dans l’Assemblée générale de Publilec, dénonce-t-il à la VRT. La question est pourquoi il ne s’est jamais inquiété des investissements antiéthiques de Publipart. Et si on parle de “culture de la cupidité”, Bracke, président de la Chambre, est le politicien le plus grassement payé de notre pays, avec 305 130 euros par an. »

Mais ce n’est pas tout, car, dans la foulée, on découvre que Bracke avait eu un mandat comme « conseiller » chez Telenet, entreprise privée de télécommunications. Un mandat à 12 000 euros par an. Il n’est d’ailleurs pas le seul. Telenet paie ainsi grassement une série de politiciens, dont Patrick Dewael (Open VLD) et Yves Leterme (CD&V), qui a commencé à toucher le pactole deux semaines à peine après avoir remis sa fonction de Premier ministre en 2011. Des conflits d’intérêts ? Mais non, disent-ils, ils ne font que donner des petits conseils.

« Qui eût cru qu’il y aurait déjà une adaptation filmée du livre Graailand de Peter Mertens chaque soir aux infos ? » ironise Raoul Hedebouw au Parlement quelques jours plus tard. Le président du PTB Peter Mertens a en effet sorti à la mi-décembre un livre, Graailand (en néerlandais, c’est-à-dire « le pays des vautours/rapaces ») dénonçant la culture de cupidité en politique et dans le big business, et les liens entre les deux. 

Les députés du PTB ont alors demandé que la Commission de déontologie soit saisie concernant le cumul de la présidence de la Chambre avec un mandat dans une société privée. Si, au départ, seuls les deux députés du PTB ont voté pour, une semaine après avoir lancé la proposition, toute l’opposition la soutenait. 

C’est aussi le PTB qui a révélé que Koen Kennis, échevin anversois N-VA et bras droit de Bart De Wever, était le champion flamand du cumul : 40 mandats, et il vient d’en recevoir un 41e… Avec cela, il touche 98 787 euros par an. 

« Si les gens travaillent vraiment pour cela, il est normal qu’il y gagnent quelque chose », a réagi Bart De Wever. Les facteurs, électriciens, fleuristes, infirmières, plombiers, enseignants, dockers, employés, coiffeurs, sidérurgistes... qui touchent un salaire normal apprécieront. De même, le PTB a dévoilé que Wouter De Ploey, CEO du réseaux d’hôpitaux anversois du CPAS ZNA, gagne 450 000 euros bruts par an. Les infirmières de ces hôpitaux, qui gagnent en moyenne 41 000 euros bruts par an, comprendront sans doute que, lui, il « travaille vraiment pour cela ».

La caste

« C’est remarquable comme, en quatre ans de temps, vous avez fait de la N-VA un parti traditionnel »,  a fait remarquer Peter Mertens à Bart De Wever lors de leur confrontation mensuelle au conseil communal d’Anvers. 
Et, en effet, c’est maintenant clair : la N-VA a beau se profiler comme un parti anti-establishment, elle fait partie de cette caste politique, celle des mandataires à plus de 10 000 euros par mois. Celle qui, avec ses cumuls et ses rémunérations astronomiques, vote à son aise une hausse de la TVA ou des accises, le gel des salaires et le saut d’index, la multiplication par quatre des prix de certains médicaments… 

C’est cette caste qui vote en deux temps trois mouvements le report de l’âge de la pension à 67 ans pour les salariés, alors qu’il faut plus de deux ans aux parlementaires pour décider que, pour eux, pouvoir prendre sa pension à 55 ans n’était pas tout à fait normal. 

Or si cette caste de politiciens existe, c’est aussi et surtout pour servir les intérêts des grandes entreprises et leurs riches actionnaires. Comme Telenet, qui se paie les services du politicien le mieux payé du pays. Comme ArcelorMittal, qui paie 144 000 euros par an à Karel De Gucht (Open VLD), après qu’il a été commissaire européen au Commerce. Comme Goldman Sachs, qui a embauché José Manuel Barroso dès que son mandat à la tête de la Commission européenne est venu à échéance. Pour 10 000 euros par mois.

C’est ainsi que les grandes entreprises bénéficient d’intérêts notionnels, de rulings et autres faveurs. Car ce sont bien les millionnaires et milliardaires qui domicilient leurs sociétés au Panama ou aux Bahamas pour planquer les milliards qu’ils se sont appropriés sur le dos des travailleurs.

Mais, comme l’expliquait Peter Mertens à la sortie de son livre, « pour pouvoir maintenir cette sorte de capitalisme de fraude légale, ces millionnaires ont besoin de toute une couche de politiciens, ceux qui écrivent les lois, ceux qui leur tiennent la tête hors de l’eau ». 

Continuer à creuser

Dans toutes ces affaires, deux débats fondamentaux se croisent. D’une part, il y a le débat sur les rémunérations des responsables publics avec un mandat donné par la population. Ensuite, il y a le débat sur l’organisation des services publics dans notre pays.

Il faut donc continuer à creuser, à chercher, à dévoiler et à mettre en lumière les pratiques de cette caste. Car on ne peut accepter que certains confondent l’intérêt public avec leur intérêt personnel ou avec celui de leurs très riches amis. Comme l’a résumé Frédéric Gillot au Parlement wallon : « Nous sommes là pour servir, pas pour se servir. » 

Quatre propositions du PTB 

Le PTB propose des réformes structurelles pour mettre fin aux conflits d’intérêts et à l’enrichissement personnel des mandataires.

1. Des cloisons étanches entre le monde politique et le monde de l’entreprise : des politiciens élus ne doivent pas pouvoir en plus de leur mandat gagner encore plus d’argent dans des multinationales et des entreprises cotées en bourse.

2. Une période de « décontamination » de cinq ans pour les politiciens qui, après leur carrière, veulent passer au secteur privé. Les portes tournantes doivent arrêter de tourner à vitesse grand V. 

3. Que les politiciens rendent publics leurs patrimoines. Un responsable politique s’engage normalement pour l’intérêt général de population et il porte des responsabilités sociales qui impliquent une relation de confiance avec les citoyens.

4. Les revenus des mandataires politiques ne doivent pas dépasser trois fois le salaire moyen d’un travailleur. Ainsi, les élus ne seraient pas complètement déconnectés de la réalité.

La caste réagit : « Le problème, c’est la démocratie »
Après avoir encaissé le coup des révélations, les partis traditionnels ont décidé de passer à l’attaque. L’Open VLD et la N-VA ont lancé un projet visant à réduire le nombre de députés de 150 à 100, ce qui ferait passer le seuil électoral de 5 à 7 %, voire même à 10 % dans certaines provinces du pays.
En fait, l’opération est claire : il s’agit d’empêcher le PTB de percer en Flandre. En effet, le dernier sondage révèle que le PTB dépasse également le seuil électoral en Flandre, avec 5,5 % des voix. 
Rien n’inspire manifestement plus de crainte à ces partis traditionnels qu’un parti qui met au jour les scandales politico-financiers et montre qu’il est possible de faire autrement, qui plus est un parti unitaire organisé à l’échelle nationale. 
Le PTB a donc lancé une action de protestation sur www.ptb.be/seuil-electoral

Article publié dans le mensuel Solidaire de mars 2017Abonnement.

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Commentaires

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