Brussels Airlines : les travailleurs disent stop à la spirale vers le bas

Depuis plusieurs mois, il y a de l’agitation chez les pilotes de Brussels Airlines. La direction veut faire croire que le problème se réduit à une simple question d'augmentation salariale, mais les revendications des pilotes portent en fait sur trois points concrets : un meilleur équilibre travail-vie privée, la clarté sur l'âge de la pension et une correction salariale.

Un pilote témoigne : « L'aviation est une activité en plein essor. On nous demande très souvent de venir voler pendant nos journées libres. J'ai connu des périodes pendant lesquelles je n'avais qu’un week-end libre sur 14 semaines. Quant à notre salaire, même s'il reste attractif, nous avons dû accepter une diminution de 10% en 2012. A l’époque, il avait été convenu que nous récupérerions ce montant en 2018. »

Un autre pilote enchaîne : « Comme la plupart des travailleurs de l'aéroport, nous avons un métier stressant qui nous met à rude épreuve, physiquement et mentalement. C’est un job avec beaucoup de responsabilités et des horaires irréguliers. Beaucoup de collègues ne tiennent pas le coup jusqu’à la fin de leur carrière pour des raisons médicales. Et maintenant, nous sommes aussi obligés de travailler jusqu'à 67 ans, alors que notre licence médicale expire à l'âge de 65 ans. Faire ce boulot jusqu'à 67 ans, ça ne va vraiment pas. »

Au début de cette année, plusieurs actions ponctuelles ont débouché sur un trêve et un calendrier de négociations entre les syndicats et la direction. Pour les syndicats, c'était la dernière chance de trouver des solutions. Le 4 mai, 92% des pilotes ont rejeté la proposition de la direction, et au moins 80% sont prêts à passer à des actions de grève. La possibilité de trouver une autre solution semble minime.

L'incertitude règne, tant pour le personnel navigant que pour le personnel au sol

En cas de grève, ce ne serait que la deuxième fois qu'une telle action aurait lieu depuis les 16 années d’existence de Brussels Airlines (BA). Le mécontentement est donc particulièrement profond, non seulement parmi les pilotes mais aussi parmi le personnel navigant et le personnel au sol. L'intégration de BA dans le groupe Lufthansa Eurowings et la manière dont cette intégration est réalisée jouent aussi un rôle, celles-ci suscitant une très grande incertitude.

Début février, Dirks, le grand patron d’Eurowings, est venu à Bruxelles pour apaiser les esprits. Depuis le 1er avril, Christina Foerster est la nouvelle PDG allemande de BA, chargée de réaliser l’intégration dans Eurowings. Le message de ces deux patrons, c'est que l'ambition pour BA est très simple : réaliser plus de bénéfices. La croissance est importante et il reste encore une marge de progression. L'intégration dans Eurowings peut être utile à cet égard. Selon eux, Il s’agit d’économiser, de poursuivre l'intégration et de réduire les coûts « parce que le problème central de BA est la faible rentabilité ».  La manière dont ils entendent y parvenir concrètement reste pour le moment très vague. Les projets d’avenir ne sont pas partagés avec le personnel, à qui on a juste notifié que « les décisions sur les glissements internes ne seraient prises que fin 2018 ».

L'incertitude persiste donc pour le personnel navigant et le personnel au sol. Quels seront les ajustements pour les services de soutien tels que le marketing, l’ICT ou les RH ? Qui va devoir changer d'affectation ? BA sera-t-elle démantelée étape par étape, par des mesures déguisées, pour éviter une résistance commune ? Fin avril, les syndicats ont appris que le fret de BA avait été vendu à Lufthansa. L’équipage de cabine, dont le revenu de base est déjà faible, risque de voir son salaire encore diminuer en raison des économies dans le système des primes pour les escales de nuit. Leur faible revenu de base aura également un impact négatif sur le montant de leur pension. Pour eux non plus, la pension à 67 ans n’est pas envisageable.

Un membre de l’équipage de cabine raconte : « J’ai 39 ans et je travaille depuis 11 ans comme  hôtesse de l’air chez BA. J’ai un revenu de base de 1245 euros. Selon le site internet mypension.be, j’aurai droit à 1140 euros par mois si je prends ma pension à 67 ans. »

Se battre ensemble, comme chez Lidl

En France, les pilotes, le personnel navigant et le personnel au sol se battent ensemble et font grève depuis 13 jours pour obtenir une augmentation salariale de 5%. La tentative de la direction de contourner les syndicats n’a pas pu briser l'unité. La grève chez Lidl montre que la lutte paie vraiment. Comme dans le secteur de l'aviation, le secteur de la distribution est confronté à une concurrence féroce qui conduit à une « course vers le bas », une spirale descendante dans laquelle la pression du travail ne cesse d'augmenter. La lutte des travailleurs de Lidl a permis d'arrêter cette spirale descendante. Ils ont fait le choix d'une société différente et se sont battus contre la libéralisation et contre les lois de ce gouvernement qui opte pour une société où la pression et l'incertitude sont de plus en plus fortes sur les travailleurs, et ce en faveur des profits des actionnaires.

2,4 milliards d'euros de bénéfice pour Lufthansa

Le groupe allemand Lufthansa a réalisé un bénéfice net de 2,4 milliards d'euros en 2017. BA a également enregistré un résultat positif de 3,57 millions d'euros, et ce pour la troisième année consécutive. La concurrence entre compagnies aériennes met le personnel sous une pression énorme. Il ne s’agit pas  seulement de leurs propres travailleurs, mais aussi des bagagistes, du personnel de restauration, de nettoyage et de sécurité. Le personnel de BA a déjà sacrifié beaucoup ces dernières années : 10 % d'heures de vol en plus, le même travail avec moins de personnel, un gel des barèmes salariaux de plusieurs années, etc.

Le PTB soutient l'action des pilotes

Le PTB soutient les pilotes, l'association professionnelle des pilotes BECA et les syndicats de BA dans leur lutte pour de meilleures conditions salariales et de travail et pour un régime de pension correct et décent. Le PTB soutient les syndicats et tous les travailleurs de BA dans leur lutte commune pour la préservation de chaque emploi et des conditions salariales et de travail.

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