Bombardier : qui veut moins de trains et de trams made in Belgium ?

auteur: 

Filip Desmet

Face à la résistance des travailleurs et des syndicats, la direction du constructeur de trains Bombardier a dû repousser de deux mois son plan de restructuration de son usine de Bruges. Un acquis positif, qui donne du temps pour faire pression sur le gouvernement et la direction. 

Les embouteillages paralysent nos villes, des milliers de personnes souffrent voire meurent de maladies liées à la pollution. Pourtant, une solution permet de réduire ces deux problèmes : des transports en commun de qualité et moins chers. Mais on voudrait fermer l’usine de Bombardier à Bruges, qui construit trams et trains ? Absurde.

Le gouvernement porte une grande responsabilité dans cette histoire : entre 2016 et 2019, les dotations de la SNCB et du gestionnaire du réseau Infrabel ont diminué de trois milliards. La commande de matériel roulant pour 115 000 places assises, nécessaire pour combler les besoins d’ici 2030, est du coup reportée, et la SNCB continue de faire rouler des trains vieux et usés. Avec son lot de retards et pannes en tout genre. Le député fédéral du PTB Raoul Hedebouw est intervenu dans ce sens début février à la Chambre, et a demandé des investissements conséquents dans les transports en commun. 

Consommez local

Si l’on veut combler ces besoins, il faut donc fabriquer des trams et des trains en suffisance. Et, tant qu’à faire, autant les commander auprès d’une entreprise qui assure l’emploi en Belgique. Ça tombe bien, cette entreprise existe, et c’est pourquoi il faut refuser la stratégie de délocalisation de Bombardier vers la République tchèque ou la Pologne. 

Les syndicats demandent aussi que les ateliers de peinture et de soudure restent également à Bruges. Le fait d’externaliser la direction et de gérer l’usine de Bruges à partir du site de Valenciennes, en France, n’est pas plus acceptable. Ces dispositions font partie d’une « tactique du salami », qui vise à terme à démanteler complètement le site de Bruges. 

Et qu’y a-t-il derrière tout cela ? Non pas une stratégie cachée pour l’emploi, l’environnement et la mobilité, mais bien la satisfaction de dividendes pour le principal actionnaire de Bombardier. Il s’agit du fonds de pension canadien CDPG, qui demande un rendement de 9 à 10 %. Il s’agit évidemment aussi de garantir aux CEO et aux directeurs des salaires annuels et des bonus conséquents : entre trois et huit millions de dollars chaque année. Il s’agit, enfin, de compenser sur le dos des travailleurs, la mauvaise gestion de Bombardier dans son département aviation. 

Les travailleurs n’ont pas à payer ces charges, pas plus que la région brugeoise, qui a déjà vu plusieurs grandes usines fermer, et n’a pas besoin d’une nouvelle catastrophe sociale.

Article publié dans le mensuel Solidaire d’avril 2017Abonnement.

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