Après la mort de l’« Obamacare », qui va gagner au nouveau système de Trump ?

C’est officiel : l’« Obamacare » est enterré. La Chambre des représentants des Etats-Unis a voté l’abrogation du très modeste système d’assurance de soins de santé introduit par Barack Obama. Quelle est l’alternative de Trump ? Et pourquoi celui-ci s’est-il si fortement opposé à l’Obamacare ?

Cela avait été une des grandes promesses électorales de Trump : il allait améliorer l’assurance soins de santé américaine. Et son premier geste en tant que président a été de couper les ailes à l’Obamacare. Les derniers spectateurs n’étaient pas encore rentrés chez eux après sa cérémonie d’investiture que Trump signait déjà son premier décret en tant que président. Il ne s’agissait pas encore de supprimer immédiatement l’Obamacare mais, avec un rictus satisfait, Trump signait un décret permettant aux fonctionnaires de « limiter » les frais de l’Obamacare.

Quelque trois mois plus tard, il subissait sa première défaite. Au Congrès, Trump n’a pas trouvé de majorité pour voter son plan de réforme. Toutefois, cela n’a été que temporaire, puisqu’il vient d’arriver quand même à ses fins. Que s’est-il donc passé ? Et quels sont les intérêts de Trump dans cette affaire ?

Pas de couverture universelle

L’Obamacare – officiellement l’Affordable Care Act (loi sur les soins accessibles) – est la loi de l’assurance soins de santé censée rendre ces soins plus accessibles aux citoyens des États-Unis. Tout citoyen est obligé de contracter une assurance soins. Les Américains pauvres entrent en ligne de compte pour une prime leur permettant d’acheter une assurance sur le marché privé.

Avant l’Obamacare, 46 millions d’Américains vivaient sans aucune assurance soins – la plupart parce qu’ils ne pouvaient tout simplement pas se la payer. L’Obamacare a ses mérites, mais c’était encore loin d’être une couverture universelle – comme l’est notre sécurité sociale et en faveur de laquelle la gauche plaide depuis très longtemps déjà aux États-Unis.

Première impulsion

Aux États-Unis, les assurances maladie sont quasi intégralement privées : des mastodontes de l’assurance privée en déterminent les primes et l’État intervient le moins possible. Les États-Unis sont ainsi le seul pays développé ne prévoyant pas de soins universels pour ses habitants, bien que les dépenses de la santé y soient les deuxièmes les plus élevées dans le monde. 

Les assurances privées font des profits dignes d’usuriers. Les polices d’assurance sont hors de prix pour de nombreuses personnes et les conditions pour l’obtention d’une telle assurance sont extrêmement strictes. Les fameuses « pre-existing conditions », les « maladies » ou « affections préalables », ont exclu des millions de personnes en raison de leur état de santé. Ceux qui présentent des risques plus élevés de maladie n’obtiennent pas d’assurance ou paient encore plus cher.

Cela a mené à des situations kafkaïennes. Comme l’a formulé un membre du Congrès, « être une femme est une condition préalable. Si vous avez eu des enfants, c’est une affection préalable. Être victime de violence conjugale est une affection préalable ». Les assureurs privés ont tout fait pour n’accepter que les clients en excellente santé – les meilleur marché, donc. Le monde à l’envers.

Un compromis politique

L’Obamacare était une première impulsion en vue de réguler ce marché. Non sans succès : plus de dix millions de personnes supplémentaires ont contracté une assurance maladie. Mais le système révèle des failles. Malgré les promesses, 29 millions d’Américains ne sont toujours pas assurés. 

Ce n’est toutefois pas pour cela que les Républicains y sont opposés. Ils déplorent surtout l’accroissement de la dette publique. Et Obama s’était attiré la colère du secteur commercial des soins en mettant un terme au système des critères d’admission. À qui, dans ce cas, étaient donc destinées les promesses électorales de Trump ?

Le fragile équilibre entre l’accessibilité des soins pour le citoyen et le coût financier pour l’État n’est pas un hasard. Dès le début, l’Obamacare était un compromis politique : il allait couvrir plus de monde, mais toucherait à peine à la position de force et aux bénéfices du secteur privé. Cela ne pouvait pas être tenable pour les caisses de l’État. L’Obamacare était l’exemple même qu’un système s’appuyant sur des assureurs privés s’avère hors de prix au bout d’un certain temps, parce que les entreprises continuent à augmenter leurs tarifs afin de continuer à satisfaire leurs actionnaires.

Gagner de l’argent avec la misère

Les assureurs ont par ailleurs activement affaibli l’Obamacare. On peut gagner de l’argent avec la misère. Beaucoup d’argent. Par exemple, les assureurs se sont retirés de certains États parce qu’ils ne pouvaient y gagner assez. D’autres ont annoncé qu’ils allaient augmenter leurs primes de 25 %.

Alors qu’un Américain sur cinq ne peut s’acheter les médicaments dont il a besoin, les trois plus grosses entreprises pharmaceutiques réalisent 45 milliards de dollars de bénéfice par an. Avec cet argent, elles paient une armée de lobbyistes et soutiennent des campagnes  et des hommes politiques. Une forme de corruption légalisée, à laquelle républicains et démocrates participent allègrement. Le Parti républicain est de loin le plus gros bénéficiaire de l’argent des lobbys de Big Pharma et des grosses assurances privées. Les républicains ont donc tout intérêt à mettre des bâtons dans les roues de toute proposition visant à réguler le marché.

« Trumpcare » : une réduction d’impôts pour les riches, une augmentation des primes pour les pauvres

Beaucoup de citoyens critiquent donc le fait que les assureurs privés abusent de plus en plus du système. Et Trump avait promis à ses électeurs une loi qui rendrait les soins accessibles à tous. Mais le Trumpcare, le plan de Trump et de son gouvernement de milliardaires, ne change rien à la situation, au contraire.

Le Trumpcare, c’est-à-dire l’American Health Care Act (loi américaine sur les soins de santé) entend supprimer l’assurance obligatoire. Les citoyens ne pourraient plus compter sur une prime de soins qu’en fonction de leur âge, et non plus sur base de leur revenu. En outre, Trump a promis une diminution d’impôt supplémentaire pour les Américains les plus riches, les assureurs soins privés et les entreprises pharmaceutiques. Les compagnies d’assurances peuvent à nouveau demander des primes plus élevées aux gens souffrant d’une affection et aux personnes plus âgées. Les républicains qui siègent à la Chambre des représentants n’ont quant à eux pas de souci à se faire : eux-mêmes et les membres de leurs équipes jouissent de conditions privilégiées – par exemple, leur prime n’augmente pas s’ils sont atteint d’une affection.

D’après le Congressional Budget Office, un bureau d’études indépendant, le Trumpcare va priver 24 millions d’Américains d’assurance soins d’ici 2026.

Les attaques sur les soins de santé publics n’ont jamais été aussi grandes. Mais cela vaut aussi pour le soutien de l’opinion publique à ceux-ci : selon une récente enquête, 60% des Américains sont partisans d’un système public et basé sur la solidarité, et rejettent un système basé sur le profit des entreprises privées.

Trump a promis une loi rendant les soins « accessibles à tous ». Lorsqu’il s’avèrera que son alternative exclut en fait encore plus de gens, et avant tout les plus vulnérables, ses électeurs déçus pourraient bien se retourner contre lui. Trump pourrait donc devenir le plus grand perdant de sa propre réforme.

 

Le PTB appelle à participer à la manifestation du 24 mai à Bruxelles pour dire « non » à Trump, à sa politique et à ses homologues européens.

  • Pour les droits sociaux
  • Pour la paix
  • Pour un monde durable
  • Contre le sexisme, le racisme et la discrimination

Programme :

  • 17h : rassemblement à la gare du Nord (Bruxelles)
  • Prises de paroles (activistes de Standing Rock ea)
  • 18h : marche de protestation
  • 20h : concert (Jaune Toujours ea) + Foodmarket

www.trumpnotwelcome.be

 

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