L'énergie sous la loupe :: À propos des nouvelles centrales nucléaires, des menaces de black-out et de la libéralisation aveugle

Jamais le risque d’un black-out n’a été plus grand qu’aujourd’hui. Si nous devons tirer une seule conclusion de la débâcle énergétique de ces dernières années, c’est bel et bien que le marché libre de l’énergie est en faillite. D'autre part, le gouvernement s'acharne à maintenir l'énergie nucléaire tout en diminuant les taxes d'Electrabel. Une analyse de l'accord du gouvernement par le service d'études du PTB.

Menace de black-out

Jamais le risque d’un black-out n’a été plus grand qu’aujourd’hui. On sait désormais que les réacteurs fissurés de Doel 3 et Tihange 2 pourraient être hors service tout l’hiver, tout comme le réacteur 4 à Doel après le probable sabotage de la turbine qui a causé de gros dégâts. Le système belge d’approvisionnement en énergie est lamentable. En 2014, dix ans après la libéralisation du marché de l’énergie, on ne peut même plus garantir que la population pourra encore s’éclairer.

Et ce n’est pas avec ce gouvernement que cela va s’arranger. L’accord gouvernemental de Michel-De Wever s’en tient aux mêmes promesses vagues que son prédécesseur.

« Le présent gouvernement prend connaissance d’une situation potentiellement problématique en matière de sécurité d’approvisionnement à court terme. Il entend, en concertation avec les Régions, prendre ce problème à bras le corps pour éviter les risques de pénurie d’électricité. Le gouvernement exécutera le plan hiver afin de garantir la sécurité d’approvisionnement des ménages et des entreprises à court terme. Le recours aux instruments dont disposent le gouvernement et le gestionnaire de réseau, tels que la gestion de la demande, l’importation et la réserve stratégique, sera assuré.

Le gouvernement prendra l’initiative afin que les générateurs de secours puissent davantage participer au marché, en ce compris ses propres générateurs. » (pp. 94-95 de l’Accord de gouvernement)

On attend l’hiver avec appréhension, ordinateur portable à portée de main, pour savoir quand le courant va être coupé dans sa ville ou région.

Et à long terme ? Rien. Au lieu d’investir dans notre propre approvisionnement en énergie, le gouvernement opte pour l’importation de pays voisins.

« En vue de la réalisation d’un marché interne de l’énergie à l’échelle européenne, le gouvernement veillera à ce que les gestionnaires du réseau de transport contribuent à mettre en place des réseaux énergétiques européens stratégiques et interconnectés. » (p. 93)

De nouvelles lignes à haute tension avec les pays voisins, donc. Mais en cas d’hiver rigoureux ? Et si le gel frappe non seulement la Belgique, mais aussi les pays voisins ? Si la France, l’Allemagne et les Pays-Bas atteignent également leur limite, ce ne sont pas les lignes à haute tension supplémentaires qui vont tirer la Belgique d’embarras. Dans un tout nouveau rapport, le bureau international de l’énergie CapGemini tire la sonnette d’alarme. L’insuffisance énergétique est structurelle, constate-t-il, et si on ne met pas rapidement fin au « chaos actuel », nous aurons très vite affaire à « des pannes d’énergie de longue durée », non seulement en Belgique, mais aussi dans toute une série d’autres pays, dont la France.

Libéralisation aveugle

Le prix Nobel de physique Albert Einstein a dit : « Nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec le même type de pensée que celle qui les a créés. » C’est pourtant exactement ce que fait le gouvernement.

Sous la rhétorique creuse emballant un « pacte de l’énergie » avec tous les actionnaires, et le souci d’un « approvisionnement énergétique sûr, abordable et durable pour les entreprises et les ménages », se cache une foi aveugle dans la logique européenne de la libéralisation.

« Le gouvernement s’engage à stimuler une véritable concurrence de manière à garantir  une pression à la baisse sur les prix », écrit la ministre de l’Énergie Marghem dans sa déclaration de politique. Vraiment ? Voilà dix ans qu’on nous répète la même chose. Mais dans les faits, ce que l’on constate c’est que depuis la libéralisation, nous payons notre électricité 40 pour cent plus cher, et que le gaz coûte jusqu’à 66 % de plus.

« Le gouvernement créera un climat d’investissement stable et favorable, accompagné d’un cadre réglementaire privilégiant le fonctionnement du marché, la transparence et l’innovation. » (pp. 93-94)

Si nous devons tirer une seule conclusion de la débâcle énergétique de ces dernières années, c’est bel et bien que le marché libre de l’énergie est en faillite. Il ne fonctionne tout simplement pas. Les prix du marché n’encouragent absolument pas les entreprises d’énergie à de nouveaux investissements. Au contraire. Electrabel et consorts veulent bien des bons morceaux – les centrales nucléaires rentables et amorties depuis longtemps –, mais rechignent à faire d’onéreux investissements dans de nouvelles centrales pourtant nécessaires pour assurer notre besoin en électricité dans les moments de pic. Cela ne peut plus continuer. Nous devons reprendre en mains propres les rênes de la société même.

Il est plus que temps qu’on s’attelle à un plan stratégique de l’électricité : un plan pluriannuel qui fixe le mix énergétique (répartition des différentes sources d’énergie) pour les années à venir, un plan par étapes qui, année par année, établit quelles centrales il convient de construire en plus, et à quels endroits, afin de pouvoir envisager un avenir énergétique durable. Ce n’est qu’ainsi que nous assurerons notre emprise sur notre électricité. Si les entreprises d’énergie désirent souscrire à ce masterplan, tant mieux. Mais si le profit maximal et les intérêts particuliers continuent à prévaloir, alors l’État doit le faire lui-même. Notre approvisionnement en énergie est trop important pour le laisser aux mains d’actionnaires privés. Personne n’en doutera encore, surtout avec un black-out en perspective. 

Au lieu de cela, le gouvernement Michel-De Wever se met à plat ventre devant Electrabel & cie. Les multinationales de l’énergie tiennent notre société dans un carcan. L’an prochain, après Ruien, Les Awirs et Herdersburg, Electrabel menace également de mettre à l’arrêt la centrale au gaz stratégique de Drogenbos. Alors que nous avons précisément besoin d’investissements, et non de nouvelles fermetures. Le 31 octobre, EDF Luminus voulait aussi fermer la centrale au gaz de Seraing. À moins que le gouvernement ne sorte de l’argent frais et stimule la rentabilité de la centrale. Et c’est ce qui s’est passé. Via le « mécanisme de capacité » (p. 96), le gouvernement fait désormais l’appoint des bénéfices des centrales électriques cruciales. N’est-ce pas particulièrement cynique ? Ce sont Electrabel et consorts qui sont responsables de la crise de l’énergie, mais c’est le consommateur qui reçoit la facture.  

Au lieu de placer les centrales stratégiques sous le contrôle de la collectivité, au lieu de soumettre Electrabel et cie à des mesures légales contraignantes, le gouvernement Michel-De Wever va subventionner les multinationales de l’énergie afin que celles-ci gardent leurs centrales électriques disponibles en cas de pénurie de courant. Une pénurie qu’elles ont provoquée elles-mêmes.

C’est la FEB qui décide

Cela « sonne bien », dans l’accord de gouvernement : « Le gouvernement prendra sa responsabilité en poursuivant un approvisionnement énergétique sûr, abordable et durable, et ce, tant pour les entreprises que pour les ménages. » (p. 93). Hélas, on ne tarde pas à être fixé. Ce sont surtout pour les entreprises, qu’on doit être aux petits soins : « La compétitivité des entreprises dépend non seulement des coûts de main-d’œuvre, mais aussi d’autres éléments de coûts tels que les coûts de l’énergie. » (p. 9)

Pour cela, une « norme énergétique » doit faire concorder le niveau des prix avec ceux des pays voisins, selon l’accord de gouvernement. Cela figurait aussi dans le mémorandum électoral de la FEB. « Cette norme (…) aura pour but de veiller à ce que les différentes composantes du coût de l’énergie ne soient pas plus élevées en Belgique que chez nos voisins. (…) Une attention particulière sera portée aux coûts de gaz et d’électricité pour les industries ayant un profil intense en énergie. » (p. 94)

De même, le « pacte énergétique » annoncé par le gouvernement est un parfait copier-coller du mémorandum de la FEB. « Un tel pacte, écrit la FEB, doit créer un climat d’investissement qui soit aussi favorable pour les producteurs, les gestionnaires de réseau et les fournisseurs que pour les entreprises, et plus précisément les entreprises consommant beaucoup d’énergie. » C’est la raison pour laquelle l’accord de gouvernement pose en principe un « pacte énergétique ». Et non pas parce qu’au bout de dix ans de libéralisation, nous n’en sommes toujours qu’à 10 % d’électricité verte. Non pas parce que la pauvreté sur le plan de l’énergie est plus grande que jamais – 700 000 ménages dans notre pays en souffrent – et non parce que l’inégalité sur le plan énergétique continue à augmenter – les ménages paient leur électricité de trois à quatre fois plus cher que les multinationales –, mais parce qu’une étude réalisée à la demande de la FEB a constaté que, en 2014, les consommateurs industriels belges paient leur énergie entre 9 et 47 % de plus que ceux des pays voisins. C’est pour cela qu’il doit y avoir un « pacte énergétique ».

Le choix de l’énergie nucléaire

L’accord de gouvernement ne manque pas de phrases creuses : « Afin de garantir la sécurité d’approvisionnement à long terme, le gouvernement opte pour une transition vers un système énergétique durable. (...) Dans ce cadre, il sera pleinement misé sur la recherche et le développement relatifs à l’élargissement du mix énergétique qui seront financés par une partie de la rente nucléaire. » (p. 94)

De tout cela, il ne ressort rien. Car, ce dont il s’agit réellement figure sur la page suivante. Au lieu d’investir rapidement et réellement dans une nouvelle énergie complémentaire durable et dans des centrales au gaz, le gouvernement veut décider, cette année encore, de garder ouvertes les centrales de Doel 1 et 2 jusqu’en 2025 !

« Le gouvernement prendra aussi vite que nécessaire, mais au plus tard le 31 décembre 2014 une décision sur la prolongation décennale (avec les conditions relatives à ce prolongement, notamment de sécurité, de sûreté, etc.) et ce :

• en tenant compte de la mise à l’arrêt des unités nucléaires Doel 3 et Tihange 2 ;

• en tenant compte de la capacité d’interconnexion additionnelle planifiée ;

• en tenant compte de la possibilité d’intégration de la capacité étrangère dans le réseau belge ;

• en tenant compte de l’évolution de la capacité de production belge » (pp. 95-96)

En outre, le gouvernement de droite Michel-De Wever ouvre la porte à la construction d’une nouvelle centrale nucléaire.  

« Étant donné la faiblesse actuelle de notre capacité de production et la volonté du gouvernement d’exercer une pression à la baisse sur le prix de l’énergie et de l’émission de CO2, le gouvernement réexaminera, notamment dans le cadre de l’élaboration de la vision énergétique et du pacte énergétique, de manière objective et transparente toutes les options pour garantir la sécurité d’approvisionnement à court et moyen terme. » (p. 95)

Et, pour ceux qui n’auraient pas encore tout à fait compris, le gouvernement le répète une fois encore : « Dans le cadre des travaux autour de la vision énergétique, toute source d’énergie pourra être considérée sans tabous en fonction de ses mérites sur le plan de la sûreté, du coût et de la durabilité, la sécurité étant prédominante. » (p. 99)

Ces deux citations de l’accord de gouvernement ne laissent rien à désirer sur le plan de la clarté et le fait que le gouvernement lève le moratoire sur les autorisations de production encore moins. Le gouvernement cède devant le lobby nucléaire. Ce ne sont ni Michel ni De Wever, dirait-on, qui ont rédigé ces passages, mais bien le « Forum nucléaire »(campagne de propagande du lobby nucléaire). L’énergie nucléaire est sûre. Son coût est supportable. Et elle est durable, car elle ne dégage pas de CO2. C’est totalement faux.

Alors que, dans toute l’Europe, on se hâte de mettre les centrales nucléaires à l’arrêt, la Belgique envisage d’en construire une nouvelle. Pour l’instant, il n’y a que deux nouvelles centrales nucléaires en prévision, en Europe : une en Finlande et une en France.

La construction de la centrale en Finlande a débuté en 2005 et, selon le planning initial, elle allait durer quatre ans et requérir un investissement de 2,5 milliards d’euros. Mais la construction n’est toujours pas terminée et les coûts, entre-temps, en sont déjà à 6,6 milliards d’euros. En France, c’est en 2006 qu’a débuté la construction. La centrale sera terminée au plus tôt en 2016. Coût : 8,5 milliards d’euros, soit près de trois fois le coût estimé au départ… Pas vraiment un exemple à suivre, donc.

En outre, il n’est pas correct non plus de prétendre qu’une centrale nucléaire est bonne pour le climat parce qu’il n’y a pas de rejet de CO2 lors de la production. Lors de la construction de la centrale et lors de l’extraction et le transport de l’uranium, il y a des rejets de CO2. Bien plus que pour l’énergie verte telle celle des éoliennes et des panneaux solaires. 

Sans oublier les risques sécuritaires de l’énergie nucléaire et du stockage des déchets nucléaires, pour lequel on n’a toujours pas trouvé de solution efficace. Le fait que, début octobre, un navire transportant des déchets nucléaires, en route vers la côte belge, a dérivé devant les côtes de l’Écosse prouve à quel point l’énergie nucléaire comporte des risques énormes pour l’homme et pour l’environnement.

Moins d’impôts pour Electrabel

Encore une bonne nouvelle pour Electrabel : la rente nucléaire sera « recalculée », peut-on lire dans l’accord de gouvernement. En langage clair, « recalculée » signifie « diminuée ». Dans les couloirs, on parle d’accord flou entre le gouvernement et Electrabel, un accord qui promet à Electrabel la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires et une « stabilité fiscale ». Autrement dit, un faible impôt sur les sociétés et une diminution de la taxe sur les bénéfices nucléaires. Une nouvelle réjouissante pour Electrabel, qui depuis des années réclame la suppression de la taxe nucléaire, et a enfin trouvé une oreille attentive du côté du nouveau gouvernement.

Même en tenant compte de la fermeture de Doel 3 et 4 et de Tihange 2, les bénéfices nucléaires, calculés aux prix actuels du marché, sont estimés à 830 millions d’euros pour l’année 2014. En 2015, en supposant que les réacteurs fissurés obtiennent le feu vert dès le mois d’avril, comme le prévoit Electrabel et si le gouvernement décide la prolongation de Doel 1 et 2, la rente nucléaire dépassera le milliard d’euros.

Alors que depuis des années Electrabel & co refuse d’investir dans les centrales électriques indispensables, alors qu’Electrabel n’est pas en mesure de garantir que nous échapperons aux coupures d’électricité cet hiver, alors qu’Electrabel n’exclut pas un doublement du prix de l’énergie,  le gouvernement a tout simplement décidé de permettre à Electrabel d’augmenter ses profits, plutôt que de l’obliger à respecter le calendrier de sortie du nucléaire, et plutôt que d’écrémer intégralement les bénéfices considérables du nucléaire pour les investir dans la production d’énergie durable dont nous avons tant besoin.

Aucune ambition écologique

Alors que les spécialistes du climat ne cessent de publier d’alarmants rapports sur la crise climatique – il n’est pas moins une, mais plus une ! – la Belgique ne veut plus définir d’objectifs pour l’énergie verte. Le gouvernement proposera à l’Union européenne de ne plus imposer qu’un seul objectif climatique contraignant par État membre, selon l’accord de gouvernement. Et la Belgique se concentrera sur la façon d’éviter les rejets de CO2. « Le gouvernement proposera de fixer un seul objectif de l’UE par État membre : celui des émissions de gaz à effet de serre. Les objectifs en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique doivent être considérés comme des moyens. » (p. 101)

Traduit en clair, cela veut dire : le gouvernement opte pour l’énergie nucléaire – qui ne dégage pas de CO2 – au lieu d’investir sur une véritable production d’énergie durable.

D’investissements ambitieux en énergie verte, il n’est nullement question, dans l’accord de gouvernement. Dans son Plan Cactus, le PTB préconise la création d’un fonds d’innovation écologique afin de stimuler entre autres la recherche vers une énergie durable, aux dépens des bénéfices colossaux d’Electrabel et consorts – qui ne sont mis à contribution actuellement que pour une partie. Nous désirons également la création d’entreprises publiques de l’énergie qui investiraient elles-mêmes dans l’énergie verte. Mais, en dehors de propos tenus pour la forme et de paroles creuses, l’accord de gouvernement ne propose rien de concret concernant des investissements verts. Au contraire, pour l’énergie éolienne off-shore, par exemple, un secteur qui a de l’avenir, il est écrit noir sur blanc que la chose ne peut pas coûter un seul euro : « Dans un cadre budgétaire neutre, le gouvernement contribuera à ce que notre pays continue à jouer un rôle pionnier sur le plan de la recherche et du développement relatif à l’énergie off-shore. » (p. 97)

Tout aussi inquiétant est le fait que le gouvernement ne dissimule aucunement qu’il entend investir dans le projet Myrrha, un réacteur d’essai qui absorbera des dizaines de millions d’euros venant des impôts et qui préparera le terrain pour les réacteurs nucléaires de la « quatrième génération ». Ici aussi, le lobby nucléaire obtient gain de cause, alors que le secteur de l’énergie verte est laissé pour compte. Myrrha est le cheval de Troie du secteur nucléaire, un maillon important dans les programmes de recherche de l’agence atomique européenne Euratom et il est solidement enraciné dans le Strategic Energy Technology Plan de la Commission européenne.

Pas de politique climatique

Le volet « politique climatique » prend à peine une page dans un accord de gouvernement qui en compte 230. Pas un mot sur la mise sur pied de transports publics respectueux du climat, aucune vision mentionnant le transport à vélo. Pas de masterplan en matière d’isolation. Pas de plan d’action en faveur de la pureté de l’air. Pas de fonds d’innovation écologique. Pas de plan draconien d’investissement dans l’énergie verte. Pas de système du tiers payant pour la rénovation d’énergie de manière à pouvoir résoudre le problème du gaspillage d’énergie un bloc d’habitations après l’autre.

La mobilité respectueuse du climat est expédiée en deux paragraphes qui ne disent rien de concret. Une « politique d’accompagnement dans le domaine de la fiscalité » (p. 101) et « avec les Régions, le gouvernement facilitera le glissement vers d’autres modes de transport. Dans ce cadre, la revalorisation de la navigation intérieure peut constituer un élément positif » (p. 102). Et voilà ! Politique climatique ? Circulez, il n’y a rien à voir. Le gouvernement Michel-De Wever pourra entrer dans les manuels d’histoire comme le gouvernement qui a laissé la crise climatique suivre son cours.

Bien que, dans l’accord de gouvernement, les transports publics soient décrits comme « un élément de la solution du problème de la mobilité », le gouvernement Michel-De Wever rognera chaque année 663 millions d’euros dans les dépenses destinées au service public des chemins de fer. Tout le monde sait quelle en sera la conséquence : suppression de plusieurs liaisons ferroviaires, sécurité de plus en plus compromise et hausses de tarif. Et 5 000 emplois risquent de disparaître dans le secteur du rail. En même temps, le gouvernement continue toutefois à distribuer généreusement des subsides pour les voitures de société. N’est-ce pas absurde, en ces temps de réchauffement climatique ? Si nous voulons réaliser un revirement dans les modes de transport, la clef alors réside dans les transports publics. Une clef pour investir, une clef aussi pour un revirement écologique.

Le consommateur est le dindon de la farce

En Europe, sept grandes multinationales de l’énergie ont tout à dire (GDF Suez, EDF, Vattenfall...). Ensemble, elles ont en main la moitié de tout le marché européen de l’énergie. Elles maintiennent les prix élevés et prennent le consommateur en otage. Au lieu de briser ces monopoles, le gouvernement choisit le camp de ces multinationales. Le mécanisme du « filet de sécurité », qui assure au consommateur une protection minimale contre les brusques hausses de prix « sera abandonné au plus tard le 31 décembre 2017 » (p. 98). Auparavant, les fournisseurs devaient présenter les hausses de prix au préalable à l’organisme de contrôle de l’énergie, le CREG. Si ce dernier estimait que la hausse de prix ne se justifiait pas sur le plan économique, l’augmentation n’était pas appliquée. Toutefois, les fournisseurs d’énergie pouvaient encore augmenter le prix en l’associant aux « prix du marché » à la hausse. Mais le filet de sécurité empêchait malgré tout que des hausses structurelles de prix soient appliquées, comme en 2008, quand Electrabel avait augmenté le prix de son gaz de 30 %, sans prévenir.  

La chose redeviendra donc possible à partir du 1er janvier 2018. Au nom du « libre fonctionnement du marché », Electrabel et consorts disposeront à nouveau de tout l’espace souhaité pour augmenter leurs prix et, donc, leur marge bénéficiaire.

De même, l’accord des consommateurs, par lequel les fournisseurs d’énergie s’engagent à une meilleure protection du consommateur, sera « évalué » (p. 106) au plus tard en 2016. Plus restreintes sont les mesures de protection, plus élevé est le risque de les voir disparaître à nouveau. 

Les fournisseurs d’énergie reçoivent également la possibilité d’organiser des « offres conjointes ».

« Sans porter atteinte à la mobilité des consommateurs, le gouvernement examinera la possibilité d’assouplir la réglementation des offres conjointes en services énergétiques afin de permettre aux fournisseurs d’intervenir comme investisseurs tiers. » (p. 98)

Voilà qui ouvre la porte à des abus. À l’étranger, il y a par exemple des entreprises d’énergie qui refilent également au consommateur toutes sortes d’assurances inutiles. Cela ouvre toute grande la porte à la tromperie à la consommation et à des pratiques publicitaires mensongères, ce qui fait qu’un plus grand nombre de personnes encore seront confrontées à des dettes sur le plan de l’énergie et à des problèmes de paiement.

Ce qui est particulièrement cynique, c’est que les personnes qui ne peuvent plus payer leur facture d’énergie – par exemple, suite à ces pratiques de vente mensongères – vont désormais être reprises dans une nouvelle super-banque de données de « mauvais payeurs ». Ce n’est pas seulement une atteinte à la vie privée, cela permet aussi bien plus facilement aux fournisseurs d’énergie de refuser les ménages qui ont des problèmes de paiement. Les « mauvais payeurs » repris sur cette liste noire ne peuvent dès lors plus s’adresser qu’aux gestionnaires de réseaux de distribution – bien plus chers – et, ainsi, aggraver leur situation déjà précaire. 

De nouvelles hausses de prix

L’accord de gouvernement ne parle pas des 6 % de TVA sur l’électricité. C’est problématique, car la diminution de la TVA qui avait été annoncée par le gouvernement Di Rupo, après des années de protestation et d’action, est une mesure temporaire qui « sera évaluée » en 2015. Le risque est donc élevé que le nouveau gouvernement de droite n’ait pas l’intention de prolonger cette diminution de la TVA. À moins, bien sûr, qu’on ne repasse à l’action.

Si la TVA sur l’électricité repasse à nouveau de 6 % à 21 %, un ménage moyen paiera d’un seul coup 145 euros de plus pour sa facture d’énergie. Et ce, en plus des autres hausses de prix qui attendent. Du fait du subventionnement excessif des parcs de panneaux solaires à grande échelle appartenant à des multinationales, les tarifs de distribution augmenteront sans doute de 179 euros par ménage, le 1er janvier 2015. Une augmentation de plus de 30 %. En outre, le gouvernement flamand a également supprimé l’électricité gratuite, ce qui fait qu’un ménage moyen devra encore dépenser 100 euros de plus. Si nous permettons à ces gouvernements de faire ce que bon leur semble, la facture d’énergie va augmenter de plus de moitié, au cours des toutes prochaines années.

L’alternative du PTB 

Le Plan Cactus Le PTB s’oppose à la logique du gouvernement Michel-De Wever, et a mis sur pied une alternative : le Plan Cactus, un aiguillon pour un renouveau social, écologique et démocratique. Plus d’info sur www.ptb.be/plancactus.

 

 

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Commentaires

je n'y crois pas au black-out. Pour moi c'est une mise en conditions de la population pour lui faire accepter la prolongation des vieilles centrales (hyper rentables) et de faire signer le bon de commande de nouvelles centrales par le gouvernement; Une fois la signature obtenue on n'en parlera plus du black out.
Arrêtez de nous prendre pour des imbéciles ignorants. Je suis désolée de devoir encore vous signaler que l'augmentation de la facture d'électricité est due principalement à l'énergie doit disant "verte" de l'éolien, qui ne produit que 18% de rendement l'an et qu'il faut des centrales gaz pour palier ce manque de production, d'où CO², mais vous fermer les yeux! Les promoteurs éoliens s'enrichissent sur notre dos honteusement! Exigez que les subsides, facilités bancaires, certificats verts soient supprimés à l'éolien! De plus, il est évident qu'aucun de vous ne doit supporter les nuisances sonores d'un zoning éolien et que vous ne vous rendez pas compte de l'impact négatif de ces machines sur notre santé, ni sur la biodiversité! Vous critiquez le nucléaire, électrabel et multinationales, vous avez raison... Mais ces sociétés sont toutes des promoteurs de l'éolien. Ce qu'ils ne nous prennent pas d'un côté, ils le prennent de l'autre! Allez-vous enfin défendre les petites gens qui subissent et payent cher et vilain leur électricité? Allez-vous enfin défendre la biodiversité? Allez-vous enfin défendre notre environnement wallon? Bien à vous. Rose-line