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11 médecins contre un Ordre moyenâgeux

Onze médecins de Médecine pour le Peuple (MPLP) sont actuellement poursuivis par l’Ordre des médecins dans les provinces du Hainaut, de Flandre-Orientale et à Bruxelles. Ce mercredi 2 avril, ils organisaient une conférence de presse pour expliquer les raisons de leur combat et réclamer à l’Ordre de mettre fin aux poursuites à l’égard des médecins qui refusent de payer leurs cotisations.

« Avec Médecine pour le Peuple, nous nous définissons comme des objecteurs de conscience  vis - à - vis de l’Ordre des Médecins » témoigne le Dr Claire Geraets, médecin généraliste à MPLP - Schaerbeek.

Légalement, chaque médecin a l’obligation de s’affilier à l’Ordre pour pouvoir exercer la médecine mais sur le plan idéologique, beaucoup sont en désaccord avec un ordre désuet, « sorte de guilde du moyen-âge » comme le dit le Dr Sofie Merckx de MPLP Marcinelle.

Les Médecins pour le Peuple refusent par principe de payer des cotisations à l’Ordre des médecins. Parce que l’Ordre est antidémocratique, parce qu’il foule aux pieds les principes élémentaires de l’État de droit, parce qu’il reste corporatiste et parce qu’il ne fait absolument aucun effort pour rendre accessibles à tous des soins de santé de qualité, bien au contraire.

Une question de principe

Aucune erreur médicale ou faute professionnelle n’est reprochée aux médecins de MPLP. « Il y a une vingtaine d’années déjà, j’ai été poursuivie par l’Ordre pour, je cite : “Atteinte à l’honneur et à la dignité de la profession”, car je ne payais pas ma cotisation », affirme le Dr Claire Geraets. La liberté d’association implique le droit de ne pas s’associer. « C’est une question de principe, je ne donnerai pas un cent de ce que je gagne à une organisation avec laquelle je suis en désaccord total, je revendique le droit de ne pas payer ma cotisation à l’Ordre », poursuit le Dr Claire Geraets.

Selon les médecins de MPLP, l’Ordre n’a rien à offrir aux patients. « 1 patient sur 7 en moyenne reporte ses soins pour des raisons financières. Sans compter le problème du suivi des plaintes, qui restent sans réponse », explique le Dr Karl Segers, de MPLP Zelzate.

Les principales questions sociétales concernant les soins de santé ne semblent pas concerner l’Ordre des Médecins. L’accessibilité des soins est mise sous pression et les patients qui ne peuvent pas payer sont aujourd’hui exclus des soins. De plus en plus de nouveaux traitements (contre le cancer, par exemple) sont aujourd’hui hors de prix pour les patients. Il est de plus en plus difficile de trouver des spécialistes qui facturent des honoraires conventionnés. Sur la commercialisation de la médecine, l’Ordre n’intervient absolument pas. « Selon le code déontologique, les médecins doivent soigner en fonction de dernières trouvailles scientifiques, mais quant à veiller à la qualité de ces soins, la question n’est même pas soulevée et on ne voit rien venir », dénoncent les médecins de MPLP. « Et les plaintes émises par les patients restent longtemps sans réponse… »

Une réforme favorable à l’ensemble de la société

Médecine pour le Peuple et le PTB veulent s’inspirer du modèle des Pays-Bas, de la Finlande et des projets au Royaume Uni. Leurs revendications : remplacement de l’Ordre des médecins par un conseil supérieur d’éthique médicale, associant tous les acteurs de la santé à la réflexion ; élaboration d’un code de déontologie applicable à l’ensemble des professions (para)médicales ; création éventuelle d’un organe disciplinaire séparé composé majoritairement de juristes spécialisés dans le domaine médical.

« Le budget actuel de l’INAMI est de 27 milliards d’euros par an, le fait de ne plus pouvoir décider entre seuls médecins de l’affectation de cette enveloppe fait certainement reculer l’Ordre », pense le Dr Karl Segers.

Et le Dr Sofie Merckx de poursuivre : « Si la proposition de réforme de 2006 (votée à l’époque au Sénat mais pas à la Chambre, NdlR) était passée, on n’en serait pas là ». Aucun parlementaire n’a réactivé le dossier depuis. « Nous comptons sur nos futurs élus PTB à la Chambre fédérale des députés, Raoul Hedebouw et Peter Mertens, pour remettre cette proposition sur la table. Nous pensons qu’il sera tout à fait possible de constituer une majorité parlementaire pour voter la suppression de l’OM et l’instauration d’un comité supérieur d’éthique médicale. »

Dans les provinces d’Anvers, de Liège et du Limbourg, l’Ordre a mis fin aux poursuites des médecins. « Il est temps que l’Ordre mette en pratique ses projets de réforme, en commençant par l’arrêt des poursuites des médecins qui refusent de payer leur cotisation », conclut Dirk Van Duppen, président de Médecine pour le Peuple.

 

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Commentaires

Dans les années 1980', à l'initiative du GERM, nous fûmes une brochette de médecins à refuser de payer la cotisation. Défendus par Me Legros, nous fûmes condamnés trois ans plus tard: payement des cotisations avec intérêts et amende. L'expérience m'a échaudé pour la suite de ma carrière: sans inscription à l'ordre, je ne pouvais être engagé à l'hôpital public (St Pierre, Brugmann, l'HUDERF). Ceci dit la proposition du PTB a mon agrément. Et je me demande s'il n'aurait pas aussi celui de Laurette Onckelinks...A lui soumettre!
Absolument d'accords avec vos positions éhiques.