Photo Solidaire, Rafik Rassaa

1000 délégués enseignants rappellent la pénibilité de leur métier et s’arment pour défendre les pensions

auteur: 

Rafik Rassaa

Ce mardi 7 novembre, un millier de délégués enseignants des différents syndicats se sont réunis à Liège en colloque pour rappeler la caractère toujours plus pénible de leur métier. Récit d’une journée d’action, d’information et de mobilisation syndicale contre les réformes annoncées par le ministre libéral des pensions, Daniel Bacquelaine.

La journée avait démarré par une action de sensibilisation sur les quais jouxtant la nouvelle passerelle pédestre à Liège. Les syndicalistes ont distribué des tracts aux feux de signalisation et mené une action symbolique. On pouvait notamment lire sur les calicots : « Avec ce gouvernement, une passerelle directe vers le 19e siècle » ou encore « Travailler plus longtemps, pour moins de pension. Pas question ! ». Le ton était donné.

25 % des jeunes profs abandonnent après un an et que ce chiffre monte jusque 40 % après 5 ans

Une heure plus tard, un millier d’enseignants et d’enseignantes venus des quatre coins de la Wallonie et de Bruxelles se sont retrouvés au Palais des Congrès pour assister à un colloque sur la pénibilité du métier d’enseignant. Une enquête en ligne menée par les organisations syndicales a, en effet, démontré que 95 % des profs considèrent qu’aujourd’hui le métier est certainement devenu plus pénible. Des témoignages se sont succédé à la tribune pour illustrer les cinq facteurs principaux de pénibilité du métier, à savoir l’attitude et le comportement des élèves, le bruit, la charge de travail (notamment au niveau administratif), le rythme de travail et enfin la charge physique (notamment les maux de dos).

Eugène Ernst, pour la CSC, a notamment mis en avant les attentes toujours plus grandes envers l’école et donc envers les enseignants. « Quand il y a un problème (dans la société, ndlr), on se tourne vers l’école ». Joseph Thonon, pour la CGSP, a, de son côté, rappelé les taux importants d’abandon chez les jeunes professeurs « Je rappelle que 25 % des jeunes profs abandonnent après un an et que ce chiffre monte jusque 40 % après 5 ans. »

L’importance d’un encadrement humain et matériel plus importants

Sur un cours de 50 minutes, les enseignants doivent gérer entre 800 et 1 200 interactions avec leurs élèves

Trois interventions académiques se sont ensuite enchaînées. Vincent Dupriez (UCL) et Dominique Lafontaine (ULiège) ont apporté d’autres éclairages sur la situation actuelle des enseignants en pointant notamment une confiance relativement préservée des parents envers l’institution scolaire et un degré de satisfaction professionnelle élevé chez les enseignants. Même si cela a semblé contredire la thèse de la pénibilité du métier d’enseignant, ces discours ont surtout apporté une nuance appréciable : les difficultés rapportées sont plus importantes dans les écoles défavorisées. Ce qui souligne l’importance d’un encadrement humain et matériel plus importants et surtout mieux financés.

Enfin, le Dr Valentine Delsaux, médecin du travail, a illustré sur base des témoignages reçus en consultation, la souffrance de plus en plus grande des enseignants en classe mais aussi en dehors de la classe. D’une part, le stress inhérent à une gestion de classe avec notamment ce chiffre qui aura marqué les esprits : sur un cours de 50 minutes, les enseignants doivent gérer entre 800 et 1 200 interactions avec leurs élèves. Et d’autre part, un manque de moyens face à une charge de travail en dehors de la classe qui augmente et une reconnaissance de la société qui diminue forment un cocktail détonnant qui épuise nombre de professeurs et les rend littéralement malades.

Se battre pour de bonnes pensions

Face à cette stratégie libérale du « diviser pour mieux régner », il s'agira d'opposer une lutte unitaire, solidaire et collective pour nos pensions

La démonstration du caractère pénible du métier d’enseignant aura donc été implacable. Cette preuve sera d’une importance capitale dans les semaines qui suivent face au gouvernement Michel. Celui-ci est en effet décidé à mettre en œuvre les mesures annoncées de régression sociale, notamment pour les pensions de la fonction publique et en particulier celles des enseignants. La reconnaissance du caractère pénible du métier d’enseignant leur permet de bénéficier d’un tantième préférentiel dans le calcul de leur pension (une année de cotisation compte pour 1/55 au lieu de 1/60 en général). La suppression de cette reconnaissance signifierait une diminution de pension estimée à 170 euros net par mois. Autant dire que l’enjeu est important. En tous les cas, ce 7 novembre, la volonté d’aller au combat pour défendre des pensions décentes était bien présente.

Outre les actions syndicales en cours (grève du 10/10, manifestations en front commun à Charleroi et Liège etc...), les organisations syndicales comptent sensibiliser les enseignants via des actions en février et mars. Le prochain rendez-vous est le 21 novembre prochain, avec une mobilisation à Liège et en front commun. Un rassemblement est organisé par la FGTB et la CSC pour dénoncer les mesures du gouvernement Michel et exiger – entre autres revendications - des services publics de qualité et des pensions décentes pour l'ensemble des travailleuses et des travailleurs.

En effet, si le gouvernement fédéral oblige les organisations syndicales à démontrer la pénibilité de chaque métier séparément, c'est pour mieux organiser la division entre les différents secteurs professionnels. Face à cette stratégie libérale du « diviser pour mieux régner », il s'agira d'opposer une lutte unitaire, solidaire et collective pour contrer le démantèlement de l'ensemble de notre système de pensions.

Le PTB a lancé une action pour nos pensions : « Ma pension est un droit, pas une tombola ». Tirez la sonnette d’alarme sur www.pastoucheanospensions.be.

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