100 ans de colonisation de la Palestine, dans l’ombre de Balfour

Le 2 novembre 1917, Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, adressait une lettre à la Fédération sioniste dans laquelle il accordait le soutien de son gouvernement à la création d’un foyer national juif en Palestine. Cette lettre est à l’origine de la colonisation de la Palestine, qui se poursuit aujourd’hui.

Hébron, en Cisjordanie. Au-dessus des rues sont suspendus des treillis en métal. Nous parcourons les rues avec Bachir. Il m’explique que c’est pour protéger les passants : les soldats et les colons israéliens jettent régulièrement des pierres, des déchets et des eaux usées sur les piétons. Sur une distance de 150 mètres, nous franchissons trois check-points. Un militaire demande à Bachir s’il est musulman. Quand il dit « oui », il s’entend répondre : « Dans ce cas, tu n’as pas l’autorisation d’aller dans cette rue. »

Octobre, la saison des récoltes, à Naplouse. Un fermier se rend à sa plantation avec son autorisation israélienne en poche : il peut aller cueillir ses olives. Quand il arrive sur place, il voit que quelqu’un les a déjà cueillies. Ses arbres ont été saccagés et aspergés de produits chimiques. Il s’avère qu’il n’est pas le seul. Les jours précédents, les fruits de quelque 700 oliviers ont été volés par des colons des implantations illégales voisines. Le fermier fait également remarquer que les eaux usées en provenance d’une maison d’une colonie ont été écoulées sur sa plantation. Des plaintes que les fermiers palestiniens introduisent, il est rare qu’une seule se traduise par une condamnation.

Voilà l’occupation israélienne de la Palestine. Des histoires de ce genre sont légion. Depuis des années, nos gouvernement condamnent en paroles, mais pas en actes. Comment a-t-on pu en arriver là ? 

2 novembre 1917, la lettre de Lord Balfour

Il y a 100 ans s’est produit quelque chose qui allait déterminer l’avenir de la Palestine. Le 2 novembre 1917, Lord Balfour, un Britannique, adressait une lettre à la Fédération sioniste dans laquelle il accordait le soutien de son gouvernement à la création d’un foyer national juif en Palestine. C’est cette lettre, restée dans l’histoire sous le nom de « déclaration Balfour », qui a été à l’origine de la colonisation de la Palestine, laquelle se poursuit encore aujourd’hui.

Qui était Lord Balfour et pourquoi cette déclaration ?

Lord Balfour était à l’époque le ministre britannique des Affaires étrangères. Nous étions en plein dans la période de la Première Guerre mondiale. L’Empire ottoman, dont la Palestine faisait partie, se désagrégeait. En mai 1916, Sykes et Picot avaient partagé les parties arabes de l’Empire ottoman entre la France et l’Empire britannique en compagnie du tsar de Russie (lire notre dossier ici). Les frontières qu’ils avaient dessinées à l’époque définissent toujours aujourd’hui la carte du Moyen-Orient. La France avait reçu une partie de la Syrie, l’Anatolie et le Nord de l’Irak. L’Angleterre empochait la plus grosse part de l’Irak, la Jordanie et le désert du Néguev, en Palestine. La Russie, de son, côté, se voyait attribuer une autre partie de l’Anatolie, Istanbul et l’Arménie et revendiquait en outre les villes de Nazareth, Jérusalem, Naplouse et Hébron. Ceci n’était pas du goût de l’Angleterre. La Palestine allait devenir une zone internationale, sous influence russe. Mais, en 1917, la révolution d’Octobre éclatait en Russie et les bolcheviks ne voulaient pas de colonie. Les Britanniques y virent leur chance.

Pourquoi la Palestine était-elle si importante pour les Britanniques ?

Les Britanniques voulaient tenir coûte que coûte les Français en dehors de la Palestine. Le Premier ministre britannique l’affirmait littéralement. La Palestine n’avait pas nécessairement de nombreuses richesses naturelles, mais elle était proche du canal de Suez, un élément très important sur la voie commerciale vers les colonies britanniques en Inde, et situé à proximité des gisements de pétrole de la Perse. En outre, les sionistes, avec qui le gouvernement britannique entretenait des liens solides, étaient prêts à diriger la région. Le Royaume-Uni voulait également éviter le flux migratoire des Juifs est-européens vers son propre territoire.

La déclaration Belfour était adressée à Chaim Weizmann, à l’époque président de la Fédération sioniste. Weizmann était un professeur de chimie russe. Auprès du ministère britannique de la Guerre, il avait entre autres collaboré au développement de l’utilisation de l’acétone dans la fabrication d’explosifs. Plus tard, en 1949, Weizmann allait devenir le premier président d’Israël. 

Quel fut l’impact de la déclaration ? 

À partir de cette période, la Grande-Bretagne assuma de facto le pouvoir sur la Palestine et elle joua un rôle clé dans la facilitation du projet sioniste, et ce, jusqu’à la création de l’État d’Israël en 1948. Le but des sionistes était d’instaurer un État sioniste en Palestine en colonisant le pays à l’aide de travailleurs et de paysans juifs. Ils comptaient le faire en étendant tout un réseau de colonies à travers le pays sur le pays, le développer systématiquement pour compléter l’ensemble ensuite, une technique qui avait également été appliquée en Afrique du Sud et qui l’est toujours aujourd’hui en Israël, où les colonies, à l’encontre de toutes les règles du droit international, continuent à s’étendre en toute illégalité. Le gouvernement britannique intervint afin que les sionistes puissent bâtir leurs colonies.

En 1948, lors de la création d’Israël, 750 000 Palestiniens furent chassés de leurs terres par la violence et durent s’enfuir. En 1967, Israël occupa le reste des territoires palestiniens. Du territoire palestinien d’origine, il ne reste aujourd’hui que 12 %. Avec un réseau de colonies, de routes réservées aux colons, de check-points, un mur qui s’enfonce profondément dans les territoires occupés en les morcelant, le blocus de la bande de Gaza... c’est quotidiennement qu’Israël viole les droits fondamentaux des Palestiniens.

L’Europe complice jusqu’à aujourd'hui

Le Royaume-Uni a joué un rôle très important dans la colonisation de la Palestine et, jusqu’à ce jour, il entretient d’excellents liens avec Israël. L’industrie militaire en est certainement une des raisons. Le plus grand programme de drones de l’armée britannique, les Watchkeepers, est réalisé en collaboration avec l’entreprise israélienne Elbit. Elbit Systems, l’une des plus grosses entreprises de défense du monde, considère le Royaume-Uni comme un « marché intérieur ». Elle y a cinq usines, de même qu’elle en a une à Audenarde, en Belgique. Si le Royaume-Uni s’en va en guerre, ce sera donc avec des armes et des technologies israéliennes qui auront été préalablement testées sur les Palestiniens.

Pour la Belgique aussi, c’est « business as usual ». À la veille de la nouvelle année scolaire, une nouvelle école palestinienne, financée par l’argent des contribuables belges, a été détruite par l’armée israélienne dans le voisinage de Bethléem. Les ministres libéraux Didier Reynders (Affaires étrangères) et Alexander De Croo (Coopération au développement) ont condamné publiquement cette action, mais sans aller plus loin. Quelques jours plus tard, la Ville d’Anvers s’est rendue en mission économique en Israël afin de « nouer des liens avec des entreprises israéliennes ». Selon les autorités communales, il n’y avait rien de « politique » dans cette mission, puisque celle-ci était essentiellement technique. À l’agenda figurait toutefois une visite à l’université Technion à Haïfa, qui développe des engins militaires pour l’armée israélienne. Ensuite, l’attention se concentre surtout sur des collaborations sur le plan des hautes technologies, un secteur qui, en Israël, se développe en grande partie grâce à (et par) l’industrie de défense, qui est coresponsable de l’oppression de la population palestinienne. Ce voyage était est donc bel et bien politique.

 

Les revendications du PTB
Le PTB demande que ces missions économiques cessent immédiatement tant qu’Israël continuera à enfreindre le droit international et à violer les droits humains des Palestiniens.
Le PTB soutient l’appel aux BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), une initiative pacifique lancée par 171 organisations palestiniennes et qui peut compter sur un important soutien au niveau mondial. Cette campagne veut obliger Israël à respecter le droit international. En Afrique du Sud, c’est une campagne similaire qui a pu contribuer à la fin de l’apartheid.
100 ans de colonisation de la Palestine, cela suffit. Il est temps que la justice vienne.
Lire davantage sur Balfour et la Palestine ? 
Lisez donc « La Palestine, la dernière colonie ? »), de Lucas Catherine, disponible au PTB-Shop.

 

https://ptb.be/articles/50-ans-d-occupation-de-la-palestine-le-ptb-depose-une-resolution-demandant-des-sanctions

http://ptb.be/articles/richard-falk-au-plan-du-droit-international-israel-exerce-un-regime-d-apartheid

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Commentaires

Honnêteté et solidarité deux qualités du ptb.